Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

À tout âge, parlons de sexualité à l’école

Aperçu article À tout âge, parlons de sexualité à l’école
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Affiche sur le consentement © Fédération canadienne des étudiantes et étudiants

Cette année, le gouvernement du Québec met en place dans 19 écoles de la province un projet pilote d’éducation à la sexualité, qui s’étendra du primaire au secondaire. Ce nouveau programme vise à remplir le vide créé par la suppression des cours de formation professionnelle et sociale (FPS) lors de la réforme.

Comme j’ai évité de peu la réforme, j’ai eu droit, contrairement à plusieurs polytechniciens, à ces fameux cours de FPS. À mon école secondaire, ils étaient donnés par la professeure de religion, ce qui, de un, ne me rajeunit pas et de deux, est légèrement douteux. Et bien, croyez-le ou non, cette dame dans la soixantaine, fervente croyante qui allait à l’église tous les jours, faisait un excellent travail. Une grande part de son enseignement consistait à répondre devant la classe à des questions posées anonymement. Je vous épargne la teneur des dites questions, posées par des jeunes de 14 ans, mais je dirai que certaines d’entre elles étaient probablement dix fois plus explicites que tout ce qui pourra être enseigné dans le nouveau programme. Or, cette enseignante répondait à tout, avec humour parfois, mais toujours avec sérieux. Je ferme l’anecdote sur cette citation, bénigne, mais révélatrice de son style : « Vous savez les jeunes, tant que c’est fait dans le respect, que tout le monde est d’accord, vous pouvez utiliser de la crème fouettée ou faire n’importe quoi qui vous tente ». Loin du puritanisme chrétien, n’est-ce pas?

Mon expérience personnelle de l’éducation sexuelle en milieu scolaire a donc été positive et j’ai été peiné de voir disparaître les cours de FPS. Selon la réforme, ces questions devaient être abordées par les professeurs selon leur bon désir, dans toutes les matières. Cela a évidemment donné lieu à une formation médiocre, voire inexistante selon les écoles. C’est un peu comme le développement durable à Polytechnique : si certains professeurs s’en sortent bien, d’autres le mettent au plan de cours pour finalement ne pas en parler en classe par manque de temps. Sauf qu’en plus, parler de sexe dans un cours de trigonométrie, c’est franchement spécial.

Je me réjouis donc de la décision du gouvernement de réintroduire des cours de sexualité, bien que ce soit fait tardivement. En effet, plus que jamais, ces cours sont importants. Ils ne servent pas qu’à prévenir les ITS et les grossesses non désirées. Ils permettent de développer l’ouverture des jeunes à une sexualité qui s’est transformée et qui est différente de celle de leurs parents. Il est important que les élèves soient sensibilisés à divers enjeux qui ne faisaient pas nécessairement partie de l’éducation sexuelle des générations précédentes : les enjeux liés à la communauté LGBTQ (lesbienne, gaie, bisexuelle, transsexuelle et queer), la nature non binaire des genres et des orientations sexuelles, l’impact des nouvelles technologies sur la sexualité et le développement relationnel des adolescents, etc. Ces cours pourraient nous permettre de forger une société plus ouverte, mais aussi mieux dans sa peau, où tous se sentiraient libres d’exprimer leurs désirs et leurs envies sans être étouffés par une vision passéiste et strictement hétérocentriste de la sexualité. Ils nous permettraient aussi de travailler à une société plus égalitaire en intégrant un discours féministe, car en matière de sexualité encore plus qu’ailleurs, le sexisme fait toujours des ravages.

L’actualité de la dernière année nous a aussi montré tout le travail que nous devons encore accomplir en matière de lutte contre la violence sexuelle. Comment expliquer qu’en 2016, nous en venions encore à culpabiliser les victimes de viol (et à les humilier durant les procès), alors que les jeunes garçons ne reçoivent même pas d’éducation sur le consentement? L’apprentissage de la notion de consentement et la déconstruction des mythes sur les agressions sexuelles et le harcèlement devraient être au cœur de l’éducation sexuelle dans les écoles. (Parlant de consentement, je vous invite à lire le texte de ma collègue Dominique en page 7)

Le projet pilote du gouvernement sera-t-il à la hauteur? Cela reste à voir. Le contenu du programme semble intéressant. Il aborde par exemple la question du sexisme et de l’homophobie dès le primaire et semble, sur papier du moins, laisser une bonne place à la notion de consentement. Toutefois, on peut légitimement déplorer le fait que le projet ne prévoit pas, a priori, le recours à des professionnels comme des sexologues et qu’il repose sur les épaules des enseignants, qui n’ont pas la formation nécessaire et ne sont pas nécessairement à l’aise avec les sujets. De plus, on peut vraisemblablement s’imaginer que certains élèves seraient bien moins à l’aise de discuter avec leur prof qu’avec un professionnel invité. Dans les écoles participant au projet pilote, on souligne que l’aide des professionnels pourrait être demandée par les enseignants moins à l’aise, mais l’étendue des ressources disponibles reste bien vague…

J’espère que le retour de l’éducation sexuelle dans les écoles sera un succès. Il s’agit d’apprentissages primordiaux qui ne peuvent pas être négligés. Espérons que la volonté de l’État ne faiblira pas, que les moyens financiers suivront et que les cours ne disparaîtront pas de nouveau sous le rouleau compresseur d’une réforme kafkaïenne.

Sur ce, bon Spécial SEXE à tous.

Mots-clés : sexe (5)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.