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Quête de sens et bottes trop serrées

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Estragon [Benoit Brière] et Vladimir [Alexis Martin] attendant au pied du fameux arbre. Photo © Yves Renaud

Pendant tout le mois de mars, le Théâtre du Nouveau Monde présente la pièce En attendant Godot. Écrite par Samuel Beckett en 1948, la pièce retrouve ses galons philosophiques sous la direction du cinéaste et metteur en scène François Girard.

Quel-est le sens de l’existence? Question sans réponse absolue servant de point de départ à cette pièce du courant absurde de la moitié du XXe siècle. « Rien à faire » s’exclame Estragon [Benoît Brière] dont le but, dès les premiers instants de la pièce, sera de réussir à enlever ses bottes et de se pendre. De son côté, Vladimir [Alexis Martin] cherche obstinément à donner un sens au vide qui les entoure. Autant de personnages que de perceptions et de motivations dans l’attente de ce fameux Godot qui ne se pointera jamais le bout du nez; dans l’attente d’une espèce de sauveur dont on ne connaît que le nom.

Historiquement

Dans un sens, on ne sait pas grand chose de Godot, ni vraiment qui sont les personnages d’Estragon et Vladimir, ni pourquoi ils attendent. Mais ils reviennent jour après jour au même endroit pour attendre Godot, dans l’espoir que la situation change, alors qu’elle ne semble qu’être de plus en plus pareille, comme si l’histoire se répétait. En fait, selon l’acteur Benoît Brière, « Beckett s’est amusé à rire de la condition humaine ». Les personnages semblent tous, ou presque, éprouver des problèmes de mémoire et sombrent malgré eux dans la confusion pendant cette attente interminable, portrait d’une société qui a tendance à oublier vite et à s’en remettre un peu trop souvent à l’intervention divine.

Maintenant

Dans cette version de la pièce signée François Girard, la scène, composée simplement de deux ilots (un au plancher et un au plafond) sur lesquels poussent des arbres identiques rappelle la forme d’un sablier. C’est au pied de cet arbre que les deux personnages principaux attendent désespérément. La mise en scène en soi illustre de belle façon le temps qui passe, ou au contraire qui ne passe pas, et ce comportement cyclique de l’histoire humaine. Le jeu des acteurs est sans faille et leur prestation représente bien la mentalité de Beckett qui a toujours laissé planer un doute sur cette attente de deux heures sans véritable conclusion. On a droit à une réflexion philosophique teintée d’humour quand des situations absurdes et cocasses arrachent un rire sincère au public. Dans le même élan de pensée que la pièce, il ne faut pas trop chercher à trouver un sens, mais cette interprétation du texte de Beckett surprend et fait réaliser une certaine insignifiance de la vie humaine. Cette mouture sur les planches du TNM fait réfléchir et remet à l’avant plan un sujet qui est toujours d’actualité après plus de 50 ans.

Trouvera-t-on jamais une réponse à la question de l’existence? Probablement pas. Une chose qui est sure, c’est que l’équipe rassemblée par François Girard pour En attendant Godot livre une solide prestation, imagée et captivante qui ne laissera personne sortir de la salle sans quelques questions qui lui trottent entre les deux oreilles. Les représentations ont lieu jusqu’au 31 mars au Théâtre du Nouveau Monde.

 




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