Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La vérité qui dérange : fais pas ci, fais pas ça…

Par Sébastien Vilfayeau

Tout petit je n’aimais pas les règles, les adultes. Toujours en train de me reprendre, de me punir. « Sébastien, lève la main avant de parler ! Sébastien, prête ton jouet ! Sébastien, range ta chambre ! Sébastien, apporte-moi une bière ! Et les cacahouètes, elles arrivent à pied ? Sébastien, suce pas ton pouce ! Ni celui de ta voisine ! Sébastien, mets pas tes doigts dans ton nez ! Ni dans celui de ta voisine ! ». Je l’aimais beaucoup ma voisine de classe. Elle s’appelait Mathieu. À cette époque, je voulais être adulte pour être libre. Je croyais qu’être adulte était synonyme de liberté. Je croyais au monde utopique. Puis, plus tard, j’ai compris pourquoi certains se droguent ou d’autres boivent. Mais, je n’ai toujours pas compris pourquoi certains deviennent homosexuelles. On leur avait promis le paradis, ils sont arrivés tout droit en enfer. Dans ce monde, les corvées s’appellent les factures ou les impôts. Les gardiens de l’enfer sont les actionnaires du NASDAQ ou du CAC-40. La règle du jeu est simple : gagner le plus d’argent. La semaine dernière, je vous ai parlé des salaires des cadres de Montréal. Mais cette semaine, j’ai trouvé encore plus scandaleux. Arrêtons de jouer avec les locomotives à vapeur ou au Monopoly, et de se prendre pour Bill Gates. Rentrons dans la cour des grands où les joueurs ne vendent plus des maisons, ni des hôtels, mais des actions. Je vais dévoiler le classement des 10 patrons américains les mieux payés en 2010.

  • 10e : James McNerney (Boeing, aéronautique), 16,8 millions $. Résultat net : 1,3 milliard de dollars.
  • 9e : John Stumpf (Wells Fargo, Banque), 18,7 millions $ . Résultat net : 8,4 milliard de dollars (+250 %)
  • 8e : Miles White (Abbott Labs, Pharmacie), 18,8 millions $ Résultat net : 5,7 milliards de dollar
  • 7e : Robert Stevens (Lockheed Martin, défense), 19 millions $. Résultat net : 4,3 milliards $
  • 6e : Randall Stephenson (AT&T, télécommunications), 19,4 millions $. Résultat net : 12,5 milliards $
  • 5e : Jay Fishman (Travelers, assurance), 19,5 millions $. Résultat net : 3,6 milliards
  • 4e : William Weldon (Johnson & Johnson, santé), 19,8 millions $. Résultat net : 12,3 milliards $
  • 3e : Samuel Palmisano (IBM), 20,1 millions $. Résultat net : 13,4 milliards $
  • 2e : Robert Iger (Walt Disney), 20,8 millions $. Résultat net : 3,3 milliards $
  • 1er : Ray Irani (Occidental Petroleum, pétrole), 52,2 millions $. Résultat net : 2,9 milliards $ (-57,3 %)

Ce qui me choque dans ce classement, ce ne sont pas les salaires des patrons. Même si, à titre de comparaison, le directeur de la STM devrait travailler 66 ans pour gagner le revenu annuel du patron de Walt Disney. Le plus révoltant est le résultat net des entreprises. Finalement, le PDG de IBM ne gagne que 0,15 % des bénéfices. Dit comme cela, ça ne paraît pas très choquant. Je suis un homme très rationnel et dogmatique, et j’aime bien payer le juste prix. La plus value réalisée par l’entreprise, et surtout la spéculation, est pour moi tout aussi inacceptable qu’un non respect des droits de l’homme. Récemment le prix de l’essence s’est envolé à cause du conflit en Libye. C’est ce qu’on appelle l’effet papillon, tu pètes à Montréal et y’a un tremblement de terre en Nouvelle- Zélande. Mais, les journalistes l’ont enfin avoué, l’augmentation du baril de pétrole est plus du à la spéculation qu’à une aspiration du peuple Libyens à plus de liberté. Dans un cours de thermodynamique, le calcul de l’entropie, id est le calcul du désordre pour les incultes, varierait de manière exponentielle. Il tendrait même vers l’infini avec l’étude suivante. En effet, une autre étude révèle également que 72 % des entreprises ont procédé à des suppressions d’effectifs alors même qu’elles enregistraient une progression de leur bénéfice. On croit souvent qu’un patron qui supprime de nombreux emplois est un homme courageux, qui prend les décisions difficiles mais nécessaires pour assainir le groupe, et que ce sera une bonne chose pour le bénéfice net. Le salaire des dirigeants des 50 entreprises qui ont le plus licencié a progressé de 7 % en 2009, alors que sur l’ensemble des groupes étudiés, il a reculé de 11 %.

Dans ce monde, où tout est déréglé, où la liberté n’est plus qu’une utopie, nous sommes les pions d’un jeu où les règles ont disparu. Alors, tu essayes de retrouver cette liberté. Il fait chaud. Tu sors dehors pour prendre l’air. T’as soif ! Tu bois une bière sur la voie publique. Tu te prends une amende. Maintenant, que tu as bu une bière, ta vessie est pleine. Tu la vides sur un arbre. Tu reprends une amende. Tu prends ta voiture, t’es énervé, tu roules un peu trop vite. Tu reprends une amende. Quand enfin tu rentres chez toi, tu crois que tu vas pouvoir te soulager. Tu demandes à ta femme un petit câlin. Et là, tu te reprends une amende, elle te demande de mettre une capote. Mais dans quel monde vit-on ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.