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Les files d’attente

Ah, les joies des files d’attente ! Que de bonheur que de devoir patienter en file pendant des heures entières dans le but d’accomplir une tâche – souvent bureaucratique – qui ne prend que quelques minutes (voire secondes) à accomplir.

Les occasions de trouver le temps long en compagnie de dizaines d’autres personnes sont généralement peu fréquentes durant une année, et pourtant elles nous hantent constamment, peut-être par appréhension des épreuves que l’on devra surmonter dans le seul but d’obtenir une signature, un formulaire 14-A sur papier rose ou simplement un autocollant sur une carte étudiante.

Permis de conduire, carte d’assurance-maladie, passeport, cinéma, supermarché, registrariat, la fille cute de BioMed, tous nécessitent de s’asseoir sur une chaise, d’acheter un café et de prendre son mal en patience, parce qu’il y a beaucoup de gens arrivés avant soi qui attendent leur tour depuis un moment déjà.

Il y a certainement un facteur psychologique en cause, puisque l’idée-même de faire la queue au supermarché est parfois suffisante pour se dire que, finalement, peut-être que l’épicerie de la semaine peut attendre encore un peu. Après tout, le dépanneur du coin offre de savoureux Dîners Kraft. Le facteur psychologique expliquerait aussi pourquoi l’attente pour avoir un magnifique autocollant pour valider sa carte d’étudiant(e) semble être d’autant plus longue que le geste d’apposer ledit autocollant nécessite peu de temps. Si au moins il était en forme d’étoile…

Ceci dit, les raisons des attentes interminables ne sont pas uniquement dues à notre perception du temps. On peut légitimement se demander si l’on n’est pas une sorte de rats de laboratoire pour une étude nationale sur la patience des sujets confrontés à un environnement froid, étrangé et décoré par de magnifiques abreuvoirs avec des verres coniques en papier dans le coin de la salle qui brisent le silence par des « bloops » de bulles d’air à intervalles réguliers. Enfin, « silence » est quand même un grand mot, puisqu’il y a toujours quelqu’un pour parler fort au cellulaire pour que tout le monde présent puisse profiter de la sagesse infinie de ses propos. « Yo, on ‘tait s’a brosse à Rigaud ! » ou encore le classique « Écoute fils, écoute… maiiiiiis non, Youssouf il a pas raison ! » ne sont que des perles de discours qui mériteraient d’être à jamais immortalisées dans un biscuit de fortune.

Si jamais on dévoile au grand jour la vérité sur cette expérience scientifique à grande échelle, les gouvernements tomberont sans doute les uns après les autres, alors que les foules en colère envahiront les urgences, les bureaux de passeport et les maisons de retraite (pour se venger des personnes âgées qui paient à la caisse avec leurs pots massons de pièces de un cent).

J’espère presque que ça soit le cas. Ça justifierait au moins pourquoi malgré la fusion du Service aux Étudiants et du Registrariat, il n’y a que 2 guichets ouverts pour répondre aux besoins de la population de Poly. Il faut croire, en apparence, que 2 + 5 = 2 guichets. Il doit s’agir de mathémagique administrative, un peu comme la règle qui dit que si on se brosse les dents 14 fois dans la même journée, on n’a plus besoin de le faire pour le reste de la semaine. Ça marche sur papier, mais dans la vie réelle, c’est un excellent moyen de se faire des ennemis.

Dorénavant, pour éviter de perdre trop de temps inutilement, je tâcherai de profiter des 6 jours que je passerai au Complexe Guy-Favreau pour réaliser des tâches que je dois faire de toute façon. Pour ceux qui suivent le cours de Calcul I, il s’agit d’un simple problème d’optimisation : il suffit de trouver le moment dans le temps où la dérivée de la fonction d’ennui est nulle.

Ainsi, la prochaine fois que j’irai renouveler mon passeport, j’apporterai mon lavage pour faire une brassée dans l’abreuvoir savamment placé dans la salle d’attente. Je profiterai peut-être aussi de l’occasion pour me raser avant de me présenter au fonctionnaire dans son cubicule, puisque la barbe de Père Noël que j’aurai l’empêchera sans doute de me reconnaître sur la photo. Des plans pour que je fasse la queue à nouveau.

Peut-être que j’organiserais le coup du siècle. Un plan infaillible, qui m’assurerait richesse et gloire tout en semant le chaos dans la bureaucratie : un commerce de faux numéros. 5 $ pour le numéro 198, et on sert en ce moment le numéro 195. Le calcul est simple, ça vous coûte 5 $ et ça prend 20 minutes mais vous évitez de perdre 3 heures à attendre votre tour alors que vous pourriez travailler, car oui, les bureaux ne sont ouverts que de 11h à 15h, du lundi au jeudi. Même au salaire minimum, ça revient à dire que vous gagnez de l’argent puisque vous pouvez retourner travailler.

Si vous vous faites prendre avec un faux billet, on ne s’est jamais rencontré. Vous croupirez dans une cellule dans un pays étranger où les « techniques d’interrogation » ne correspondent pas aux critères de la justice canadienne (pour une fois, le gouvernement n’hésitera pas à vous faire voyager même sans que votre passeport soit valide), mais moi je serai dans mon île du Pacifique à nager dans ma piscine de pièces d’or.

Tout le monde y gagne, donc.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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