Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Vivre à l’ombre ou au soleil ?

Par Victoria Lakiza, Stagiaire ISF outre-mer – Été 2009

Les sujets de cet article seront également abordés plus en détails lors d’un atelier ISF ouvert à tous, le 6 novembre 2009.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi la grande majorité des pays en développement sont des pays où il fait chaud et que la majorité des pays les plus nantis sont les pays au nord du 35e parallèle Nord ? Est-ce qu’on vous a déjà répondu que quand il fait froid on n’a pas d’autre choix que de se développer plus rapidement et quand il fait chaud il y a moins d’incitatif pour se développer ? J’ai souvent entendu ça. J’ai également souvent entendu des gens se questionner sur comment ça se fait que dans les pays où il fait chaud et que les conditions climatiques sont plus favorables à l’agriculture les gens ont moins à manger que dans les pays du Nord où on ne peut cultiver que pendant 4 mois dans l’année.

Je n’ai pas de réponses à toutes ces questions, mais après avoir passé un été bien au chaud au Burkina Faso à tenter de comprendre s’il y a vraiment une corrélation entre la température moyenne et le développement d’un peuple, j’ai quelques hypothèses.

Une d’elles provient d’un mécanicien burkinabé que j’ai rencontré par hasard vers la fin de mon placement durant une très chaude journée du mois d’août (comme il y en a toujours dans cette partie du monde !) Lorsque je lui ai demandé pourquoi les Burkinabés essayent autant que ça d’imiter les gens des pays du Nord, il m’a donné cet exemple : « Si toi tu es assise tranquillement à l’ombre en train de boire ton café et que moi je suis debout au soleil, c’est quoi la différence entre nous deux ?

– … je ne sais pas.

– À quoi tu penses quand tu es assise à l’ombre comme ça ?

– Euh… ben ça dépend, je peux penser à plein de choses différentes… par exemple maintenant je suis en train de planifier le travail que je dois faire durant la prochaine semaine… Ça peut être n’importe quoi là !

– Justement, et moi, ici au soleil, j’ai tellement chaud que la seule chose à quoi j’arrive à penser c’est comment faire pour me mettre à l’ombre, arrêter d’avoir aussi chaud, comment me retrouver à ta place. »

En effet, il fait tellement chaud pendant la grande majorité de l’année dans la très grande majorité des pays africains qu’il est juste impossible de penser à quoi que ce soit d’autre que se sauver du soleil. Il fait tellement chaud qu’il devient impossible de penser, de travailler, de vivre ! Tu es assis sans bouger et ton corps est couvert de nombreuses couches de sueur qui ne cessent de s’évaporer et de se faire remplacer par d’autres couches de sueur. Je n’ai jamais eu aussi soif !

Selon lui, si en Afrique tout est plus lent et que le développement ne peut pas se faire aussi rapidement que dans les pays du Nord, c’est entre autres parce que les conditions de survie sont plus difficiles. Ça prend plus de temps pour combler les besoins de base et les conditions minimales pour établir un confort suffisant pour pouvoir penser, travailler et se développer efficacement. L’inconfort de vie est juste trop important ! Chez nous, quand il fait trop froid, on peut au moins s’habiller. En effet, il est beaucoup plus facile de développer des technologies pour se réchauffer que pour refroidir. C’est plus facile de faire un feu que de faire un système de réfrigération.

En revenant chez moi dans le froid de Montréal après ces 4 mois au soleil brûlant de l’Afrique de l’Ouest je la trouve à chaque fois très drôle quand les gens me disent : « Ah, la chanceuse, tu viens de passer ton été bien au chaud ! » Le soleil et la chaleur c’est parfait pour prendre des vacances. Lorsqu’il s’agit de vivre et de travailler, la chaleur devient l’enfer. La chaleur fait partie des obstacles au développement de millions de personnes. Comment fuir le soleil ? Comment peut-on partager notre ombre avec les gens qui vivent au soleil ? Comment peut-on leur donner l’opportunité de se développer à leur tour ?

Le sujet t’intéresse ? Tu as des questions ou tes propres hypothèses sur le sujet que tu aimerais partager ? Il y a plusieurs façons de le faire :

1. Venir en discuter à l’atelier le 6 novembre ;

2. Venir discuter avec nos membres au B-312 ;

3. M’écrire à victorialakiza, ewb.ca ; 4. Toutes ces réponses !

Coup d’oeil sur le Burkina Faso

IDH : 175/177

Population : 12.1 millions

Mortalité infantile : 207/1 000 naissances

Espérance de vie : 43 ans

Sous le seuil de la pauvreté : 45 %

PNB par capita : 295 $US

Couverture en eau : 51 %

Couverture en assainissement : 45 %




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

CIPO 2011 – Une aventure singulière à l’international

28 octobre 2011

Au mois d’avril 2010, après un processus d’entrevue assez particulier, nous étions 9 étudiants de Polytechnique à apprendre que nous formions l’équipe 2011 du CIPO, soit le Comité international de projets outre-mer. Ce qui nous attendait demeurait flou : nous savions seulement que nous allions réaliser un projet à l’étranger durant l’été 2011. Quoi ? Où ? Comment ? Nous allions devoir le décider ensemble grâce à l’encadrement des anciens membres. Pendant toute une année,...

Habitude, quand tu nous tiens

25 septembre 2009

Dans la vie de tous les jours, chacun a ses petites habitudes, certains aiment leur café froid le matin, d’autres aiment s’asseoir au même endroit dans le métro ou encore conjurer le mauvais sort à Poly. Mais ça ce sont des habitudes flagrantes qu’on peut nommer. Pareillement, beaucoup d’éléments dans la société qui sont louches en temps normal, n’attirent même plus l’attention par habitude. Ainsi, ce sont les magasins les plus proches de chez...

Texas : un petit Thriller Texan de François Létourneau

29 novembre 2007

Par Bernadette Charlier Texas, une nuit sans lune, une jeune femme transpercée de part en part crie dans la nuit. Elle s’avance et raconte. Réalité ou fiction ? Le spectateur passe sans cesse de l’une à l’autre. La fiction, c’est « Massacre à la tronçonneuse » réalisé en 1974, et la réalité, la roulotte que se partagent Terri et Gunnar, les comédiens vedettes du film. Dans leurs costumes de tournage maculés de sang et...