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FFM ?

Fous Fanatiques Manitobains »? Non. « Funambules Furibonds Marxistes »? Non. Toujours pas. Te voyant tiraillé par un suspense insupportable, je te révèle sans tarder la solution : il s’agit du « Festival des Films du Monde » (hélas pour votre complexe d’infériorité, 93% des lecteurs ont pensé juste !), que Montréal accueille en ce moment près du Quartier Latin*. Autrement dit, non pas quatre mais cinq (!) cinémas passent, de 8h à minuit, des œuvres dépaysantes d’auteurs d’origines diverses et variées, depuis le témoignage intime à la production médiatisée.

On peut y aller pour découvrir des approches différentes de la vie, pour s’ouvrir aux problèmes des autres continents, à des conflits trop peu médiatisés… Ou tout simplement parce qu’on a rien à foutre la fin de semaine en ces temps de rentrée. Bref, le Polyscope a choisi pour vous – oui, oui, même pour toi qui est sur le point de sacrifier ces colonnes pour fabriquer des cocottes en papier – des films japonais, hongrois, et cambodgien, ainsi que quelques court-métrages fort intéressants (même celui de Concordia !). Ceux-ci oscillent plus ou moins gaiement entre enterrement
(et/ou anniversaire) raté pour cause de famille pourrie jusqu’à la moelle, vision ésotérique de l’art contemporain et de la théorie de l’évolution, revendications aborigènes et noyade intempestive, le tout fait par des cinéastes en herbe (des étudiants, quoi !). Cependant, en toute bonne foi, aucun n’arrivait à la cheville du futur long-métrage de Poly-T**.

Des scénarios finement ciselés nous offrent des histoires saisissantes, engagées, et (parfois même) humoristiques : entre films difficiles – qu’il s’agisse du massacre des trois millions de cambodgiens perpétré par les Khmers Rouges, de l’histoire d’un orphelin affrontant seul la campagne hongroise avec sa sœur autiste pour seul réconfort – et légers – sur l’hypocrisie française, tout est tourné pour ne pas laisser indemne le spectateur.

La richesse du festival vient sans aucun doute de la diversité des nationalités présentes. Il est rare, en effet, de pouvoir comparer, film après film, un jeu d’acteurs japonais ou européens. De voir la vie à Tokyo confrontée à celle du « Japon de l’Envers ». Les étendues couleur feu d’Europe de l’Est après le vert luxuriant des forêts d’Asie… Un voyage vers l’autre, l’inconnu. Néanmoins, preuve des difficultés à s’écarter de l’ethnocentrisme, les films québécois, américains ou français restent les plus prisés.

Finalement, tu aurais certainement le temps de tuer un âne à coup de figues avant que je ne finisse de retranscrire la richesse des plans et des techniques de tournage de ces œuvres… D’ailleurs, je te conseille vivement d’en juger par toi-même, et d’abandonner les Prison Break et autres Heroes à la sauce américaine (Non, mesdames et messieurs, le Polyscope ne craint pas les pressions lobbyistes !).

Il est certainement un devoir de citoyen du monde de se tenir informé ; il l’est, d’autant plus que nous sommes à Poly, creuset ethnique unique en son genre, fief de la francophonie, aux portes de l’ingérence britannique. Et je pense qu’il est de notre intérêt, nous, future élite de ce pays, de tenir notre esprit aux aguets des soubresauts violents qui agitent ce monde étiolé et anémié, coulant dans la douceur barbare du blockbuster décadent, en un mot : AMERICAIN. Argh, hum, keuf, keuf, revenons à nos moutons…

Mais cela a un prix : après un après-midi passée au festival, tu te sentiras sûrement un peu secoué. Prévoir une séance défoulement : en « spécial conseil » pour les nouveaux, nous vous livrons l’avis d’un vieux routard : « C’est super cool de partir à la poursuite des castors près du lac Mont-Royal. Genre, c’est beau, tu vois. » (pour les plus anciens, moins exotique mais tout aussi efficace, Gérard a également son mot à dire : « La traque aux p’tits merdeux, c’est cool aussi. »).

* : Tous les renseignements nécessaires sur le site du FFM,
www.ffm-montreal.org/index.html

** : « Tais-toi, je gère », Poly-T, long-métrage, sortie en novembre 2009.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.