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Le deuil de la bien-pensance

Par Oncle Camé

George, tu vas me manquer un max.

Faut le dire, et sans hypocrisie aucune. Pas comme le professeur Shadoko, ce calomniateur en puissance, voudrait me le faire clamer haut et fort, plutôt calmement et avec un peu de ce cynisme qui rend les mensonges un petit peu plus vrais.

C’est d’ailleurs lui, Shadoko, qui vient me chercher noise chez moi, quand je me trouve en charmante compagnie. Il s’incruste aisément et en profite pour analyser la topologie de mon sofa et de ce qui se trouve allongé dessus. Je laisse faire, je suis volontiers partageur. Il vient comme ça régulièrement me lancer des noix à la face, sous prétexte de faire avancer le schmilblick, pour me parler de George Bush. Vous le connaissez peut-être, le professeur Shadoko. Zouave de classe A, il se fait des vieux os à Poly. Un putain de génie, pas du style qui « ira loin dans la vie, ce petit ». J’aime le garder de mon bord de la fosse septique en prévision des temps où ça va réellement schlinguer sa race. Aujourd’hui, il veut me faire dire du mal de Double Vé.

Alors que George, on devrait pour une fois te rendre hommage. Tu me débectes pas tant que ça parce qu’avec toi sont tombés les masques. Les masques de ceux qui se sont découverts admirateurs des oeuvres de Clinton, de Carter, de Kennedy (et bientôt, d’Obama) à l’aune de ton bilan peu reluisant. Mon vieux George, je ne veux pas qu’on se serve de ton triste legs pour porter des Clinton ou des Kennedy aux nues. Leur conférer le statut de sages, d’hommes de légende et te reléguer celui d’idiot du village. Ils étaient aussi cons que toi, sinon plus (t’as fait Yale après tout) et aussi nuisibles.

On m’accuse de t’avoir copieusement insulté. Facile de cracher sur ta gueule rougeaude de vacher débile, mais je n’ai jamais oublié que t’étais qu’un numéro parmi d’autres sur la liste du top 50 des enculés de l’histoire.

D’ailleurs, en y pensant bien, je crois que je vais commencer à travailler à ta réhabilitation, juste le temps que ça se tasse un peu. On voit que ça marche plutôt bien avec Nixon. Lui, jadis honni, détesté par l’humanité toute entière, voilà qu’on lui découvre tout à coup des qualités de génie politique. Lui, le paysan inculte, le maniaque de la manipulation, tricheur honteusement chopé, le doigt dans le pot de confiture, mué en révolutionnaire des médias dans le Frost/Nixon de Ron Howard ou en génie politique dans le Nixon d’Oliver Stone. Le voici admiré pour avoir préféré démissionner plutôt que de révéler le contenu de ses cassettes.

Les gens ont la mémoire courte. Exemple? Mon concierge, Américain d’origine hawaïenne (véridique), se tient plus de joie de voir Obama à la Maison Blanche et George foutre le camp. Il est sympa mon concierge, autant que les cinq cent étudiants qui se sont réunis dans un amphi de l’UdeM pour fêter l’investiture de Barack, sympa malgré sa dentition sinistrée et son haleine pestilentielle. S’aventurer proche de sa bouche, c’est comme expérimenter la découverte d’un charnier à Srebreniça. Je sais de quoi je parle, moi qui ai fait la Yougoslavie sans dégainer une seule fois. Lui, il a pas fait la Yougoslavie, mais le Panama en 1989. Il s’est battu pour la démocratie et la liberté en Amérique centrale, sous les ordres de George Bush, le père cette fois. Il évoque ses souvenirs avec fierté, nostalgie et je ne suis jamais assez prudent, dix bon mètres de distance de bibi. Et moi je dis, que (ici, je viens de paraphraser un certain P.N, littérateux qui gagne à être connu), la démocratie qui envahit le Panama, qui élit Barack Obama et qui conspue W. Bush, elle se fera sans moi.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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