Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Rapport de stage d’ingénierie : doctrine de complaisance

Aperçu article Rapport de stage d’ingénierie : doctrine de complaisance
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Stagiaire enchaînée... (Ce n’est pas vrai) Photo © pixabay.com et modifié par Chi-Huy Trinh

Sensible aux figures de style et à la démagogie, s’abstenir! Le rapport de stage à Polytechnique Montréal est un document rédigé par le stagiaire à la fin de son stage en entreprise. Le stagiaire doit notamment rapporter l’encadrement technique reçu chez l’entreprise et la culture en développement durable de l’entreprise. Plus grave encore, une fois la rédaction complétée, le stagiaire doit montrer le rapport au superviseur de l’entreprise pour qu’il le lise et le signe, dernière formalité ultime pour que le stage soit enregistré dans le dossier de l’étudiant. Mais pourtant, d’autres programmes universitaires ne requièrent pas de rapport écrit par l’étudiant, de même que le faire signer au superviseur de stage. Alors, quel est le problème?

Petite revue sur un monde peuplé d’humains

Anonymat et représailles

Quand on nous demande de remplir un sondage pour évaluer un atelier, un cours ou l’enseignement donné par un professeur ou un chargé, on s’assure que l’identité du répondant soit anonyme afin que le répondant ne subisse pas de représailles ou que sa réputation ne soit pas entachée par des jugements d’autrui, voire se faire étiqueter. Parce que ce n’est pas tout le monde qui veut passer au téléjournal. Ainsi, cela incite le répondant à bien vouloir y répondre paisiblement.

Liberté d’expression et séparation des pouvoirs

En démocratie, le pouvoir politique et le pouvoir médiatique entrent en concurrence. Les médias dégotent notamment les magouilles du pouvoir politique et le pouvoir politique cherche à cacher ses magouilles à la population, en voulant éviter que les médias ne fouillent trop loin. Un journaliste, pour avoir un salaire, doit travailler dans une entreprise médiatique. Mais voilà que si un politicien appelle le patron de cette entreprise parce que ce premier n’aime pas l’article qui a été écrit au sujet du gouvernement, désire que le journaliste soit congédié et que l’article soit censuré, la liberté d’expression est alors clairement compromise. Ce serait un régime totalitaire. Dans notre société, cela est évité par ce qui s’appelle la séparation des pouvoirs; une cloison théorique est placée entre les deux pouvoirs.

Retour sur le rapport de stage

Dans le rapport de stage, le stagiaire doit donner son appréciation sur le déroulement de son stage en entreprise. Le bât blesse quand ladite entreprise, qui se fait indirectement évaluer par le stagiaire, a le devoir de lire et signer le rapport parlant de lui (sans anonymat) puis en discuter avec le stagiaire, comme formalité pour valider le stage auprès de l’institution d’enseignement. Dans les lignes directrices du rapport, il n’est pas demandé d’évaluer l’entreprise ou le superviseur. Il reste néanmoins que si le stagiaire trouve des difficultés, tel que demandé dans la rédaction du rapport, cela risque d’induire une appréciation de l’entreprise, des employés ou du superviseur.

Donc, mettons-nous dans la peau du stagiaire qui a à l’esprit la pensée « cette entreprise aurait pu… », « cette entreprise ferait mieux… », « cette entreprise pourrait améliorer… ». Mais voilà que quand on ose critiquer celui qui nous nourrit, il n’est pas garanti que ce dernier décide d’exercer un régime autoritaire auprès du stagiaire pour le contraindre à faire une « critique » complaisante. Toutefois, s’il le fait, le superviseur qui devra signer le rapport pourra sortir la menace de ne pas signer ledit rapport, surtout s’il n’est pas un ingénieur. Qui veut subir ça? Car un ingénieur doit avoir la compétence de relation humaine de recevoir des critiques constructives, et de les accepter. Une « critique complaisante » n’est pas une critique, même si l’expression est syntaxiquement valide. Une « critique complaisante » est en fait un document de propagande, c’est-à-dire propager des louanges en cachant, masquant, voilant l’autre côté de la médaille. C’est d’ailleurs ce que les politiciens cherchent à faire : transmettre de l’information complaisante sur eux-mêmes.

Pour conclure, je vais éviter de faire une thèse et résumer mon texte en disant que le rapport de stage en ingénierie, du moins à Polytechnique Montréal, a pour objectif d’inciter le futur ingénieur à faire preuve de complaisance auprès de ceux qui ont le pouvoir de le réprimer (en ne signant pas le rapport de stage et donc, le stage ne sera pas validé dans le dossier de l’étudiant). Rappelons que d’autres programmes universitaires ne requièrent pas de rapport de stage. Quoi qu’il en soit, le rapport de stage à Poly pourrait engendrer des phénomènes spécialement observés en politique, dans la sphère médiatique, et en fin de compte, en l’être humain.

J’aimerais remercier mes professeurs du cégep des cours de sociologie et de politique, lors de mon cursus au Diplôme d’études collégiales en sciences humaines (aussi connu sous le nom haineux des sciences molles), pour m’enseigner des choses utiles à la compréhension du monde humain.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

Après le bac…

9 janvier 2009

J’espère que vous êtes surpris d’avoir un journal dès la fin de la première semaine de la session, parce que moi je le suis. On vient à peine de terminer notre dernier examen écrit par un prof tout droit sortit de l’asile qu’il faut penser au prochain journal. Je ne sais pas pour vous, mais mes vacances ont passé à la vitesse de l’éclair. J’ai l’impression que l’ensemble de mes vacances a passé plus...

