Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Connectés… jusqu’au bout?

Aperçu article Connectés… jusqu’au bout?
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Ceci n'est pas un sex toy. Mais ça y ressemble, avouez. Photo © FLIR

À l’ère des objets connectés et des jouets sexuels grand public, on ne s’étonne plus vraiment de voir apparaître la combinaison des deux : le sex toy connecté. La technologie nous permet donc désormais de commander le plaisir à distance, par Internet. Néanmoins, cette avancée devrait au minimum susciter notre méfiance.

Le mois dernier s’est déroulée à Las Vegas l’édition 2016 du CES, le plus grand salon dédié à la technologie pour les gens comme vous et moi, les humbles consommateurs, si vous voulez. On a pu, comme souvent, y découvrir toutes sortes de gadgets fantastiquement innovants, quoiqu’un peu désolants d’inutilité. Tristement, cela semble être la donne actuelle en matière d’électronique grand public. Mais ce qu’on n’avait pas forcément vu venir, c’est que cette édition serait en fait une énorme exposition de sex toys.

Dildoland

En effet, vous ne le saviez peut-être pas, mais le CES de cette année n’était en réalité rien d’autre qu’une gigantesque collection de sex toys qui s’ignorent. De la télécommande allongée toute lisse et toute ronde jusqu’au thermomètre aux contours délicieusement ovoïdes, il semblerait que les trois-quarts des gadgets du moment soient une invitation à combler tous vos orifices. Cependant, ne vous inquiétez pas : il y avait tout de même de vrais jouets sexuels au salon, et c’est là qu’il peut y avoir matière à s’inquiéter.

Ne vous méprenez pas : ce qui me fait quelque peu froncer les sourcils ici, ce n’est pas que l’on puisse proposer au consommateur des objets pour se donner du plaisir; c’est plutôt la nature connectée desdits objets. Qu’on le veuille ou non, les sex toys connectés héritent logiquement de tous les défauts des objets « du quotidien » que l’on relie à Internet sans trop y penser, sauf qu’en plus, ce sont là des gadgets particulièrement intimes.

Une intimité à préserver

Première inquiétude : la sécurité. C’est une des questions majeures de l’Internet of Things, qui est cette tendance à vouloir connecter nos objets de tous les jours. Imaginez que vous contrôliez un sex toy vibrant à distance, par Internet, depuis votre cellulaire ou votre tablette. Que se passe-t-il si l’application qui commande votre appareil est mal conçue et qu’un inconnu parvient à prendre le contrôle du jouet? On peut parier que le plaisir ne sera pas le même si vous avez un doute sur la personne à l’origine du déclenchement de l’appareil. Si un tel cas vous paraît improbable, dites-vous que de tels sex toys existent déjà et que des failles de sécurité béantes sont régulièrement découvertes dans des logiciels largement utilisés.

Deuxième raison de se méfier : les questions de confidentialité. Il est clair que les principaux acteurs d’Internet, tels que Google et Facebook, nous traquent déjà sans relâche, plus ou moins avec notre accord, dans un but commercial : une fois récoltées et agrégées, nos données personnelles et nos habitudes numériques valent de l’or, notamment pour les publicitaires, qui y voient une incroyable opportunité de cibler leurs messages. Alors, il est peut-être encore temps de se dire qu’il n’est pas nécessaire d’abattre une nouvelle barrière au plus profond de notre intimité. En effet, grâce à ces jouets, les fabricants ont toute la latitude pour épier notre vie sexuelle. Ont-ils une attitude éthique vis-à-vis de leurs consommateurs? Ou bien gardent-ils discrètement sur leurs serveurs la localisation de nos partenaires sexuels, nos horaires préférés pour se faire plaisir, et j’en passe? Difficile de le savoir.

Déconnectez!

Ces questions peuvent sembler décalées, car l’utilisation de tels jouets connectés est probablement marginale pour le moment. Peut-être êtes-vous en train de vous dire que vous n’utiliserez de toute façon jamais un sex toy, fût-il dénué de toute électronique. Cependant, à l’heure où les objets connectés inondent le marché, l’exemple délicat des sex toys a le mérite de pointer les précautions à prendre avec l’Internet of Things. Alors, un conseil : avant de vibrer, déconnectez!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+