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Démission à L’AEP

Richard Bourret-Beauregard est entré à Polytechnique en automne 2006, dès sa première année, il intègre (un choix logique, dira-t-on) le comité Allo-Poly, comité spécialiste des shows d’humour. Son acolyte (à Poly et dans la vie), J-S, joint le comité aussi. Richard s’est distingué grâce à son fameux costume orange d’astronaute et par celui de Becky la bergère. Costumes qu’il arbore fièrement à même ses périodes de cours. L’année suivante, il est devenu directeur de ce même comité, président du comité d’élection du conseil d’administration, animateur du gala de l’implication, puis, par la suite, vice-président à l’interne pendant une année et un peu moins de quatre mois. Vous avez pu voir que Richard est quelqu’un de très impliqué à Polytechnique. L’un de ses plus grands rêves, qu’il n’a pas manqué de souligner pendant son entrevue, est de devenir pirate.

Nous aimerions avoir eu un prétexte plus léger et joyeux pour recevoir Richard en entrevue. Malheureusement, c’est sa subite démission de son poste de vice-président à l’interne au sein de l’association étudiante qui nous amène aujourd’hui à rédiger cet article.

J’ai personnellement eu l’occasion de m’entretenir longtemps avec l’ex-VP interne. Nous avons parlé de son mandat et des raisons qui l’ont poussé à quitter aussi brutalement son poste. Bien que l’entrevue suivante ne soit pas exaustive (car il y a quelques phrases qui auraient pu porter atteindre à la réputation de certaines personnes), les points et les parties essentielles sont retranscrites telles qu’elles ont été dites. « Je dis souvent que l’interne, c’est ma petite garderie », « Il y a des personnes qui ont arrêté de me parler, et qui m’ont carrément tourné le dos par la suite» : phrases choc pour un personnage hors du commun de la communauté polytechnicienne. C’est avec émotion que Richard nous livre à cœur ouvert le bilan de ses années passées au service de l’association étudiante.

Parmi tous les postes de l’AEP, pourquoi as-tu choisi VP-Interne ?

C’est une excellente question. J’ai commencé mon implication dans des comités à l’interne à la base, donc c’est le volet de l’AEP que je connaissais le mieux. J’ai toujours été impliqué directement dans ce volet là. C’est certain qu’il y a aussi le côté d’avoir l’opportunité de travailler avec mes amis qui m’intéressait énormément. On fait des projets avec eux, à l’interne on a des projets, on se met en gang de chums, on le fait et c’est tout.

Si tu devais dresser un bilan de ton premier mandat, ce serait lequel ?

OMG ! Il aurait fallu que j’aie pris des notes de tout ce que j’ai fait (rires). C’est difficile de synthétiser le bilan annuel d’un VP-Interne parce que veut, veut pas, la job de VP-Interne c’est beaucoup de gestion courante : en fait, c’est comme un job d’ingénieur, tu as un 80 % où c’est de la gestion, que ce soit de la gestion de gens, d’inventaire, de personnel, de n’importe quoi en fait. Les journées commencent très tôt et finissent très tard ! Il y a des gens qui viennent à ton bureau et te posent mille questions. Tu en as qui demandent comment on réserve une salle, ou comment on fait pour devenir un comité, « Hey t’as tu ça ou ça, ou comment on fait telle affaire ? ». Mon travail, c’est vraiment de répondre à des choses comme ça à longueur de journée.

Je pense que quelque chose que j’ai bien fait pendant mon mandat, c’est d’être présent pour répondre à ces questions-là. Quelque chose de mal fait l’année dernière : ne pas assister à mes cours. Mais ça m’a permis de donner mon temps pour les étudiants et pour les gens avec qui j’aimais travailler. C’est une chose dont je suis relativement fier ! L’une des choses importantes que j’ai faites aussi sous mon mandat c’est augmenter le prix de la bière. C’est une décision difficile à prendre, qui est également difficile à faire passer et à faire comprendre, surtout à la vue de la mentalité et du contexte à Polytechnique… Je t’ai déjà dit que je voulais devenir pirate ?

