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Otello : une décharge de drame

Sortie des grands soirs. Tiré à quatre épingles et témoin de l'expression d'un des arts les plus fins, à Montréal. Et non, il ne s'agit pas de poterie.

Adulte, il faut savoir se faire plaisir convenablement et assister aux arts de la scène, le plus de genres, le plus souvent. Constat de vie. Après il faut faire l’Opéra, histoire de développer son palais. Le jeudi 26 janvier, l’Opéra de Montréal inaugurait Otello, une composition de l’illustre italien Verdi, sur une pièce de théâtre shakespearienne typiquement dramatique. Il faut tout de même rappeler que la quasi-totalité des opéras se donnent en allemand ou en italien. Pas le meilleur moyen d’attirer une plèbe non sensibilisée… Parfait pour les aristocrates et les curieux. Un petit effort, allez! Il s’agissait de la botte méditérranéenne cette fois! En cette glorieuse soirée, la compagnie italienne de montréal était de la partie, pour notre plus grande jouissance sensorielle.

L’oeuvre est connue par bien des amateurs du dramaturge anglais; Otello, le général maure de l’armée vénicienne animé par une fierté prononcée mais surtout par un amour profond pour sa femme. Amour qui n’avait d’égal que sa jalousie et son caractère macho destructeur. Ce grand gaillard  se laisse malheureusement emporter par les manigances de son ex-capitaine (fraichement dému), fomentant un plan des plus tordus pour retrouver sa place de naguère et écraser tout obstacle sur son passage, surtout le nouveau capitaine. Jeune et beau, le brave Cassio s’est fait un ennemi aussi déterminé que lâche, tout ça sans le savoir.

Divisé en quatre actes, cet opéra des extrêmes mettait en vedette un quatuors d’artistes de scène venant d’autant de pays différents. Le sinistre Iago, est joué par Aris Argiris, venant de Grèce. Le virevoletant Cassio, bien de chez nous, en la personne d’Antoine Bélanger est mêlé à la doucereuse et fragile soprano japonaise Hiromi Omura, qui a totalement volé la vedette à la star Lithuanienne Kristian Benedikt, alias Otello, également en grande tenue! N’oublions pas la chef d’orchestre canadienne Keri-Lynn Wilson, responsable d’une prestation multi-instrumentale des plus propres. Bref, un spectacle ravissant mais surtout une absence d’accro pour cette première. C’est extrêmement important pour continuer de surfer sur une vague de confiance médiatique qui dicte le ton!

Certains pourront blamer – peut-être avec raison – le manque d’artistes canadiens sur la scène, néanmoins il est difficile de forcer la fine bouche face à un spectacle aussi riche en émotions et en qualité de performers. À cela, rajoutons aux éloges un travailleur de l’ombre, M. Guy Simard, responsable du jeu de lumières, qui, par moments (stratégiquement choisis), allié à la baguette ferme de Mme Keri-Lynn Wilson, submergea de frisons intenses chargés de puissance dramatique l’entièreté de la salle. En italien: Bravo!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.