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Vêtements et environnement

Lorsqu’on réfléchit aux industries ayant de grands impacts environnementaux, il est commun de se retourner vers les grandes pétrolières, les mines, les pesticides, la production de pâtes et papiers... Mais il nous viendrait rarement à l’esprit qu’un simple chandail fait de coton pourrait être nocif pour l’environnement. Le lien est pourtant fort.

Par Francis Guay de PolySphère

Les réglementations en Amérique du Nord sont bien belles, mais totalement inefficaces sur les lieux de production de votre chandail et certainement de l’ensemble de votre garde-robe. À moins que ce ne soit votre grand-mère qui vous tricote vos vêtements et qu’elle soit certifiée norme ISO XXXX, Écocert… (nous aurions des offres de contrats à lui faire), dans le meilleur des cas votre produit porteras l’étiquette « Design fait au Canada ou Québec ». Pour le reste, votre pièce sera normalement produite au Bangladesh, en Inde, en Chine ou au Pakistan.

Que se passe-t-il dans ces pays ou l’industrie du textile peut y trouver une main d’œuvre à bas prix et des normes quasi inexistantes? Pas mal tout ce qui puisse vous passer par la tête. En termes de chiffres, l’utilisation d’eau peut varier de 6000 litres (en Chine) à 27 000 litres (au Pakistan) pour la production simple d’un kilogramme de fibre de coton selon le Water Footprint Network. À cette étape, nous sommes encore loin d’avoir un chandail à porter. Vous voulez vous faire une idée plus générale de ce que ça représente : une fabrique moyenne ayant une production d’environ 8000 kilogrammes par jour consomme 1,6 millions de litres toutes étapes confondues pour cette même période de temps. (University Institute of Fashion Technology, 2012). En plus de l’utilisation d’eau, il s’agit de près de 20 % de la pollution de l’eau industrielle qui provient de cette même industrie d’après l’organisme à but non lucratif Sustainable Comunication. Cette même source démontre aussi les impacts reliés à la production de fibre naturelle de coton. En raison des insectes ravageurs, il s’agit de 10 % de la production mondiale de pesticides et herbicides qui y est utilisée et 25 % de la production d’engrais. Inutile d’énumérer les nombreux impacts qui y sont reliés, nous avons d’autres chats à fouettés. Toujours en considérant une usine moyenne, la teinture du textile requiert près de 2500 kilogrammes de produits chimiques de toute sorte (amies aromatiques, métaux lourds, chlorine, sels alcalins, ammoniaque…) qui sont souvent directement rejetés dans les rivières chaque jour. Nombreux de ces produits ne peuvent toujours pas être filtrés par les usines de traitements d’eau (lorsqu’il y en a) augmentant radicalement les problèmes de santé.

Ce n’est pas terminé. En plus de ce court résumé au niveau pollution, les conditions de travail sont d’autant plus inhumaines. Les accidents sont nombreux : CBC News en a fait une un montage sur une ligne du temps. Elle concerne le Bangladesh, deuxième producteur international en termes d’industrie de vêtements, tout juste après la Chine. Voici un résumé des événements qui ont été rapportés.

2005 : l’effondrement d’une usine suite à la construction illégale d’étages supplémentaires afin d’augmenter la production fait 64 morts et 80 blessés;

2010 : une explosion et l’absence d’équipement d’extinction de feu fait deux morts et 62 blessés graves. Un second feu dans l’usine That’s It Sportwear fait 29 morts;

2012 : un court-circuit crée une incendie étant à l’origine de 112 morts et 200 blessés : une usine sous-traitant pour Zara prend feu et tue 7 personnes;

2013 : malgré la découverte de fissures importantes, les ouvriers furent obligés de rentrer travailler sous peine d’avoir d’importante amende. Le jour suivant, la bâtisse de 8 étages s’écroule amenant avec elle 1100 morts et plus de 2000 blessés. Deux feux font un total de 19 morts.

Depuis 2013, les inspections se disent plus fréquentes et les conditions de travail augmentées. Je ne sais pas pour vous, mais moi, de telles conditions de travail ne figureraient pas sur ma liste de choix pour un stage. La devise du Bangladesh étant le taka, le salaire mensuel d’un ouvrier pouvant travailler jusqu’à 14 heures par jours est de 5300 takas (l’équivalent de 31 euros), alors que le salaire estimé pour subvenir à ses besoins est de 25 687 takas. Les problèmes sont similaires dans les différents pays de cette industrie.

À la suite des problèmes créés dans la production de vêtements, cette nouvelle pièce à porter que vous venez d’acheter est vouée a passer 70 % du temps dans notre tiroir. Comme trop de gens font, une fois désuet, le morceau de linge se retrouvera dans les vidanges. C’est de cette façon qu’aux États-Unis, 21 millions de tonnes de vêtements usés qui sont jetées par année, selon l’EPA (Envrionmetal Protection Agency). À ce jour, il est estimé que 500 millions de livres de vêtements reposent dans nos sites d’enfouissement au Canada.

Ne trouvez-vous pas inhumain tout ce qui se cache derrière la production de nos vêtements? Nous pourrions blâmer les dirigeants de ces entreprises, mais nous les encourageons en achetant leurs produits sans se poser de questions. Ce que vous venez de lire vous dégoute? Le moyen le plus simple qui soit pour avoir un impact positif serait de recycler vos vêtements au lieu de les jeter. Ne tentez pas de vous trouver une excuse, il existe un poste de dons au 5315 avenue Gatineau, Montréal. Vous vous rendrez compte que ce poste se situe tout juste en face du pavillon Jean-Brillant de l’Université de Montréal. Pour les plus paresseux, il existe même un service à domicile, reste à voir si vous devez fournir une preuve que vous ne pouvez pas vous déplacer. Vous voulez en faire plus, informez vous sur les différentes marques de vêtements produites localement, diminuer vos achats ou commencer à tricoter comme le fait si bien votre grand-mère!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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