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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.
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Un étrange animal basque

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Au Québec, on est assez forts dans les coops; mais la coopération du travail reste relativement peu répandue. Ce n’est pas le cas partout ! Au Pays basque, en Espagne, existe un groupe exceptionnel d’entreprises qui, possédées par leurs propres employés, sont devenus une référence pour tous les admirateurs du modèle coopératif. C’est le groupe des coopératives de Mondragón : une expérience hors du commun pour un modèle non conventionnel d’entrepreneuriat.

La petite histoire d’une expérience

La première coopérative est fondée en 1956 par cinq diplômés d’une petite école professionnelle guidés par leur professeur, le prêtre José Maria Arizmendiarrieta. On y fabriquait des poêles et des réchauds à pétrole. L’Espagne sortait alors d’une période difficile, et la grande demande pour des produits de qualité permit aux coopératives industrielles de connaître une croissance accélérée. En quelques années, des coopératives sœurs fabriquant des composantes électroniques, des machines-outils et des pièces d’automobiles furent créées, et bien d’autres suivirent…

Arizmendi réalisa que pour bien se développer, les coopératives auraient besoin d’une institution financière qui leur serait spécialement vouée. Il vit donc à la fondation de la Caja Laboral (1959), banque coopérative dirigée conjointement par ses propres employés et par les coops qui font affaire avec elle. De plus, les travailleurs de Mondragón acceptèrent de réinvestir tous leurs profits sous forme de prêt à leurs propres entreprises (se constituant ainsi leurs fonds de pension). Par le biais de la Caja Laboral, cet argent fut souvent réinvesti dans l’expansion et la modernisation des coopératives et la création de nouvelles coops. La Caja en vint rapidement à exercer un rôle central : coordination, aide technique au développement et même surveillance, par le biais de conventions de services exigeant que les coops respectent le mode d’organisation établi par Arizmendi.

Également en 1959, le gouvernement espagnol coupa aux travailleurs des coopératives les bénéfices de la sécurité sociale, soutenant qu’ils étaient propriétaires. En réponse, les coopératives se dotèrent de leur propre régime de sécurité sociale, à la fois plus généreux et moins coûteux. Enfin, en 1969, les coops de consommation Eroski (à propriété partagée entre consommateurs et employés) virent le jour. Et en 1998, l’Université de Mondragón, axée principalement sur le génie, s’est ajoutée aux autres écoles et centres de recherche du groupe.

Vivre la coopération à la

sauce Mondragón

Les coops de travail n’ont évidemment pas été inventées à Mondragón (le concept date du milieu du
19e siècle), et leurs principes non plus. Les travailleurs sont propriétaires de leur entreprise, dont les orientations sont décidées en assemblée générale. Le suivi plus attentif est confié à un conseil d’administration élu, qui embauche des gestionnaires pour assurer l’administration quotidienne. Hors de l’AG et des CA, les gestionnaires ont autorité sur les employés. Par contre, là où Mondragón a innové est dans la création de « conseils sociaux » élus, parallèles aux CA, mais qui se veulent de meilleurs endroits d’expression pour les travailleurs. Ceux-ci ont bien servi les coops, agissant quelquefois comme quasi-syndicats face à des CA qui, même élus, adoptaient une approche plus gestionnaire (en effet, comme les gestionnaires possèdent face aux employés un immense avantage au niveau des ressources et de l’information, leur influence est généralement déterminante).

Un autre trait distinctif des coops de Mondragón est leur insistance sur la réduction des inégalités salariales. L’écart entre le plus haut salaire et le plus bas était, à la fondation, limité à un facteur de trois. Depuis, vu l’arrivée de l’impôt progressif sur le revenu et les conditions du marché extérieur (salaires élevés pour les spécialistes et les gestionnaires), l’écart maximal est passé à un facteur de neuf. Dans la pratique, personne n’étant au niveau un, il est cependant plus faible. Par contre, un changement très critiqué est survenu quand les dirigeants se sont « désolidarisés » de cette échelle, leur plafond salarial (rarement atteint) s’installant plutôt à 70 % du salaire moyen des emplois comparables.

Ensuite, coop ou pas, une entreprise industrielle des années 1960 était organisée autour de chaînes de production monotones et aliénantes. Les années 70 et 80 virent l’apparition de nouveaux discours en gestion, axés sur l’équipe de travail et la participation des employés au processus d’amélioration. Ce discours de démocratisation et d’empowerment s’agence très bien avec l’esprit coopératif et, contrairement à ailleurs, ne pouvait être soupçonné d’être de la frime pour augmenter la charge de travail et la productivité des employés au profit de riches actionnaires, puisque les coopératives, appartenant à leurs travailleurs, leur laissaient à la fois les bénéfices de leur labeur et le véritable pouvoir.

Face à la mondialisation

À partir des années 1980, la mondialisation se fit de plus en plus sentir en Espagne. Depuis quelques temps déjà, les coops travaillaient les marchés d’exportation, elles ont su s’adapter aux nouvelles données du commerce. Dans une série de changements controversés, la structure du groupe fut retravaillée afin de créer un organisme central (Corporación Mondragon) et de centraliser la prise de décision stratégique pour en augmenter la rapidité et l’efficacité, mais avec comme résultat d’éloigner les décisions des travailleurs. Des filiales, non coopératives, furent lancées dans les autres régions de l’Espagne et à l’étranger, souvent en partenariat avec des compagnies.

Mondragón perdait-elle sa distinction coopérative ? Plusieurs dirigeants doutaient alors ouvertement de la capacité du modèle coopératif d’être concurrentiel dans une économie mondialisée. L’expérience récente l’a démontré, bien fou est celui qui dirait que le groupe coopératif n’est pas concurrentiel : il a connu une croissance fulgurante et compte maintenant plus de 92 000 employés, pour un chiffre d’affaires 2008 de 16,7 milliards d’euros. Toutefois, une large part des employés de MCC ne sont plus des sociétaires, en particulier hors du pays basque. Exceptionnalisme basque, ou réelle difficulté à étendre le modèle ? Cette question reste en suspens.

Aujourd’hui, la région de Mondragón est non seulement la plus riche d’Espagne, mais aussi l’une des plus égalitaires. Le succès des coopératives de Mondragón prouve qu’il est possible de réussir économiquement autrement que par le modèle capitaliste conventionnel.

Quelques exemples

Les coops fabriquent entre autres : électroménagers, pièces d’automobile, pièces électroniques, escaliers roulants, éoliennes, structures métalliques, robots industriels, autobus, vélos, carabines, matériel d’hôpital, …




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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