« Real Steel » dépassé, place au foot-borg!

11 novembre 2015

L’exposition universelle de Milan à peine terminée, se tenait déjà la nouvelle conférence de robotique appliquée qui se tenait au stade de l’université de Montréal ce samedi 31 octobre. Bien qu’Apple prévoyait la présentation de son nouvel iPhone holographique sur...

Agriculture : des solutions pour un avenir plus vert

24 mars 2016

Quelques habitudes de vie jugées très néfastes pour l’environnement passent au banc des accusés et sont vues par l’entièreté de notre société comme étant les causes majeures de nos problèmes écologiques. Des solutions telles que laver son auto avec une quantité raisonnable d’eau potable, utiliser des sacs réutilisables pour l’épicerie et recycler ne représentent à mon œil qu’une fraction minime des actions ayant un impact sur notre empreinte écologique. Celles-ci ne sont que la pointe de l’iceberg que devraient être nos actions environnementales. Rendus en 2016, nous devrions avoir un pas d’avance ; l’élimination de ces habitudes devrait être acquise. De plus grands sacrifices et efforts devront être faits pour atteindre un réel changement à grande échelle. Chaque produit qu’on consomme, qu’il soit alimentaire, ménager ou utile à notre vie de tous les jours, devrait être source de réflexion en ce qui concerne son effet sur l’empreinte écologique. En effet, parmi les étudiants de Polytechnique, bien plus de la moitié consomme du café régulièrement. Or, le café est loin d’être produit ici. Son transport est donc logiquement une source de gaz à effet de serre non négligeable. Pourtant personne ne jugerait ou même ne considérerait juger un buveur de café comme on le ferait pour celui qui ose mettre sa bouteille de vitre dans une poubelle. Le café dans cet exemple n’est qu’un symbole, car il est très important aux yeux de l’étudiant, mais on peut pousser une réflexion générale quant à notre consommation alimentaire. Les belles oranges de Floride que je viens d’acheter au lieu du fromage produit ici est-il vraiment un choix plus écologique parce qu’il ne provient pas de la production animale? J’en doute. Par contre, c’est inconcevable qu’un Québécois puisse s’empêcher de manger des tomates pendant tout l’hiver parce qu’elles proviennent du Mexique. Je vois donc deux solutions à ce souci : augmenter sa consommation d’aliments produits localement qui se conservent bien, tous les légumes-racines par exemple, et l’augmentation de l’utilisation de serres qui permettent la production d’aliments locaux à l’année longue. J’ai passé ma semaine de relâche à Anguille où j’ai eu la chance de visiter la serre hydroponique de l’hôtel où je résidais. Concept très intéressant, surtout quand on sait que les îles des Antilles font venir pratiquement tous leurs produits de Miami. Cette méthode de cultivation des légumes nécessite très peu d’eau par rapport à l’agriculture en champ. On évite l’évaporation, car on donne l’eau, les minéraux et les nutriments nécessaires directement aux racines de la plante via un système qui recycle ce substrat aqueux non-absorbé. Cette technique de production sauve aussi beaucoup d’espace, car on utilise des méthodes ergonomiques pour organiser les feuilles et les racines de la plante. L’hydroponie est bien sûr plus couteuse que la production traditionnelle de légumes, mais reste une véritable solution quand on voit les réserves d’eau de la Californie — état où on produit plus du tiers des légumes et deux tiers des fruits aux États-Unis — diminuer de manière dramatique (source : cdfa.ca.gov). Puisque cette méthode de culture nécessite peu d’espace et de ressources, le faire chez soi devient une option. D’ailleurs Ikea s’en est inspiré et sort en avril des trousses pour les individus comme vous et moi. Au Québec, l’option idéale est la serre souterraine aussi connue sous le nom de « walapini ». Avec un sol qui ne gèle qu’à moins d’un mètre de profondeur, creuser à quelques mètres permet de bénéficier de l’isolation naturelle du sol et de la protection contre le vent pendant l’hiver. À l’opposé, pendant l’été, ou à des latitudes inférieures, le sol conserve une température plus fraîche. Cette isolation permet ainsi d’éviter les grands deltas de température qui peuvent s’avérer fatals pour les plantes plus frêles. Ce type d’infrastructure, qu’on observe plus souvent en Amérique du Sud, permet de cultiver les végétaux pendant trois saisons, voire toute l’année dépendamment du lieu géographique exact sans avoir à chauffer ou climatiser la serre de manière ridicule. Ces deux techniques ne sont que des exemples innovateurs qui nous permettront, dans un futur plus ou moins proche de délaisser nos anciennes méthodes d’agriculture coûteuses en ressources. La période où nous consommons des aliments provenant de partout devra cesser, car elle n’est qu’une conséquence directe de la mondialisation qu’on voit émerger depuis le 21e siècle. Or, c’est un luxe qu’on ne peut se permettre si on désire poursuivre dans une direction de développement durable....