Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Produits dérivés, partie 1

Aperçu article Produits dérivés, partie 1
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Photo © PolyFinances

Tu participes à la simulation de négociation d’options organisées par la Bourse de Montréal? Peut être que cette introduction aux produits dérivés pourraient t’intéresser!

La présente note éducative se veut une introduction scindée en deux parties sur un instrument financier majeur : les produits dérivés. Ce sujet est d’une importance cruciale pour tous ceux qui désirent s’initier au domaine de la finance moderne, voire même à celui du droit corporatif, puisque leur utilisation en constante croissance s’explique, entre autres, par le développement d’applications informatiques et logicielles novatrices permettant leur articulation.

La partie 1 permet donc de bien définir ce qu’est un produit dérivé au sens le plus large, de positionner leur utilisation auprès des hedge funds et de survoler leur régulation actuelle. La partie 2 se penchera davantage sur les quatre types principaux de produits dérivés, soit les options, les swaps, les futures et les forwards, offrant une synthèse permettant à l’initié de comprendre les différents concepts d’utilisation à l’aide d’exemples concrets.

Définition générale

Un produit dérivé est un contrat dont la valeur dépend directement de la valeur d’une marchandise ou de quelconques autres instruments financiers plus tangibles. La définition vient du nom de l’instrument financier même, en effet la valeur du produit « dérive » de celle d’une entité « primaire ». Par exemple, une option doit sa valeur à l’action d’une firme spécifique (Alexander, 2003). Ainsi, on comprend que la valeur du produit dérivé n’a rien d’intrinsèque. Il est important de comprendre cette particularité pour ensuite saisir le type d’utilisation qui leur est attribuée. Les produits dérivés ont initialement été introduits pour protéger les entreprises contre les fluctuations inattendues des taux de change et d’intérêt et du prix des matières premières ou des intrants à leurs productions. Par exemple, ils permettaient aux agriculteurs du 19e siècle de protéger la valeur de leurs récoltes en établissant par contrat un prix fixe de vente avec les commerçants (Alexander, 2003). Il devenait donc possible de mitiger le risque encouru à l’avance et de se protéger des climats saisonniers imprévisibles. Jusqu’à maintenant, rien de trop dramatique.

Gérer le risque, mais aussi…

Dans son contexte actuel, cette notion de gestion du risque demeure en avant-plan. Le produit dérivé, impliquant a priori deux intervenants, permet de baliser davantage des éventuelles pertes face aux convictions qu’un tel titre, devise ou marchandise gagne (ou perde) de sa valeur marchande. Dans certains cas, ceci peut aussi impliquer la limitation du profit à encourir. Cependant, qui dit meilleure gestion du risque dit plus grande capacité de prendre des risques. Conséquemment, les produits dérivés ont permis l’ascension de ce qui aura coûté le plus cher à leur réputation : la spéculation (B. Shadab, 2009). En effet, on rappelle l’aspect peu tangible du produit dérivé qui permet d’être créatif en ce qui a trait aux critères définissant sa valeur en temps réel et pouvant rendre nébuleuse sa raison d’être dans certains cas. On ajoute à cela de nouveaux outils informatiques d’absorption et de gestion de données permettant la mise sur pieds de produits dérivés plus complexes et plus difficiles à cerner d’un œil extérieur. N’empêche que pour les firmes opérant au sein d’industries de toutes sortes (mine, foresterie, technologie, télécommunication, etc.), il est surtout question de gérer le risque pour assurer une certaine marge de profit en tout temps (cf. figure 1). D’ailleurs, on note une plus grande tendance d’utilisation des produits dérivés au sein de firmes de plus grande taille (cf. figure 2).

Obstacles à la règlementation

Un document de recherche publié par le gouvernement canadien en 2003 indiquait alors que le fait d’admettre l’importance de ces produits dérivés engendrait avec lui un défi de taille pour les autorités des marchés financiers (Alexander, 2003). En effet, plusieurs obstacles et enjeux se dressent devant les comptables et les responsables des comptes nationaux qui doivent établir les lignes directrices de leur utilisation.

Dans un premier temps, concentrons-nous sur les obstacles. De par leur nature, les produits dérivés sont particulièrement complexes à saisir puisqu’ils sont tous adaptés à des besoins spécifiques divers et que leur utilisation est, dans la plupart des cas, prévue dans un avenir à plus ou moins long terme. C’est d’ailleurs pour ces raisons-là que les principes de comptabilité classiques ne peuvent s’y rattacher. De plus, ils ont aussi la particularité d’être très différents les uns des autres. Bien qu’on catégorise les produits dérivés en quatre groupes principaux, deux produits dérivés du même groupe peuvent voir leurs contrats se modifier au besoin, ce qui peut les différencier considérablement.

Dans un deuxième temps, de nombreux enjeux expliquent aussi la difficulté de légiférer les produits dérivés. Il y a d’abord la méthode selon laquelle on peut calculer et établir leur valeur qui pose problème. Étant donné qu’ils sont si distincts, comment pouvons-nous déterminer une façon de les évaluer au même titre?

Enjeux actuels et futurs

Suite à la crise financière de 2008, le marché des produits dérivés a essuyé de nombreuses critiques et a dû se soumettre à un encadrement législatif plus strict de la part des autorités financières (Vallières, 2015). On peut penser au règlement européen EMIR qui est entré en vigueur en 2012 suite au sommet du G20 de 2009 et qui permet une plus grande transparence et une plus grande sûreté de ce marché (AMF-France, 2013). Mais ces « nouvelles » règles apportent avec elles de multiples critiques. En fait, on remarque que les principaux encadrements des plus importantes autorités financières de la planète, soit celles de l’Europe, des États-Unis et du Japon, ne s’harmonisent pas.

« “L’application de cette nouvelle réglementation demeure très disparate selon les principales autorités. Et cette disparité contribue de plus en plus à fragmenter le marché et la liquidité dans de nombreux produits dérivés, ce qui en augmente les coûts de transactions et nuit à leur accessibilité par les utilisateurs de produits dérivés dans leur gestion de risque financier”, a indiqué Scott O’Malia, chef de la direction de l’Association internationale des swaps et dérivés, ou ISDA » (Vallières, 2015).

Et bien qu’on précise que le resserrement législatif des produits dérivés était adéquat étant donné son fonctionnement ambigu et son ampleur insoupçonnée avant la crise financière, on lui reproche aujourd’hui son manque de vision globale (Vallières, 2015). On sait pertinemment que ce marché est risqué et qu’il peut engendrer d’énormes conséquences, mais ce manque de cohérence entre les régulateurs pourrait nuire aux réformes initiées par le sommet du G20 de 2009 qui est à la base des nouvelles restructurations (Vallières, 2015). Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements à la Caisse de dépôt et placement, rapporte pour sa part son désagrément en tant qu’investisseur : il déplore le fait de devoir refaire une même transaction de produits dérivés à plusieurs reprises selon les différentes compétences engagées (Vallières, 2015). Et puisque ce sont les gouvernements nationaux qui dictent les lois, il conclut que l’enjeu actuel du marché des produits dérivés est la « reconnaissance mutuelle » des différentes juridictions (Vallières, 2015).

L'équipe 2015-2016 Photo © PolyFinances

L’équipe 2015-2016 Photo © PolyFinances

Source : (Paligorova & Staskow, 2014)

Source : (Paligorova & Staskow, 2014)

Source : (Paligorova & Staskow, 2014)

Source : (Paligorova & Staskow, 2014)




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+