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« Mes parents étaient ingénieurs chimiques en Chine et devenir ingénieur chimique dans les années post-communisme, c’était hyper difficile. Il fallait faire des concours nationaux pour entrer, et en fonction des résultats des concours, tu peux aller dans un bacc. ou un métier. Chacun des métiers et baccalauréats avait un quota précis. Mettons sur 1500, il y en avait 1000 pour étudier génie chimique à telle université, mais pour étudier génie chimique à une autre université, c’était 900. En fonction du quota qu’ils avaient, ils devaient remplir un choix sur 5 de ce qu’ils voulaient faire plus tard.

Dans la tradition chinoise, une fois que tu as choisi, tu fais ça pour le reste de tes jours. En plus, une fois gradué, tu te fais attribuer à une compagnie, que ce soit publique ou privée. C’est comme ça que ça fonctionnait dans les années 1970 de la Chine. Maintenant, ce n’est plus du tout la même chose; c’est très communiste et tout…

J’aimerais parler de comment mes parents ont eu de la difficulté à s’insérer au Québec. Ma mère a dû faire 15 cours pour avoir son accréditation d’ingénieure, ce qui a fait qu’elle a choisi de faire de la recherche. Maintenant, elle fait de la recherche au cégep de Shawinigan en plasturgie et polymères. Elle fait des membranes et tout. Elle a choisi de ne plus être ingénieure et je trouve ça dommage. Clairement, l’expertise que mes parents avaient, c’était une expertise de gestion, en plus de la partie technique. Je me souviens que mes parents géraient 200-300 personnes dans leurs entreprises. C’était des gros projets d’innovation; des gros projets de production, et rendus ici, ils ne peuvent rien faire. Mon père, ici, il était technicien dans une entreprise de plasturgie et il était tellement tanné de se faire écoeurer, parce que c’était le seul chinois de l’usine, qu’il a décidé de se faire (c’est vraiment cliché) un dépanneur. Dans la première entreprise, il s’est fait mettre des clous dans ses bottes à cap d’acier. C’était dans un village dans le fin fond à 300 km d’ici. On ne parle pas de Montréal ou de Trois-Rivières ou de Québec. N’empêche que je trouve ça poche. L’entreprise protégeait les anciens à la place de lui. Il ne s’est pas fait mettre à la porte, mais il ne parlait pas bien français et il n’aurait jamais pu engager des avocats pour le défendre. C’était difficile. Personne ne voulait reconnaître son expertise.

Ce qui m’agace, c’est qu’un ingénieur qui a géré 300 personnes dans sa vie doit faire une formation pour se faire reconnaître sa formation et au final se faire écoeurer dans une entreprise parce que c’est un peu redneck. Le pire c’est que même s’il se fait pas écœurer, il se fait dévaloriser parce qu’il ne peut pas bien communiquer; parce qu’il ne sait pas bien parler français. La génération de migrants des années 1990 est obligée de s’ouvrir des dépanneurs ou des restaurants dans le but de subsister; pas parce que ça leur tente…

Je peux facilement dire que tous ces gens-là ont une formation supérieure en Chine et ça fait partie d’un pourcentage de la population de Chine. Ce sont les meilleurs de la Chine qui viennent au Canada. C’est une perte pour le Canada, c’est une perte pour la Chine. Il y a une chose qui me fait peur dans les grandes villes, comme à Montréal. On pense connaître les Chinois, on pense connaître les Haïtiens, on pense connaître les Arabes, mais dans le fond ce ne sont que des préjugés qu’on a. On ne voit que la pointe de l’iceberg de leur façon de vivre et on pense les connaître. Ce n’est pas vrai. On ne les connaît pas. Ça crée des préjugés qui circulent sur les médias sociaux. »




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