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L’exutoire : metrosexualité, apparence et idéal

Par Khalifa-Assil Baouche

Cet homme qui me proposa l’espace d’un instant la vision de son sous-vêtement comme point d’horizon. Ce métrosexuel à casquette s’entraînant chaque soir durant, dans le but de faire de lui un homme, un vrai. Se réaliser à travers la musculation… ou choisir le chemin de la facilité en fait. Quoi de plus simple que de soulever des poids inlassablement… devant un miroir qui plus est ! Quoi de plus narcissique aussi ! Ne dénigre-t-il pas l’image de l’homme telle une Britney Spears plus nue qu’habillée dans ses vidéoclips ? Ne s’attaque-t-il pas au portrait viril, sauvage, brute même qui en a été dressé depuis des millénaires ! Pourquoi devrais-je supporter la vision de cet arrière-train duquel sont évacués chaque jour, parfois plusieurs fois, des déchets malodorants, infectes, rebutants ? Bref, la question qui se pose est pourquoi lui, en connaissance de cause, se pavane-t-il les fesses en l’air ?

Certains légitimeraient un tel comportement en invoquant les libertés de choix. Certes la rationalité de l’être humain justifie-t-elle le droit d’agir à sa guise, mais elle condamne aussi la bêtise, de par sa nature logique. Ainsi devrait être considéré la métrosexualité, comme une envie irrationnelle de se réaliser à travers ses muscles et la foi qu’on porte en eux. Malheureusement, messieurs, la taille des muscles n’est pas proportionnelle à… Et ça, mesdames, vous le savez !

Maintenant bien-sûr, la métrosexualité peut être considérée comme une tentative de prendre soin de soi. Il est évident que soigner son apparence est important, spécialement dans la société occidentale où l’allure d’une personne peut la propulser au devant des projecteurs (parlez-en à Kim Kardashian). Dans un autre registre, Pauly-D, protagoniste de la série américaine Jersey Shore, s’est vu octroyer un contrat de 20 millions de dollars afin d’officier en tant que « DJ ». De même, son comparse Mike « The Situation » Sorrentino a lui démarré sa propre compagnie de vêtements en plus d’écrire, entre autres, un livre, grâce à sa notoriété bien-sûr. Ces deux célébrités ont participé à la même émission télévisée que plusieurs autres participants mais se sont distingués par un trait particulier: ce sont des métrosexuels ! Ô misère de société occidentale qui érige l’apparence physique sur un piédestal. Et l’on se questionne ensuite sur l’obsession des femmes avec leur poids… Ne cherchez pas plus loin lorsqu’il est demandé à Katy Perry ses « trucs de beauté » dans un magazine pour fillettes de 12 ans. Comme le disait le père de mon ami lorsque j’avais cet âge : « Vous n’êtes pas des adolescents, vous êtes des ado-naissants! ». Comprenez qu’un enfant en face de qui est sacralisé l’amour de l’apparence répètera le même cycle vicieux. « Monkey see, monkey do ! ».

N’est-il pas incohérent de désirer ressembler à une image ? Pourquoi sommes-nous conquis par un idéal que l’on sait inaccessible ? Il me semble que l’être humain a toujours gardé la foi. C’est cette croyance à la possibilité de l’impossible, à l’accessibilité de l’inaccessible, à l’éventualité de l’« inéventuel » qui pousse la jeunesse à rêver d’une vie « idéale ». Cet imaginaire calculé froidement par des gens avisés et instruits ayant compris la machine de la pensée humaine. Nous aimerions tous être « le » ou « la », cet homme, cette femme se distinguant des autres, possédant ce « petit quelque chose » l’isolant de la société, faisant d’elle l’envie d’une multitude de personnes. Une étudiante en psychologie racontait d’ailleurs le constat choquant d’une étude : la majorité des gens préféreraient recevoir 10 $ alors que les autres participants n’en recevraient que 5, plutôt que d’en recevoir 15, mais autant que leurs compères. Cela vous semble consternant; n’en soyez pas étonné ! Nous sommes dans une compétition constante ! Notre société nous pousse à la compétition, que ce soit au niveau scolaire, sportif ou social. On veut toujours mieux que les autres. Est-ce reprochable ? Tant que ça ne se limite pas à la taille des muscles, pourquoi pas ! L’instinct humain désire toujours ce qui lui est inaccessible… mais moi, je veux pas de sous-vêtements.

On désire toujours faire mieux, être mieux, vivre mieux. C’est de cette compétition que naît le besoin de paraître, ou le contraire plutôt. Notre société s’est épanouie à travers des rapports comparatifs constants mais n’a vraiment évoluée que grâce à de grands génies faisant fi de ces contraintes afin de laisser libre cours à leur esprit. Ces gens qui désiraient la science pour la science, le savoir pour ce qu’il est, pour le plaisir de connaître en fait. Je parle ici de Platon, de Descartes, d’Avicenne, de Lao Tseu, de l’imam Al-Ghazali et j’en passe. Ces esprits ont fait le choix éclairé de refuser la contrainte sociale et de se réaliser pleinement à travers la quête noble du savoir. Pourtant, à notre époque encore, le monde « civilisé » refuse de faire du savoir une finalité. Cette tendance à l’instrumentaliser mène nécessairement à la relation utilitaire que l’on a avec à notre époque. En effet, une personne s’étant fixé comme finalité la connaissance en usera sagement car elle en aura, éventuellement, capté l’essence ; une personne l’instrumentalisant, cependant, ne cessera de l’employer à des fins personnelles. Il y aura ainsi hiérarchisation en fonction de la quantité et de la qualité du savoir acquis. C’est donc grâce à ce désir que l’on pourra se permettre de paraître et, ainsi, se comparer à autrui. Désirez-vous vous sentir mieux que les autres ? Avez-vous ainsi besoin d’eux pour rehausser votre estime personnelle ? Êtes-vous en fait dépendant de ceux qui vous entourent ? Leur jugement vous importe-t-il au point de leur projeter une image idéalisée de vous-même ? Comme le disait Coco Chanel : « La mode passe, le style reste ». L’apparence n’est pas un outil, elle est une réalité. Alors, vivez la pour ce qu’elle est et elle fera ce qu’elle doit faire.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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