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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Confortablement engourdi

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Roger Waters à l’émission Tout le monde en parle de ICI Radio-Canada Télé. Photo © Société Radio-Canada

L’émission phare de Radio-Canada, qui ressemble de plus en plus à un haut lieu de pèlerinage de l’univers médiatique québécois, a reçu sur ses ondes un invité dont le discours ne cadre pas complètement avec l’essence du divertissement grand public.

Tout le Monde en Parle accueillait cette semaine Roger Waters, membre fondateur du mythique groupe de rock progressif Pink Floyd. Le petit-parler (traduction hasardeuse de small-talk) battait son plein sur le plateau. Applaudissements de la foule, ricanements forcés, douces flatteries plates et hypocrites, monnaie courante dans ces microcosmes médiatiques, étaient déployés sur les télévisions du Québec sur l’heure de grande écoute qu’est le dimanche soir. Jusqu’à ce qu’une bombe soit larguée. C’est de la bouche d’un homme dont les chants ont traversé les générations que la sérénade des vérités dérangeantes fut entonnée. Waters, d’un calme placide, débita des mots qui ont dû en abasourdir plus d’un. D’abord, au sujet des fausses vérités (pour ne pas dire mensonges) qui sont très souvent véhiculées par les médias de masse. Puis, sur l’impact nocif d’un tel façonnage et modelage de l’information sur les auditeurs. Le ton était dès lors installé. Les éclats de rire plastiques avaient laissé place à un silence monastique. La deuxième rafle était cependant encore à venir : l’auteur et interprète troua les ondes en réaffirma son attachement au mouvement BDS et sa lutte contre le seul État colonialiste qui est encore présent en 2016, Israël.

Parlons-en, de BDS. L’acronyme désigne Boycott, désinvestissement et sanctions et le groupe se définit comme un mouvement international qui vise à exercer des pressions économiques, culturelles et politiques sur le gouvernement israélien. BDS lutte pour trois objectifs précis, qui sont de mettre fin à l’occupation militaire et civile de terres palestiniennes colonisées depuis 1967, la reconnaissance des droits fondamentaux des Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne (qui sont actuellement considérés comme des citoyens de seconde zone) ainsi que le respect et la protection du droit des réfugiés palestiniens à la récupération de leurs terres. Le mouvement fut fondé en 2007 et milite de façon pacifique pour redonner dignité et droits aux Palestiniens.

Cependant, le combat est rude contre Goliath. Le mois passé, le gouvernement Trudeau appuya le projet de loi proposé par l’opposition officielle, dont l’objectif est de rendre le mouvement BDS illégal au Canada. Ce qui est vecteur de malaises dans cette entreprise est le fait qu’un citoyen canadien devrait normalement avoir le droit absolu de critiquer un régime étranger dont les actions peuvent être considérées comme répréhensibles. D’ailleurs, les politiciens ne ratent pas souvent l’occasion de dénigrer les gouvernements dont les agissements ne cadrent pas avec les « valeurs canadiennes ». Rendre illégal et criminaliser de telles pensées font drôlement penser aux idéaux propres à un régime autocratique, ce qui ne cadre pas avec lesdites « valeurs canadiennes ».

Une pensée aux étudiants de McGill, dont l’association étudiante avait voté l’adhésion au mouvement BDS par une écrasante majorité en assemblée générale et dont la décision a été révoquée par l’Administration de l’université.

Les Polytechniciens devraient aussi se doter d’une voix sur le sujet et prendre part plus activement aux débats politiques.

Remerciements spéciaux à Roger Waters, qui a su utiliser son temps d’antenne pour soulever des questionnements fondamentaux chez les téléspectateurs et pour exposer sa propre indignation. Merci aussi d’avoir pu ranimer ce débat sur une des plateformes les plus écoutées dans la province.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.