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887 : un plongeon dans notre mémoire collective

887, la dernière création de Robert Lepage et d’Ex Machina, a été présentée à guichet fermé ce printemps au TNM et sera de retour en Juin au théâtre du Trident, à Québec.

Fidèle à son habitude, Robert Lepage est à la fois auteur, metteur en scène et unique interprète de 887. La prémisse de la pièce est intrigante : invité à réciter Speak White, le célèbre et percutant poème de Michèle Lalonde lors d’une nuit de la poésie, Robert se retrouve incapable d’en apprendre le texte. Il recourt donc à un vieux truc  mnémotechnique et « place » mentalement chaque section du poème dans une salle ou un logement d’un immeuble de Québec où il vécut pendant son enfance. Le spectateur est invité à plonger dans la vie de cette famille ouvrière et peu éduquée. À travers ce récit, pourtant intime, c’est l’histoire de tout un peuple que l’on redécouvre, un peuple courbé, soumis, qui apprendra à se lever et à prendre sa place pendant la révolution tranquille. Lorsque le dramaturge récite finalement, à la fin de la pièce, le fougueux poème, c’est à son père qu’il pense, celui qui n’a pas fini son primaire, qui toute sa vie a trimé jour et nuit dans son taxi pour offrir une vie décente à sa famille.

Lorsque l’on va voir un spectacle d’Ex Machina, on s’attend à être impressionné sur le plan visuel, et sur ce point, nous n’avons pas été déçus. Les procédés s’enchainent et émerveillent: maquettes, projections, figurines, changements éclairs de décors, jeux d’ombres chinoises, on dirait que l’équipe a toujours une nouvelle corde à son arc pour surprendre le spectateur.

La prestation de Lepage est solide. Lorsqu’il nous raconte sa vie et celle de ses voisins, il parvient à nous transporter et l’on prend véritablement plaisir à être témoins de la vie de ces gens ordinaires. La seule faiblesse réside dans les scènes où on le retrouve dans son appartement, en train d’essayer d’apprendre son texte. Certaines blagues tombent à plat et ses « dialogues » avec un ami invisible, animateur déchu de Radio-Canada, peinent à convaincre. Le temps aurait peut-être été mieux utilisé afin d’étoffer les moments plus « historiques » de la pièce, notamment l’évocation de la crise d’octobre, très pertinents mais pas assez nombreux à mon goût.

En somme, 887 vaut le déplacement, d’une part pour la facture visuelle de la pièce et d’autre part pour sa dimension sociale et historique. Dans le contexte de la pièce, Speak White (d’ailleurs magnifiquement livré par Lepage) prend un sens tout particulier, qui nous rappel un passé pas si lointain où le Québec était bien différent.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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