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Encore une fois si vous le permettez : un vibrant hommage à la mère et à la muse

Du 6 avril au 14 mai 2016 au théâtre Jean Duceppe

Encore une fois si vous le permettez est une des pièces les plus atypiques de Michel Tremblay. Il y fait revivre sa mère, Nana, qui partage la scène avec Le Narrateur, un personnage qu’on devine autobiographique. La pièce prend la forme d’une série de tableaux, où l’on assiste à des discussions mère-fils, à divers moments de la vie du Narrateur. Ce n’est cependant pas de Tremblay dont il est question ici, mais bien de sa mère. Nana a une imagination débordante et une forte propension à l’exagération. Ses histoires embellissent toujours la vérité, car dit-elle, il n’y a pas de plaisir à raconter une anecdote comme elle s’est réellement passée. On devine que c’est elle qui a la première montré à son fils les plaisirs du jeu et de la théâtralité. Ensemble, ils discutent de lecture et de téléthéâtre. Quel plaisir de voir cette mère issue d’un milieu populaire prise à expliquer à son garçon, un peu trop curieux à son goût, les fondements de la monarchie de droit divin! Comme il l’a fait à travers toute son œuvre, Michel Tremblay nous fait réaliser la part d’art et de poésie qui se cache dans la vie quotidienne de la classe ouvrière.

Guylaine Tremblay, actrice de la télé chouchou des québécois (Unité 9, Annie et ses Hommes) faisait face à un défi de taille. Tout d’abord, celle qu’on a peu vue sur les planches ces dernières années devait tenir le rôle principal d’une pièce qui prend souvent l’allure d’un monologue, en incarnant un personnage mythique de la dramaturgie québécoise. À cela s’est ajouté le décès, quelques jours avant le début des représentations, de l’actrice québécoise Rita Lafontaine. Muse et complice de Michel Tremblay, celle-ci a été la première à incarner Nana dans Encore une fois si vous le permettez et elle a tenu le rôle principal dans nombre des œuvres de l’auteur. Guylaine Tremblay s’est donc retrouvée à rendre hommage à la fois à la mère du dramaturge et à une grande actrice. Elle s’en est extrêmement bien tirée et a su nous faire rire aussi bien que pleurer. Elle a semblé particulièrement à l’aise dans les scènes d’humour physiques, qui frôlaient le burlesque. Elle s’est par exemple attiré les applaudissements de la foule lorsque Nana imite la mort de sa belle-sœur détestée… C’est donc un défi relevé avec brio pour l’actrice, qu’on espère bien voir plus souvent au théâtre. Henri Chassé remplit  quant à lui parfaitement son office dans le rôle du Narrateur. La mise en scène particulière l’a laissé toujours assis au même endroit, faisant de lui davantage un spectateur des frasques de sa mère plutôt qu’un protagoniste à part entière. Ce recul nous permet d’apprécier à sa juste valeur Nana, la vraie « star » du spectacle.

Encore une fois si vous le permettez est une œuvre incontournable du théâtre québécois. Le théâtre Duceppe nous offre une production de qualité, avec une distribution solide. Une occasion rêvée de découvrir cette pièce.




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