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Corno, portraits foudroyants aux couleurs éclatées

Visages à la chevelure éclatées et torses dénudés captés sur des toiles de deux mètres carré, dyptiques et tryptiques, couleurs flamboyantes, vives et captivantes, expressions poignantes qui foudroient le spectacteur et le marquent pour toujours, telle est la marque de commerce et le style dynamique qui ont su faire de Corno une artiste internationale après trente ans de carrière.

C’est dans une ambiance techno et sobre que l’on découvre les toiles accrochées aux murs de la galerie AKA sur Crescent, lieu de résidence des dernières oeuvres de Corno. Les couleurs vives, l’expression des visages, les dimensions des toiles, et surtout un talent incontestable frappent au premier coup d’oeil l’imaginaire du spectateur. Puis, ce sont les textures, riches et en relief, ainsi que l’asymétrie des compositions qui attirent.

Apparentée au mouvement néo-expressionniste, Corno réussit à apposer son empreinte de par des oeuvres vibrantes et fortes. Faites de tableaux géants (4 mètres par 6 mètres) et souvent en dyptique ou tryptique, elle réalise essentiellement des portraits et des torses nus. Ses sujets tranchent avec la monochromie de l’arrière-plan, mettant ainsi en valeur le style de l’artiste.

Corno, de son vrai nom Johanne Corneau, est née à Chicoutimi en 1952. Détrompez-vous, ce n’est pas devant les oeuvres d’une grand-mère assise auprès du feu que vous vous retrouvez, mais bien devant une artiste qui exalte l’énergie et la fébrilité ! Elle devient une artiste de renommée à Montréal et s’établit vite comme une figure de l’art moderne. Néanmoins, certaines critiques la qualifient de « trop commerciale », ses tableaux se vendant les uns après les autres. Se sentant comme un « gros poisson dans un bocal trop étroit », Corno décide de tenter l’aventure et d’apporter ses pinceaux dans le quartier branché de Soho à New York où elle y a établit son atelier depuis 1992, attirée par les possibilités infinies… The sky is the limit ! Ce changement d’air opéra comme un véritable déclic sur sa carrière artistique, se gorgeant de la vie new-yorkaise, des publicités, de la musique et des quartiers pour en imprégner ses toiles. Son association avec la Opera Gallery lui ouvre les portes de la reconnaissance internationale, avec des tableaux exposés aux États-Unis, à Singapour, à Dubaï, à Paris, à Hong Kong, à Monaco, à Venise, à Londres…

Depuis, ses tableaux partent comme des petits pains, certains étant vendus avant même d’être terminés. Dernièrement, lors d’une exposition à Singapour, ses toiles se sont envolées en moins de cinq minutes, les prix variant entre 12 000 $ et 50 000 $. De plus, Corno a produit plus de 300 tableaux au cours de la dernière année… rien qui n’aide à la réputation d’artiste commerciale qui lui reste attachée. Pour tenter de mieux connaître et cerner l’artiste, le Polyscope a échangé divers points de vue lors de son dernier vernissage.

Décontractée et facilement abordable, Corno confie d’entrée de jeu que ce qu’elle désire transmettre dans ses toiles est avant tout l’énergie dont elle se gorge à New York. Elle décrit sa peinture comme étant une peinture pleine de passion et de fougue, elle veut pouvoir faire vibrer les gens qui regardent ses toiles. Pour ce qui est de la composition même de la peinture, elle raconte qu’il lui arrive d’effectuer dans son atelier new-yorkais cinq à six peintures en même temps, le tout avec des beats techno plein les oreilles.

Des artistes qu’elle apprécie particulièrement ? Tous américains bien sur. D’abord Woody Allen pour ce qui est du cinéma, avec ses nombreuses histoires touchantes, sincères ou complètement loufoques de la ville de New York, puis Julian Schnabels, peintre néoexpressioniste et cinéaste (Le Scaphandre et le papillon), pour ce qui à trait à la peinture. C’est donc chez les artistes de nos voisins du sud que Corno puise différents inspirations et points de vue pour sortir de son cadre et explorer de nouvelles voies par rapport à ses peintures.

Finalement, nuançons un petit peu cet article présentant Corno. Rien ne peut être uniquement blanc, ni seulement noir. De vastes toiles, aux couleurs éclatées, aux visages interpellant et aux contrastes forts qui cherchent à faire vibrer les gens. D’accord. Mais les signes de paix et les écritures « Love » qui ornent certaines chevelures et torses me semble personnellement inappropriés. En effet, les critiques envers Corno lui reprochent de ne pas prendre position, ce qu’elle se défend en disant qu’elle ne peut se battre sur tous les fronts et qu’elle préfère s’adonner à sa peinture. Certes, mais pourquoi alors écrire « Love » et dessiner un cercle avec le signe de la paix ? Pour passer un message humaniste ? Je ne pourrais donc pas qualifier sa peinture ainsi car je pense qu’un réel travail doit être accompli pour pouvoir adopter cette cause, ce qui ne semble pas être le cas avec un ou deux coups de pinceaux rapidement effectués sur un visage. Corno ne pourra donc pas être associée à une revendication de la paix et de l’amour, du moins pas pour l’instant. Peut être les années à venir sauront me faire mentir ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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