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La danse des sept voiles de Salomé

Il n’est pas rare de ressortir d’un spectacle avec un sentiment de plénitude euphorique. Mais rarement toutefois a-t-on cette si forte impression qu’il n’y aurait pu avoir de meilleure interprétation.

Le rôle de Salomé exige de l’interprète une expressivité et une sensualité qu’il faut savoir jumeler bien sûr au travail de la voix. C’est sans conteste que l’on peut dire de la soprano Nicola Beller Carbone qu’elle incarnait à la perfection le personnage de Salomé. Tiré d’un épisode biblique, vous connaîtrez sans doute l’histoire de cette jeune femme effectuant la danse des sept voiles devant le roi qui, subjugué, promet de lui accorder tout ce qu’elle voudra, sans se douter que c’est la tête de Saint Jean qu’elle exigera. Tour à tour femme enfant et femme fatale, Salomé a inspiré plus d’un artiste tout en évoquant l’idée de la femme dangereuse et satanique.

L’opéra de Strauss joue dès le début sur une tension musicale qui nous introduit à l’atmosphère du palais de débauche du roi Hésiode, et anticipe la succession d’événements tragiques qui auront lieu. La mise en scène de l’opéra de Montréal exploitait à merveille cet effet d’entonnoir étouffant et sans issus, dont le point focal est le lieu d’emprisonnement du prophète annonçant la venue d’un sauveur universel. Le contraste entre Jean (Jochanaan) et Salomé est délibérément accentué : l’homme hirsute sortant d’une longue réclusion qui ne le laissait pas voir la lumière s’oppose en tout à la belle princesse Salomé. La résistance de Jochanaan face à la beauté de Salomé n’entraînera que davantage le désir de cette dernière de le séduire. La réponse musicale des deux est fort bien menée pour rendre le dialogue de sourds qui s’instaure, puisque Jochanaan éprouve une répulsion sans borne pour Salomé qui veut le posséder physiquement.

La danse des sept voiles, où Salomé doit se révéler dans toute sa fraîcheur séductrice, peut être dure à réaliser si le moindre moment amateur s’y fait sentir. Or, ici, l’interprétation et la chorégraphie étaient excellentes. Sans tomber dans l’inutilement sexuel, les charmes de Salomé sont suggérés avec un érotisme très bien divulgué. Salomé semble à la fois libre, mais aussi complètement folle de désirer la tête de Jochanaan pour pouvoir l’embrasser à sa guise. Le roi hésite d’ailleurs longtemps avant d’accéder à sa requête, et la scène où il lui fait valoir tout son or, présent bien plus décent pour une jeune femme, est véritablement drôle. John Mac Master, qui incarne le roi Hérode, ajoute cette touche de perfection au spectacle qui le rend véritablement réussi.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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