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Le financement en génie

Par Patrick Couture, Vice-président à l’externe de l’AEP

Même si le financement en génie semble parfois un dossier complexe, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un enjeu très important pour les étudiants en génie. Je vais d’abord expliquer brièvement la façon dont les universités sont financées. Par la suite, il me sera plus facile de vous expliquer la problématique liée spécifiquement au financement des programmes de génie et d’en présenter les solutions.

D’abord, les universités sont financées en fonction du nombre d’EETP (étudiant équivalent temps plein) inscrits dans l’institution. Cependant, chaque EETP n’a pas la même valeur en termes de financement, selon la discipline dans lequel il est inscrit. On applique donc au nombre d’EETP de l’université une grille de pondération qui contient un facteur de pondération pour chacune des disciplines offertes dans nos universités. Ces facteurs sont déterminés selon le coût de la formation de la discipline en question. On obtient donc des mesures relatives des coûts de formations des différentes disciplines. C’est donc dire que la formation en génie nécessite environ deux fois plus de ressources que celle en administration puisque son facteur de pondération est environ deux fois plus élevé. Jusqu’en 2007, Polytechnique, en plus du financement régulier calculé par la grille de financement, recevait une subvention spéciale puisqu’elle est une institution mono-facultaire. Cette grille de financement a été modifiée en 2007 puisque le MELS (Ministère de l’éducation, des loisirs et des sports) constatait que le programme de médecine manquait de financement. Il a donc réaffecté 8M$ à la médecine en réajustant les facteurs de pondération de la grille en conséquence. Cependant, ce 8M$ supplémentaire provenait en partie des subventions spéciales qui étaient accordées entre autres à Polytechnique. Depuis 2007, Poly reçoit donc moins d’argent. Voici à titre d’exemple, certaines disciplines et le facteur de pondération qui leur est accordé.

Administration 1,07

Pharmacie 1,41

Génie 2,11

Beaux-arts 2,93

Musique 3,30

Médecine 4,07

Agriculture, foresterie 5,05

Le premier problème qui apparaît avec ce calcul de financement touche les institutions mono-facultaires. Les universités pour leur part ne sont pas contraintes de financer leurs facultés selon cette grille de financement. Une université qui possède plusieurs facultés peut donc effectuer des transferts de fonds d’une faculté à l’autre selon qu’il manque d’argent pour certains programmes. Dans ce cas, le coût réel de la formation sera supérieur au montant qui est accordé par le MELS. En fait, il serait environ équivalent au montant de la subvention additionné au montant des transferts effectués par l’université dans la faculté en question. Le cas du génie est complètement différent. En effet, 40% des étudiants en génie sont inscrit dans des institutions mono-facultaires et qui ne peuvent donc pas effectuer de transferts entre facultés. Le coût de la formation est donc équivalent strictement au montant des subventions accordées par le gouvernement et comme la situation s’applique pour 40% des étudiants en génie, la ministre soutient qu’il n’y a pas de sous-financement en génie. On pourrait cependant se questionner sur la validité de ce calcul mais en résumé, Polytechnique est victime de sa saine gestion financière…

Lorsque le MELS a décidé de réévaluer la grille de pondération, un groupe de travail MELS-CREPUQ (Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec) avait été formé afin de se pencher sur la problématique du financement en génie et en administration. Leurs recommandations sont à l’effet qu’il y a un sous-financement chiffré à 50M$ dans les programmes de génie et que le facteur de pondération des programmes de génie devrait être augmenté à 2,93 au premier cycle pour palier à ce sous-financement. La ministre n’a pas encore appliqué les recommandations du groupe de travail qu’elle a commandé puisque peut après le dépôt du rapport du comité en question, la CREPUQ (ou plutôt l’Université de Montréal) se sont opposés à un réinvestissement en génie. À ma connaissance, l’Université de Montréal n’offre aucun programme de génie et il s’agissait alors de mauvaise volonté de s’opposer à un tel réinvestissement et ainsi empêcher le Québec de développer un secteur fort en plein essor. Résultat : Les étudiants écopent pour les coupures, Poly est en déficit et l’Université de Montréal n’a pas plus ou moins d’argent que si elle ne s’était pas opposée au réinvestissement en génie par pur opportunisme.

Mais ce qui est le plus incohérent de toute cette histoire, c’est qu’encore en 2008, le MELS n’a pas reconnu tout ce le génie rapporte à l’État québécois et continue de financer les étudiants en beaux-arts nettement plus que les étudiants en génie. Dans un contexte où les finances du Québec sont relativement précaires, on devra choisir des secteurs à prioriser. Le génie doit être l’un de ces secteurs, d’autant plus que le gouvernement a récemment annoncé des investissements de plus de 20 milliards de dollars dans les infrastructures québécoises. Sans ingénieurs spécialisés et compétents, il est difficile de voir comment le Québec pourra porter ses projets d’infrastructures à la hauteur de ses ambitions. D’autre part, comment est-ce que le Québec pourra affirmer son leadership dans le domaine de l’aéronautique sans ces mêmes ingénieurs ? L’ingénierie évolue très rapidement et on se doit de garder nos installations et équipements à la fine pointe de la technologie si l’on veut rester compétitif sur la scène internationale. Et pour que le Québec puisse continuer à se vanter d’être un leader dans le domaine de l’ingénierie, on doit réinvestir dans la formation en génie.

Les étudiants en ingénierie que nous sommes seront les décideurs et les bâtisseurs de demain. Il est donc crucial que nous nous affirmions davantage sur la place publique puisque ce sont nos idées et nos opinions qui porteront le Québec d’ici quelques années. Le gouvernement se soit de donner les ressources pour soutenir ses industries florissantes. Dans 10 ans, je vais vouloir continuer à vanter les succès du génie québécois et c’est pour cette raison que l’on doit réinvestir 50M$ dans les programmes de génie et ce, dès maintenant.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.