Sinon qu’est-ce qu’on a fait qui était bien : un truc qui est beaucoup plus politique dans le sens des relations avec l’École. On a eu un nouvel exécutif au niveau de la Sureté, ce sont des gens qui ne connaissaient pas le milieu étudiant et on a eu extrêmement peur, surtout quand j’ai commencé mon mandat, de perdre un peu de terrain et de droits par rapport aux activités étudiantes. Grosso modo on n’a pas eu de problème avec nos activités… On s’entend que nos activités sont bien le fun, mais elles sont souvent difficiles à défendre devant l’opinion publique (rires), disons-le ! Donc oui, c’était un objectif pour moi que les étudiants soient capables de continuer à faire des party. En gros de défendre les activités étudiantes, c’était un des principaux objectifs et je pense qu’on a réussi par rapport à ça. On a essayé de prendre ces personnes-là, de les habituer et de leur faire comprendre la réalité de Polytechnique, car ce sont des gens qui viennent avec des préconceptions qu’ils ont eu ailleurs, donc c’est seulement de faire notre travail et de les convaincre que : « OK c’est bon laissez nous faire, regardez, on est capables de le faire, faites nous confiance pour cette fois-là. »

Si tu devais raconter une anecdote lors de ton mandat, ce serait quoi ?

Je pense que le moment le plus anecdotique de mon premier mandat ça a quand même été le Noctambula Gate, genre ce merveilleux moment de l’implication où l’interne s’est vengé de PolyParty qui avait fait des coups de comités de gars chauds qui se rapprochaient du vandalisme. Quand on leur a volé leur magnifique chauve-souris. Là il y a eu comme un gros combat de couilles qui s’en est suivi, c’était magnifique… C’était comme une double anecdote, parce que c’est certain qu’il y avait deux côtés à ça, tu avais le côté vie étudiante à Poly et tous les comités qui étaient les uns contre les autres. Mais personnellement, je pense que le côté qui m’a le plus marqué, c’était le côté humain qu’il y a eu derrière, parce que c’est certain qu’il y avait tous les gens qui pompaient leur égo et je pense qu’honnêtement, il faut rester les deux pieds sur terre. Oui on peut se pomper l’égo un peu entre nous à l’AEP et dire que ce que je fais c’est mieux que toi ou n’importe quoi, mais en bout de ligne on s’en fout.

Je pense qu’il y a beaucoup de personnes dans l’implication en général… (hésitation) Oh, je ne dirai pas ça, c’est compromettant comme propos… (rires) Oh tant pis je le dis : dans la plupart des comités tu as une ou deux personnes qui travaillent, et tu as vingt personnes qui vont prendre du crédit pour le travail de ces deux personnes-là, c’est extrêmement drôle… Le plus drôle c’est quand les gens viennent et qu’ils se font un gros orgueil avec ça, et là les orgueils se rencontrent et il ya des petites étincelles, et ça donne des querelles de garderie. Honnêtement, moi, l’interne, je dis souvent que c’est ma petite garderie, avec mes petits enfants qui se battent pour avoir le plus de choses que possible. Mais oui, le point que je voulais amener, ce que j’ai trouvé le plus drôle et le plus triste en même temps, c’est qu’il y a beaucoup de personnes avec qui j’avais développé ce que je pensais être des relations d’amitié. Honnêtement dans ce scandale-là, il y a des gens qui ont arrêté de me parler, et qui m’ont carrément tourné le dos par la suite. Je pense que j’ai eu la maturité de relativiser un peu tout ce qui se passait dernière le mini scandale. Il y avait des membres de l’asso qui étaient en droit cette journée-là de recevoir un service [NDLR: PoPa a coupé le système de son de la rotonde] je pense vraiment que c’était mon devoir de pendre mes distances par rapport à ça. Comme je disais, je me suis attiré les foudres de certaines personnes et il y a des gens qui ne me parlent plus maintenant à cause de ça. Ça a été un moment marquant de mon mandat, de me rendre compte qu’il y a vraiment du monde bébé dans l’association. J’ai de la difficulté à mettre des mots sur le phénomène. Ça m’a permis, je dirais, de remettre, tout ce que nous impliqués faisions en perspective et d’accorder beaucoup moins de valeur à ce qu’on fait.

Donc est-ce qu’on ne devrait pas donner moins de crédit à certains comités pour que ce genre de situation ne se reproduise plus ?

