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BUSY : on n’a pas fini d’attendre!

Par David Savoie, journal étudiant de l’ÉTS

Contrairement à de nombreuses écoles d’ingénierie de la province, l’ÉTS privilégie l’utilisation d’une calculatrice symbolique dans le cadre de ses cours. C’est à la session d’automne 1999 qu’un modèle de la compagnie Texas Instruments (TI-92 Plus ou TI-89) devient obligatoire pour tous les étudiants. En 2002, la TI Voyage 200, qui comporte un clavier QWERTY, fait son apparition à l’ÉTS, elle est depuis largement utilisée dans le cadre des cours.

Or, la notion de temps étant ce qu’elle est dans le domaine des technologies, cette calculatrice se fait vieille. Qui n’a pas déjà vécu cet intense moment de stress au cours d’un examen alors que la machine semble être en train de faire un calcul infiniment complexe et qu’elle crache la réponse après une minute et demie de dur labeur? La nouvelle TI-Nspire, qui, selon toute vraisemblance, devrait remplacer sa prédécesseure, ne fait toutefois pas l’unanimité. Le JETS a donc rencontré quelques enseignants du Service des enseignements généraux (SEG), dont certains sont à l’origine de l’institutionnalisation de la calculatrice, afin d’y voir plus clair.

Tout d’abord, quel est le problème de la Voyage 200? Par rapport aux nouvelles calculatrices symboliques actuellement sur le marché, c’est la puissance du processeur qui pose problème. La TI-Nspire est en effet d’une rapidité surprenante, avec ses 16 Mo de mémoire de calcul (contre 188 ko pour la Voyage 200). Évidemment, un affichage de meilleure qualité serait tout aussi apprécié, notamment pour les applications en 3D. Avec un écran à cristaux liquides affichant en seize nuances de gris, la nouvelle venue y voit également.

Mais alors, qu’est-ce qui cloche avec la nouvelle TI-Nspire? Bien que tout le système de calcul symbolique de la Voyage 200 soit repris dans la TI-Nspire, celle-ci n’a, pour l’instant, ni module d’équations différentielles graphiques (champ de pentes, méthodes numériques d’Euler et de Runge-Kutta, etc.), ni graphisme 3D ! Pas moyen non plus d’ajouter des librairies souvent prisées des étudiants, telles que les transformées de Laplace. Et les progrès en ce sens semblent très lents.

De plus, la configuration de la nouvelle calculatrice laisse perplexe. D’abord, on retourne au format classique en abandonnant le clavier QWERTY et en insérant de petites touches rondes représentant les caractères alphabétiques entre celles des symboles numériques. Or, pour une personne d’un certain âge (il n’y a pas que les étudiants qui manipulent la calculatrice !) ou ayant de gros doigts, elles peuvent être particulièrement difficiles à utiliser. TI développe en même temps une version logicielle de la TI-Nspire. Or, lors d’un récent congrès sur la nouvelle venue de la compagnie, toutes les démonstrations se faisaient avec la version logicielle. Lorsque des membres de l’auditoire ont demandé aux présentateurs d’utiliser la calculatrice pour les explications, ces derniers ont refusé, prétextant que c’était trop compliqué ! Allez donc essayer de modifier l’allure d’un graphique avec un curseur que l’on déplace à l’aide de flèches directionnelles…

Le choix est difficile : soit on privilégie la rapidité aux dépens de certaines fonctionnalités très utiles, soit on renonce au changement et on continue avec la Voyage 200. La plupart des enseignants sont d’accord pour dire que la Voyage 200 répond amplement aux besoins de l’ÉTS. Or, bien que la compagnie veille à se montrer rassurante, il n’est pas impossible qu’elle cesse complètement le développement et la distribution de cette version. D’ailleurs, il n’y a pas eu de mise à jour du système d’exploitation depuis juillet 2005. Rien pour rassurer les principaux intéressés, comme le mentionne Michel Beaudin, maître d’enseignement en mathématiques : « On a peur qu’éventuellement [Texas Instrument] abandonne la Voyage 200, car si c’était le cas, on pourrait difficilement demander aux étudiants d’acheter la Nspire [alors qu’ils] ne pourraient pas tracer un champ de pente. »

Certains enseignants ont donc commencé à chercher du côté de la compétition, notamment chez la compagnie japonaise Casio. Celle-ci offre la Casio ClassPad 330, une calculatrice symbolique à écran tactile. À la manière de certains téléphones portables, c’est à l’aide d’un stylet que l’on navigue à travers les menus. Bien qu’elle ne présente pas de clavier QWERTY physique, elle peut en afficher un sur demande afin que l’on « tape » les lettres voulues du bout du crayon. Elle offre la plupart des modules nécessaires aux études en ingénierie à l’ÉTS, mais les algorithmes de calcul intégral et de résolution de systèmes polynomiaux semblent, pour l’instant, moins à point que ceux de la Voyage 200. Certains lui reprochent toutefois un certain laxisme au niveau de l’écriture et du formalisme mathématique. Évidemment, l’adaptation à ce nouveau système ne serait pas aussi facile pour tout le monde. Alors que la plupart des étudiants devraient bien s’en tirer, certains enseignants pourraient avoir plus de difficulté à s’adapter.

Afin de remédier aux problèmes que soulève la nécessité d’un outil de calcul très spécialisé, certains proposent l’utilisation des mini-ordinateurs, des ordinateurs portatifs de très petites dimensions. Ces appareils ont l’avantage de pouvoir supporter des logiciels plus performants et parfois plus faciles à utiliser, tels que Maple, MATLAB, StatGraphics ou Derive (qui n’est toutefois plus développé), pour n’en nommer que quelques-uns. Ils sont relativement légers et compacts, tout en offrant une capacité d’affichage nettement supérieure aux calculatrices, ne serait-ce que par la taille de leur écran. À un coût légèrement plus élevé que celui de la Voyage 200, les possibilités seraient grandement améliorées.

Luc Soucy, maître d’enseignement en mathématiques et en sciences, est de cet avis : « Je pense qu’on est là actuellement. D’ici quelques années, dans la plupart des écoles de génie, on va [utiliser des appareils] qui vont correspondre aux outils qui seront utilisés dans la pratique professionnelle. »
Selon lui, un tel appareil permettrait de faire progresser encore davantage les méthodes d’enseignements et la présentation de la matière : « Au plan du traitement de l’information, on peut certainement aller plus loin avec une machine plus performante. » M. Soucy tient toutefois à préciser que cette solution n’est pas envisageable pour le moment, car des problèmes techniques majeurs sont encore à régler, notamment avec l’utilisation du réseau informatique.

Le problème n’est donc toujours pas résolu pour le moment. En attendant, les étudiants continueront à vivre l’angoisse en situation d’examen alors que ces quatre lettres les menaceront du bas de leur écran : BUSY.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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