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L’Homme à tête de chou – danse

Gainsbourg, entre attraction et répulsion, culte et provocation, scandale, sexualité bruyante et musique à esclandre, semble revenir assiéger notre imaginaire culturel, d’autant plus que les 20 ans d’anniversaire de sa mort font se signer les plus adulateurs.

Le chorégraphe français Gallota a su garder le plus précieux de l’énergie et de la nouveauté du chanteur, en reprenant les chansons et les concepts de l’album L’Homme à tête de chou pour sa nouvelle chorégraphie. