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Dis-moi ce que tu manges

Pour cette dernière chronique de l’année, nous nous questionnerons sur quelque chose que nous faisons chaque jour. Manger. Réfléchir à quoi ? Moi je bouffe. Justement ! Comme c’est une action que nous posons chaque jour, il faudrait y réfléchir plutôt que de manger comme des moutons.

C’est en écoutant Ricardo à Tout le monde en parle dimanche dernier que j’ai mis des mots sur ce que je pensais depuis un bout. Ah ! ce Ricardo. Mon héros culinaire. C’est qu’il a une formation en hôtellerie, il a donc une bonne base théorique des classiques de la gastronomie et des techniques, il est sympathique et arrive à rendre simples certaines recettes et techniques pour le commun des mortels et il est créatif (un des attributs les plus important selon moi ; ajoutez à la liste Antoine Sicotte surnommé le cuisinier rebelle ou Martin Picard, chef-propriétaire du Pied de cochon). Ce qui le classe dans la ligue de mes héros culinaires, c’est son engagement et son discours. Il considère, tout comme moi, que la bouffe est au centre de la culture d’une société. Il le vulgarise encore mieux en nous disant que se retrouver en famille autour d’un bon repas ouvre la discussion. Et le dialogue, c’est ce qui nous permet de se bâtir une identité. C’est en connaissant son identité qu’on peut par la suite s’ouvrir sur le monde et découvrir d’autres cultures. C’est la seule façon de s’ouvrir avec le respect de soi et de l’autre, sans s’oublier. Je m’écarte du sujet, mais pas tant que ça.

Comme je le disais plus tôt (dans une chronique antérieure), Ricardo nous apprend le respect de la bouffe. Car nous n’avons plus de respect pour la bouffe (comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs). On le constate au nombre de produits à saveur artificielle qu’on nous offre dans les marchés. Il faut maintenant être linguiste pour bien comprendre les appellations de ce que l’on mange ou que l’on boit. Jus, boisson, cocktail, nectar ? Arômes naturelles, arômes artificielles, saveurs naturelles, saveurs artificielles ? C’est simple, si on se soucie le moindrement de ce que l’on mange, on en a pour un après-midi complet à faire l’épicerie et lire les étiquettes, ingrédients, tableaux de valeurs nutritives, provenances, etc… C’est un exercice qu’on n’a pas à refaire chaque semaine parce qu’on mange sensiblement toujours la même chose, il faut le faire au moins une fois.

J’ai parfois peur qu’à force de manger des choses avec de la « poudre de saveur », on finira par oublier ce que goûte la vrai nature. Ça, c’est si on ne fini pas par avoir de la nourriture en pilule. Adieu le plaisir. Personnellement, le produit dont je n’ai jamais aimé l’imitation, c’est la fraise. Yogourts, jus, gâteaux, quand ce n’est pas des vraies fraises, ça goûte le laboratoire. Ça m’arrive quand même d’acheter des pâtes en sachet pour accompagner mes repas de semaine, je suis quand même étudiant sans argent et sans temps! Ça ne devrait pas être une excuse, car notre alimentation fait partie de nos choix de consommateurs et comme nous mangeons souvent, nous consommons souvent. Nous avons donc un pouvoir d’achat TRÈS important. J’ai récemment entendu Laure Waridel de l’organisme Équiterre dire que de dépenser 20 $ de plus dans notre panier d’épicerie pour des produits locaux créerait 100 000 emplois. Ça, c’est seulement au niveau économique, mais imaginez au niveau environnemental. Ajoutez à ça les poules urbaines, la farine non-blanchie (qui ne change absolument pas le goût et est beaucoup plus écologique), l’achat de légumes dans un emballage minimum (voir nul) et la réduction d’un à deux repas de viande par semaine.

Bref, Ricardo ne nous propose pas des recettes à faire en dix minutes. Vite, vite, vite. « Pas le temps de préparer un bon repas et de s’assoir et manger en famille ou entre amis tranquillement, parler, savourer, vivre. » L’antithèse de Ricardo c’est Claudine Durocher (les saisons de Claudine à TVA). Placement de produit sans réflexion. Elle fait cuire son poulet à moitié parce qu’elle veut nous garrocher 30 recettes en 30 minutes dont le trois quart des étapes sont les suivantes : prenez un sac ziplock (parce qu’un contenant ça ne fait pas pareil ?!?!), crissez votre viande dedans, des épices, de l’huile et vous avez votre marinade. D’ailleurs si vous en renversez un peu, ne prenez surtout pas un linge pour nettoyer. Prenez des essuie-tout blanchis au chlore, faits de fibres vierges.

La morale de l’histoire et de toutes mes chroniques ? Respecter. Prendre conscience de son existence. Réfléchir. Apprendre. Évoluer. Agir. Vivre. En espérant vous avoir procuré une petite réflexion au cours des sessions dernières. Merci de me lire, je suis toujours intéressé à lire vos commentaires. Bon été et à peut-être l’an prochain !

Pour témoigner de la créativité de Martin Picard, vous pouvez vous rendre sur tou.tv et écouter une série en 7 épisodes, Martin sur la route. Les émissions quotidiennes de Ricardo sont également sur tou.tv, et son site web ricardocuisine.com est vraiment une ressource intéressante lorsque vous recevez des amis.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.