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Callie Shell, l’œil d’Obama

Une photo, on croit cela si simple à faire, tout le monde prend des photos. Même un enfant peut apprendre à manier un appareil de nos jours. La libéralisation des appareils photos, puis l’invasion du numérique permet de prendre des milliers, que dis-je, des millions de photos, de les supprimer, de les stocker. Tout le monde a son appareil photo, son cellulaire, son iPhone qui lui permet de prendre à tout moment une photo d’une personne, d’un évènement. Mais LA photo, celle qui donne une émotion au plus grand nombre, reste rare. Que ce soit un regard d’enfant à l’autre bout du monde, un paysage grandiose, ou un évènement inoubliable, un seul groupe de personnes reste maître des clichés de qualité : les photographes professionnels.

Callie Shell fait parti de la famille des grands photographes, mais en plus de cela, c’est une visionnaire. Lors de la convention démocrate en 2004, elle est chargée de photographier pour le TIME l’adoubement du candidat démocrate de l’époque : John Kerry. Mais lorsqu’elle renvoie les clichés à son patron, il découvre qu’elle a fait plus de clichés d’un inconnu : Barack Obama, que du candidat Kerry. Elle lui s répondu qu’elle avait le pressentiment qu’il deviendrait une personnalité politique majeure dans les années à venir.

Callie Shell est loin, très loin, d’être une débutante dans le métier. Tout a commencé lors de la campagne Clinton/Al Gore en 1992, photographe pour USA Today et The Tennessean de Nashville, elle réussit à contacter un membre du staff de Tipper Gore (femme d’Al Gore), ce dernier lui propose de venir couvrir la fin de la campagne présidentielle. Elle ne sera pas payée, mais aura les droits sur ses photos : elle accepte. Son travail est tellement apprécié qu’elle sera conviée à photographier la cérémonie d’investiture en janvier 1993 et les cent premiers jours d’Al Gore à la Maison Blanche. Ces cent jours finiront vite par se transformer en huit ans en tant que photographe officielle du vice-président Al Gore. À son arrivée à la Maison Blanche Tipper Gore lui dira : « Vous êtes la seule personne à la Maison Blanche dont personne ne connaît la fonction, alors faites ce que vous voulez ! ». Mais en réalité, Callie n’a pas chômé pendant ses huit ans. Al Gore étant un travailleur acharné aimant bien préparer ses discours pendant la nuit, elle doit rester à ses côtés jour et nuit pour couvrir le moindre évènement.

En janvier 2001, George W. Bush devient le nouveau président des États-Unis et elle, de son côté, devient photographe pour le magazine TIME et est chargée de suivre Howard Dean, étoile montante des démocrates. On connait la suite : elle réussit à convaincre le TIME de suivre Obama dès 2006.

« Nos photographies préférées ont été faites par des photographes qui savent s’effacer. S’il y avait un mode d’emploi, ce serait certainement celui-là. » Cette belle phrase est d’Édouard Boubat, un grand photographe français. Ce mode d’emploi de s’effacer pour mieux photographier, Callie Shell le maîtrise d’une façon magistrale. C’est grâce à ses années d’expérience qu’elle a su prendre du recul et qu’elle sait maintenant photographier un contexte, un ensemble qui une fois sur le papier semble harmonieux, idéal. Callie n’aime pas faire de portraits, pourtant elle a réalisé l’une des plus belles couvertures du TIME en faisant un portrait d’Obama.

Interrogée par Dirck Halstead pour The Digital Journalist, sur cette photo, elle déclare : « Je ne fais pas de portraits et je déteste demander aux gens de regarder mon objectif. J’avais passé deux ans à essayer de faire oublier ma présence par Barack Obama. Nous étions dans le bus, sur des routes plutôt chaotiques et la lumière était belle. J’ai demandé à Barack de lever la tête. Il a vu à quel point j’étais mal à l’aise et a commencé à rire. ‘‘Vous n’aimez pas faire ça, n’est-ce pas ?’’ m’a-t-il demandé. Et nous avons tous les deux commencé à rire. C’est comme ça que j’ai eu ma photo. »

Elle a été l’une des premières personnes à couvrir la campagne de Barack Obama. Dans Le Monde, elle raconte à Claire Guillot, qu’au début, elle était seule avec Barack Obama, sans garde du corps, sans la masse de conseillers en communication qui l’entoure. « Ses filles lui manquaient. Mon fils me manquait. On en souffrait, et on en parlait beaucoup. » se souvient-elle. Cette primeur lui a permis par la suite de rester toujours proche du candidat, même lorsque la meute de journalistes arriva sur Obama. « Avec le temps, j’ai appris à le connaître, j’ai rencontré sa famille, son équipe, explique la photographe. Eux m’ont fait confiance. Et quand, plus tard, les autres médias ont débarqué, avec les équipes de télévision, les autorisations, les agents des services secrets, j’ai continué à avoir un accès privilégié. »

Ainsi Callie a pu photographier des images dans l’intimité du candidat Obama. Mettre sur une photo, la dureté d’une campagne, un moment de concentration, un geste, un regard qui permet de mieux (croire) connaître le candidat.

Quelques-unes de ses photos ont fait le tour du monde. Une de ses plus belles photos montre Obama en train de dormir, épuisé. « Il était quatre heures du matin, il avait fait quatre meetings et il en avait encore trois de prévus. Je lui ai demandé si je pouvais le photographier endormi, pour montrer le côté épuisant de la campagne. Il a dit que oui, mais que, selon sa femme, quand il dormait, sa mâchoire se décrochait. Et que ce ne serait vraiment pas sympa de le montrer comme ça ! Alors, j’ai pris des photos avant que sa mâchoire ne se décroche. »

Obama a proposé à Callie de devenir photographe officielle de la Maison Blanche après sa campagne victorieuse, mais cette dernière a gentiment décliné pour « passer du temps avec son fils » et éviter d’être entraînée dans le tourbillon infernal de Washington. Cela ne l’a pas empêchée de venir faire quelques clichés de temps à autre dans l’antre du pouvoir.

Retrouvez une grande partie des photos de Callie Shell sur Obama sur le net. Recherchez son profil sur :

www.digitaljournalist.org




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