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Santé mentale : la couverture publique des soins psychologiques est une nécessité

La 26e semaine de la prévention du suicide se tient du 31 janvier au 6 février. Mercredi dernier se tenait la très médiatisée journée « Bell cause pour la cause », durant laquelle la compagnie donne des fonds à des initiatives en santé mentale en fonction de l’utilisation de ses services par ses clients. En bref, c’est le moment de parler de santé mentale et donc le moment parfait pour discuter d’accessibilité aux soins psychologiques.

Depuis quelques années, des efforts ont été faits, par le biais d’initiatives publiques, privées et communautaires, pour faire bouger les perceptions sur la maladie mentale. Pensons par exemple à la campagne « La dépression est une maladie », ou aux récentes publicités de « Bell cause pour la cause » qui visent à réduire les préjugés envers les personnes qui souffrent de dépressions. Bien qu’il reste un immense travail à faire, je crois sincèrement que les choses ont progressé, et que la société est de plus en plus capable d’admettre que ceux qui souffrent de troubles mentaux ont droit au même support que ceux qui souffrent d’une autre forme de maladie.

Or, alors même que le gouvernement provincial investit dans ces campagnes de sensibilisation, il néglige une grave injustice, qui frappe de plein fouet les Québécois les plus vulnérables : au Québec, les services de psychothérapie ne sont couverts par l’assurance publique que dans de rares cas, comme lorsqu’un patient est suivi par une équipe multidisciplinaire dans un établissement de soin de santé ou encore par le biais de programmes de la SAAQ (assurance automobile) ou de la CSST (santé et sécurité au travail). Une personne souffrant d’un trouble anxieux ou dépressif n’aura donc pas accès aux services d’un psychologue à moins qu’elle se tourne vers le privé. Le seul service disponible est donc l’accès aux médecins et aux psychiatres.

Or, nous aurions tort de considérer la pharmacothérapie (l’utilisation de médicaments) comme seule avenue de traitement des troubles mentaux. D’après un mémoire de l’INESS (Institut national d’excellence en santé et service sociaux), la psychothérapie peut avoir une efficacité similaire à la pharmacothérapie dans le traitement des adultes atteints de troubles anxieux et dépressifs modérés. De plus, elle serait parfois plus efficace à long terme, car les séances procurent un encadrement sur une plus longue durée qui peut réduire le risque de rechute.

La psychothérapie peut évidemment aussi servir conjointement avec la pharmacothérapie. Elle peut également avoir un effet préventif, en aidant par exemple des personnes qui traversent une mauvaise passe avant qu’elles ne développent des troubles plus graves.

Je ne pense pas que quiconque remette en cause l’utilité des traitements psychothérapiques. Pourquoi alors ne sont-ils plus accessibles? Une question d’argent sans doute. Toujours dans son mémoire, l’INESS avance que l’accroissement de l’accessibilité des soins psychothérapiques pourrait peut-être être rentable pour l’État à long terme, compte tenus des coûts associés aux troubles mentaux. Au final, je ne vois pas d’intérêt à vérifier cette théorie, si ce n’est d’essayer de convaincre les Martin Coiteux et compagnie. Si vraiment on souhaite donner à la santé mentale l’importance qu’elle mérite, nous devons nous y engager pleinement et aider ceux qui souffrent. Pour plusieurs, l’accès gratuit à une thérapie n’est pas un luxe mais une nécessité, voire une question de vie ou de mort.

L’accès universel aux soins psychologiques n’est que la première étape des changements que nous devons entreprendre pour s’attaquer à la problématique des troubles mentaux. Il nous faut aussi continuer à combattre le silence et les préjugés. Il nous faudra aussi avoir une discussion sur l’accroissement des troubles liés au stress et à l’anxiété dans notre société, et se poser de sérieuses questions sur ce qui, dans notre style de vie, pousse de plus en plus de personnes au bord du gouffre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.