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La solidarité internationale, une affaire d’ingénieurs !

Par Gabriel Millaire

Le mardi 7 octobre dernier, Ingénieur sans frontières Québec (ISFQ) en partenariat avec le Réseau des ingénieurs du Québec présentait un déjeuner conférence sous le thème de l’apport de l’ingénieur à la solidarité internationale. À cette occasion, Bernard Amadei, professeur à l’Université du Colorado aux États-Unis et président d’Ingénieurs sans frontières États-Unis et Ingénieurs sans frontières international, a présenté les défis et les opportunités auxquels les ingénieurs doivent faire face lorsqu’il s’agit d’apporter des solutions appropriées, équitables et durables pour le développement des communautés du Sud.

Fort de l’expérience de plusieurs projets d’ingénierie dans des pays en développement, monsieur Amadei est maintenant directeur d’un nouveau programme intitulé « Ingénierie de développement des communautés » à l’Université du Colorado. C’est donc en connaissance de cause qu’il s’est adressé aux ingénieurs présents à la conférence.

« Pour les ingénieurs, aider les plus pauvres à remonter la pente n’est pas une option, mais une obligation », affirme-t-il d’entrée de jeu. Dans les pays industrialisés, les ingénieurs sont appelés à réaliser des projets de plus en plus gros, de plus en plus complexes, de plus en plus chers. Pour monsieur Amadei, des projets à petite échelle peuvent facilement être réalisés à moindre coût dans les pays en développement, et les retombées concrètes pour les populations sont énormes.

Les problèmes sont nombreux dans les pays du Sud, que ce soit au niveau de la pureté ou de l’acheminement de l’eau, de la malnutrition ou de la présence de maladies tel le paludisme. De plus, dans les deux prochaines décennies, deux milliards de personnes, dont 95 % dans les pays en développement, s’ajouteront à la population mondiale actuelle. On peut ainsi s’attendre à une recrudescence de ces problèmes dans les prochaines années.

Aussi, selon monsieur Amadei, c’est maintenant qu’il faut intervenir. Selon lui, les ingénieurs de la nouvelle génération devront être des facilitateurs pour entre autres, le développement durable, économique et social des communautés plus pauvres. « Que ce soit en génie civil, mécanique ou hydraulique, le travail est le même. C’est l’exécution qui est différente », souligne-t-il.

En effet, les connaissances techniques sont toujours valables. Ce qui est plus difficile c’est de les appliquer de façon appropriée et durable. Pour ce faire, il faut étudier les besoins des populations, la disponibilité des matériaux locaux, les spécificités culturelles et les possibilités de création d’emploi. C’est seulement en intégrant toutes ces réalités que, selon monsieur Amadei, un projet d’ingénierie pourra réellement être considéré comme une réussite.

« Les techniques existent pour régler bien des problèmes dans le monde, mais souvent elles sont trop dispendieuses, donc inaccessibles aux populations dans le besoin », explique-t-il. Mais avec un peu d’ingéniosité, tout problème peut être résolu. Pour illustrer ce fait, monsieur Amadei fait référence à un projet de ISF-US qui s’est déroulé en Afghanistan il y a quelque temps. L’hiver, la température là-bas peut atteindre des minimums de -20°C, mais dû à un manque d’arbres, le bois de chauffage est très dispendieux. Comme solution, les ingénieurs de ISF-US et leur partenaire Afghan ont développé un système de production de briquettes composées de divers déchets combustibles pressés dans un tube de PVC.

Chaque briquette brûle 30 minutes et est vendue à petit prix. Grâce à l’embauche d’enfants de la rue et d’handicapés, une trentaine d’emplois ont été créés, et plus de 1000 briquettes sont produites chaque jour. Avec les profits, l’organisme offre une éducation aux enfants tirés de la rue qui travaillent pour eux. Cet exemple illustre bien les propos de monsieur Amadei : dans ces pays où il y a moins d’un ingénieur par dix mille habitants, comparativement à environ trois par mille habitants en Europe ou en Amérique, les problèmes doivent être résolus non seulement par des moyens techniques, mais surtout en tenant compte des réalités sociales, économiques et environnementales.

Cependant, tous les projets d’ingénierie dans les pays en développement ne sont pas tous des réussites. « Les échecs font partie du développement. Ce sont des leçons apprises », nous confie monsieur Amadei. En effet, il y a toujours beaucoup de variables et d’inconnues. Chaque jour, une nouvelle situation inattendue se présente et il faut réagir rapidement. Il faut prendre le temps de bien faire le travail : « Une équipe d’ISF-US reste dans une communauté environ cinq ans, à raison de deux aller-retour par année », explique-t-il. C’est ainsi qu’avant le début d’un projet, une ou plusieurs visites préparatoires sont effectuées, et que tout projet est suivi d’une période d’évaluation des résultats et d’un suivi de la gestion.

L’appui des ingénieurs aux projets de solidarité est donc essentiel, et monsieur Amadei ne peut que les encourager le plus possible à s’engager dans cette voie. Par contre, il met en garde les intéressés : « Si vous n’êtes pas prêts à faire trois pas en avant, et deux en arrière, ne vous engagez pas dans le développement international. » Il ajoute ensuite : « Ce n’est pas de la charité qu’on fait […]. Il y a plein de gens avec de bonnes intentions, mais souvent ils ont des solutions non durables. » Selon son expérience, un effort technique professionnel est fort important dans tout projet, ce qui manque souvent à de nombreux organismes de charité à travers le monde. Il faut donc prendre le temps de bien faire les choses, et ne pas reculer devant les échecs, car ils sont une source d’apprentissage.

Les projets d’Ingénieurs sans frontières sont menés par des ingénieurs professionnels, mais les étudiants en génie sont plus que bienvenus à y participer. Comme disait monsieur Amadei : « Les professionnels apportent l’expérience, mais les jeunes, eux, apportent l’enthousiasme! » ISF et de nombreux autres organismes permettent à des étudiants en génie de vivre une expérience de solidarité internationale. Pour commencer votre recherche, ou pour vous informer un peu plus, voici quelques liens pertinents qui pourront vous guider.

Mots-clés : ISF (11)

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