Je pense qu’il ne faut pas se mettre la tête dans le sable et, effectivement, [PoPa] a un statut spécial, je dirais même un traitement spécial à l’AEP. Ils ont une attitude spéciale par rapport au reste du monde. Mon point de vue par rapport à ça a toujours été qu’effectivement, ça pouvait amener une certaine dose de problèmes… Par contre si on prend le temps de regarder la situation dans son ensemble, je me demande quand même si on voudrait que ce groupe-là soit différent… Ils ont leur orgueil, leur attitude, mais nos party ont aussi de l’attitude et ça devient notre orgueil. Donc en soi, c’est un peu un couteau à double tranchant, d’un certain point de vue, ils font leur travail et ils le font bien. Autant leur attitude dans un certain contexte est quelque chose de tout a fait chiant à gérer, autant d’un autre point de vue c’est tout à fait bénéfique dans le sens je ne voudrais pas nécessairement que ça change.

Maintenant le sujet qui intéresse tout le monde : alors pourquoi ta démission ?

(silence) C’est que je voulais devenir pirate… Il y a des détails que je ne veux pas donner par rapport à ça pour plusieurs raisons, parce que c’est certain qu’il y a une partie de la situation qui est tout à fait personnelle, mais en soit il y a eu un conflit de personnalité, je pense, entre moi et quelqu’un d’autre dans l’exec.

Ça faisait que je ne sentais pas que j’avais les capacités de mener mon volet comme je voulais le mener. Je vais me citer moi-même dans ma lettre de démission : « J’aurais aimé continuer le travail que j’avais entamé l’année dernière, puis malheureusement je me suis retrouvé dans une situation où ça m’était difficile de le faire. Je n’avais pas l’impression d’avoir le pouvoir nécessaire pour être capable de mener mes activités. »

Est-ce que c’est quelque chose de prévisible à ton avis ?

En gros, il faut vraiment faire la distinction, entre les relations personnelles et les relations professionnelles. Donc est-ce que j’aurais pu prévoir le problème, je te dirai : oui un peu, mais c’est un scénario parmi tant d’autres.Comme je disais, il y a des personnes qui seront très différentes au niveau personnel et professionnel. Moi-même en tant que membre et directeur d’Allo-Poly, j’ai été une personne spécialement conne. Oui ça m’est arrivé de dire des choses spécialement connes en tant que VP. Je pense que dans la plupart de mes décisions, j’ai essayé d’être le plus impartial possible, et j’avais des notions d’éthique un peu plus poussées que celles que j’appliquais quand j’étais directeur d’Allo-Poly. Alors, la situation aurait bien pu virer différemment.

Visiblement, ce sera Lucas Poncelet qui va te remplacer, tu penses qu’il sera à la hauteur ?

Écoute, l’année dernière j’avais envisagé de ne pas me re-présenter et je vais t’avouer que la personne que j’aurais aimé qui me remplace à ce moment-là c’était Lucas, on en a parlé et il était pressenti pour me remplacer. C’est certain qu’à un moment donné, quand j’ai décidé de me re-présenter, ça s’est terminé là… La première chose qu’il faut savoir, c’est qu’au sein d’un exécutif, tous les adjoints et tous les exécutants se rencontrent et on dit ce qui se passe dans nos dossiers, donc oui, d’un certain point de vue, Lucas est l’une des personnes qui connait le plus mes dossiers et les dossiers de l’interne en général. Un truc qu’il faut savoir, c’est pourquoi je croyais énormément en Lucas l’année dernière : c’est parce que j’ai eu à travailler avec lui dans plusieurs situations. Oui, c’est une personne qui est capable d’être super désagréable, d’être tête en l’air une fois de temps en temps, mais c’est une personne qui sait facilement faire la distinction entre plaisir et travail. Pour revenir à ce que j’ai dit, il y a beaucoup de personnes qui sont différentes sur le plan personnel et le travail, et c’est le cas de Lucas. C’est une personne qui a toute ma confiance pour remplir ce poste-là.

Un mot de la fin ?

Je suis sûr que mettre mon nez un peu partout dans les affaires de l’interne ça me manquera, mais d’un autre point de vue, je ne suis pas parti. Quand on quitte un poste il faut savoir prendre un peu ses distances par rapport à tout ce qu’on faisait, pour ne pas de venir une vieille croûte désagréable. Je pense honnêtement, surtout dans le cadre actuel, que le fait de démissionner va me permettre de faire des trucs plus pertinents et plus intéressants pour les étudiants en travaillant de l’autre côté de la clôture.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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