Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pourquoi pas ?

Le débat est lancé : Doit-on être « pour » ou « contre » le film ? En fait, c’est plutôt au sujet de l’utilité et du pourquoi de la création du film que le débat est le plus chaud. Personnellement, je ne vois aucun problème avec ce film et je comprend pourquoi il existe. J’invite ceux qui seraient toujours indécis au sujet du film à poursuivre la lecture de ce texte.

Utilité

D’abord, pourquoi faire un tel film ?
Plusieurs ne voient pas comment le fait de réaliser un film peut aider d’une quelconque façon la société québécoise à se remettre de l’incident. Je crois qu’après 20 ans, il est temps de détacher le bandage mal attaché et de tenter de finalement comprendre afin de pouvoir repanser la plaie. En plus, le film serait utile à ceux, comme moi, qui étaient beaucoup trop jeunes à l’époque et qui, n’ayant pas de souvenirs de l’événement, n’ont comme connaissances sur le sujet que des informations plus ou moins pertinentes acquises ici et là. Qu’on le veuille ou non, cet événement, aussi tragique soit-il, fait partie de notre histoire collective. On se doit de l’accepter, même si on n’a pas nécessairement envie de le revivre. Je précise ici que je comprends tout à fait les gens qui ne voudraient pas aller voir le film. Il est évident que, comme pour n’importe quelle autre oeuvre cinématographique (ou n’importe quelle autre oeuvre en général, d’ailleurs), ce film ne plaira pas à tout le monde.

Par contre, certains auront toujours des réticences face à l’utilité du film, car, me direz-vous, quelqu’un qui veut vraiment s’informer sur l’événement et qui veut tenter de comprendre va faire ses propres recherches. Vrai. Mais il est aussi vrai que les recherches personnelles ne pansent pas les plaies à l’échelle provinciale. C’est pourquoi (habituellement), un film basé sur un livre est plus populaire que le livre lui-même. Même si le livre est très bon, il y aura toujours plus de gens touchés par l’histoire au grand écran que par celle sur les tablettes de la bibliothèque. En plus, l’histoire a beau avoir été couverte par les médias et être disponible dans les archives de Radio-Canada, les journalistes s’intéressent toujours plus à ce qui peut faire un bon article avec un gros titre en page un, qu’à la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

L’école

À propos de Poly qui ne désire pas s’associer avec le film. Je les comprends. Il n’y avait pas d’autre position raisonnable à adopter. L’école ne peut vraiment pas prendre de risques, surtout que plusieurs employés présents lors de la tragédie sont toujours à l’emploi de l’école aujourd’hui. De plus, je crois que d’avoir filmé le film sur le site et dans les locaux de Polytechnique aurait donné au film une dimension beaucoup trop macabre à mon goût. Imaginez vous rendre en cours dans une des classes utilisées pour le tournage…Dérangeant. C’est pourquoi j’approuve cette décision. Par contre, je ne vois pas comment aller voir ce film au cinéma pourrait nuire aux études d’un étudiant à Poly. Ce n’est pas une vision du futur, mais bien un souvenir du passé, il faut savoir se raisonner et prendre le film pour ce qu’il est : une fiction basée sur des faits vécus.

Histoire

En parlant de leçon d’histoire, voici ce que le réalisateur Denis Villeneuve répondait à une question au sujet de la façon d’aborder le sujet de Polytechnique : « […] il est assez consternant de constater qu’on se souvient du nom du tueur, mais qu’on arrive difficilement à nommer ses victimes. » C’est une des raisons (sinon la principale) pour laquelle le nom du tueur n’est jamais prononcé dans le long-métrage. Je suis d’accord avec son point et, malheureusement, je fais partie de ces gens qui ne peuvent pas nommer une des 14 victimes de la tragédie.

Certains craignent toujours que ce genre de projet (mettre en film une tragédie) ne soit l’élément déclancheur d’un autre malade qui décide d’imiter le personnage du film et de se procurer une arme. Cependant, il ne faut pas négliger les miliers d’autres possibles éléments déclancheurs présents dans notre société, dont tous les autres films du genre présents sur le marché du DVD. Je crois qu’un film ne crée pas de déséquilibrés, se sont les déséquilibrés qui créent le film, puisque qu’il n’y a qu’eux pour penser à commettre de tels gestes. Si une personne est déjà mentalement instable à la base, film ou pas film, ça ne change rien à son état d’être. Quant à la « publicité gratuite pour le tueur », eh bien, personnellement, je pense que le tueur avait bien d’autres soucis en tête que sa popularité. Ce n’est peut-être pas le cas des autres, mais comme je disais deux phrases plus haut : film ou pas film, un déséquilibré est un déséquilibré.

Le réalisateur a choisi de présenter son film sous forme de fiction basée sur des faits réels, choix qui rebute certains, de même que sa décision de le présenter en noir et blanc. Je dirai pour sa défence que le fait d’introduire des personnages fictifs permet de couvrir l’histoire respective de tous les personnages réels et de voir ce qu’ils ont vécu, en opposition avec le fait de n’avoir qu’un seul point de vue d’une seule victime. Cela lui a également permis de ne pas faire du film un remake de 300 avec le sang rouge vif qui gicle, ce qui aurait certainement été très mal accueilli parmis les membres des familles touchées, entres autres, en plus de lui donner l’occasion d’atténuer la violence de l’événement afin d’en présenter une version que plus de gens pourront voir.

Argent

Il est évident que ce film, comme tous les autres films d’ailleurs, existe pour faire des profits. Personne ne le contredira. Par contre, je ne crois vraiment pas que ce film est là pour « faire de l’argent sur le dos des victimes », contrairement à ce que (apparemment) beaucoup de gens pensent.

D’abord, le réalisateur, les acteurs et tous ceux impliqués dans la production du film prennent des risques : ils ne peuvent pas prévoir la réaction des critiques, des journalistes ou du public en général. Des exemples de risques qui ont mal tourné :
le tristement célèbre Bye-Bye 2008 et les séries sur René Lévesque et Félix Leclerc, entres autres. Le film aurait pu (et pourrait encore) être un flop total sur lequel tous se défouleront et s’en donneront à cœur joie.

Ensuite, le film est basé sur les témoignages de gens qui étaient là lors de l’événement. Ces gens ont voulu donner leur version des faits, ils croient que c’est quelque chose qui doit être fait. Personne n’a forcé la main d’un témoin. Ceux qui ne voulaient pas le raconter ne l’ont pas fait, et s’ils ne veulent pas aller le voir, eh bien personne ne les forcera à aller le voir. Je pense que ceux qui disent que ce n’est qu’un coup de marketing devraient tout simplement ne pas aller voir le film au cinéma afin de ne pas contribuer, avec le 10$ nécessaire à l’achat du billet, aux profits et à l’ascension du film au box-office.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.