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What if? Anne Frank

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Margot, Anne et Peter trinquant à l'avenir. Photo © Marc Laliberté

La pièce The Secret Annex présentée au Centre Segal jusqu’au 21 février propulse les spectateurs dans un jeu de « what if? », celui de Alix Sobler, l’auteure de cette oeuvre théâtrale, dont l’expérience de pensée gravite autour de ce qui serait arrivé à Anne Frank si…?

C’est dans la langue de Shakespeare que s’entament les périples d’une Anne Frank, survivante du régime d’Allemagne nazie, maintenant exilée à Brooklyn. Vivant avec sa sœur Margot, partageant une relation d’intimité complexe avec Peter, son meilleur ami, la protagoniste se retrouve à la fois empêtrée dans les réminiscences du passé et pressée par ses proches dans l’élan du futur. On la suit évoluer sur une dizaine d’années, cherchant inlassablement un éditeur qui voudra publier son fameux journal. Comme affectée d’une mission divine qui lui fournit la justification nécessaire à ce « Pourquoi elle? », si ce n’est pour partager au monde l’horreur historique de la Première Guerre mondiale?

Les thèmes abordés sont classiques : l’amour, l’engagement, la place de la femme dans la société, et quelques scènes réussissent à les transmettre de façon, si ce n’est originale, tout de même amusante. Il y a, entre autres, ce moment où Margot fait l’essayage de robes de mariée au grand désintérêt de sa sœur Anne. La dispute éclate entre elles, chacune reprochant à l’autre quelque chose qu’elle n’est pas, faisant repenser à deux fois le bonheur réel qu’engendre l’engagement matrimonial. Puis, ressort du lot, cette éditrice cinglante, Virginia Belair, qui étend sans détour les goûts économiquement profitables de ses patrons arrogés aux intérêts vulgaires des lecteurs. Mais c’est de la société tout entière dont elle fait la critique, la femme de cette époque doit jouer à l’homme, si ce n’est le surhomme, pour atteindre un certain statut social. Anne, inspirée par cette force naturelle féminine, va, malgré le ton détestable de l’éditrice, la rencontrer plusieurs fois, espérant à la fois obtenir son appui solidaire et ses conseils sur la réussite professionnelle. Plus cocasse, une scène au lit entre Anne et son futur mari émoustille à la fin du premier acte. Fort heureusement pour le « très vieux » monsieur au premier rang, la robe de nuit reste de mise, lui évitant ainsi un arrêt cardiaque.

La mise en scène de Marcia Kash est coupée ras, pas un brin de gazon trop long. Les décors sont simples et fonctionnels, les déplacements dynamiques et le jeu des comédiens très juste d’un bout à l’autre. On se croirait au cinéma. Mais le théâtre assure un sentiment de proximité, de résonnance, de communion. Il y a symbiose, les comédiens se nourrissent des rires du public qui fusent, provoqués par leurs propres réparties comiques et autres pitreries. Enfin, l’idée brillante de faire d’Anne, une mélomane, crée une trame sonore riche qui transporte le public dans les années cinquante. Notons au passage la délicieuse I Put A Spell On You de Screamin’ Jay Hawkins.

Querelle et mariage. Photo © Marc Laliberté

Querelle et mariage. Photo © Marc Laliberté

Mots-clés : Théâtre (92)



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