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Polytechnique, un incubateur de l’anxiété

Il y a deux ans, je parlais avec un membre de l’AEP qui m’a montré une publication de Polytechnique lors des débuts de l’École. On pouvait y lire que Polytechnique était une école pour les hommes intellectuellement forts et que les autres devront en sortir affaiblis et honteux.

En 140 ans, la philosophie a changé. Bien qu’une grande partie des étudiants inscrits en première année ne finiront pas leurs cours, on ne peut pas dire que Polytechnique se vante de rendre des étudiants «affaiblis et honteux»! De grands efforts sont fournis par le SEP et par l’AEP pour aider les étudiants de l’École au niveau de la réussite et au niveau du stress. L’AEP semble être impressionné par les changements effectués au SEP dans les dernières années pour améliorer la situation.

Malheureusement, ce n’est pas assez. Il y a plusieurs étudiants qui doivent suivre des thérapies à leur frais en dehors de l’École pour faire face à leur anxiété et certains d’entre eux sont sous médications afin d’être capable de résister à la pression. Le problème est d’autant plus grand pour les étudiants étrangers dont les parents payent des fortunes pour leur permettre d’étudier au Canada et qui n’ont pas les moyens de couler un seul cours! Finalement, le Polyscope sait de source sûre que des données existent sur l’état de la santé mentale des polytechniciens et que les cas d’urgence ont augmenté au cours des dernières années.

Il y a deux ans, une étudiante en résidence de médecine de l’Université de Montréal s’est suicidée. Sa lettre d’adieu est plutôt claire: elle a craqué sous la pression. À ce moment, j’aurais aimé voir la direction de Polytechnique faire des gestes concrets pour éviter ce genre d’incident chez nous. Une campagne de pub pour encourager les étudiants à demander de l’aide, des formations aux professeurs pour reconnaître les signes de problèmes dépressifs chez leurs étudiants, des cours gratuits de méditation, n’importe quelle mesure aurait été bienvenue. Le manque de leadership flagrant de la direction est désespérant. Devons-nous attendre un article-choc sur le suicide d’un de nos collègues de classe?

Malgré l’animosité dont je fais preuve dans ce texte, je me dois de souligner les bons coups de Polytechnique. En génie chimique par exemple, certains profs ont été mandatés par le  département pour essayer d’identifier les étudiants qui pourraient être dans des situations dangereuses pour leur santé mentale.  Malheureusement, l’efficacité de ce genre de programme est limitée par le temps, ainsi que la formation des professeurs en termes de santé mentale. De plus, il serait indécent de leur demander de prendre la responsabilité de la santé de tous leurs étudiants! Je dois quand même saluer cette initiative qui montre la sensibilité de ce département à des enjeux humains ainsi qu’à la réussite de leurs étudiants.

Je ne crois pas que ce travail devrait être porté à bout de bras par le SEP et l’AEP comme ce l’est en ce moment. Je crois que c’est un problème qui nous concerne tous.  À l’université de Berkeley, en Californie, les étudiants ont des formations tous les ans sur l’anxiété. Ils apprennent à la reconnaitre chez eux et chez les autres, comment réagir en cas d’attaque de panique et comment aider leurs proches. Ils sont aussi au courant des centres d’aide sur le campus et il est possible de voir un psychologue en urgence 40 heures par semaine. Les données non confidentielles recueillies par l’école sur la santé mentale de leurs étudiants sont publiques et suivies de près afin de réduire au maximum ce genre de problème. Tous les membres du personnel participent à cette lutte organisée par la direction qui fournit les moyens nécessaires pour assurer le bien-être de tous leurs étudiants. Pourquoi devons-nous être à la traîne?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.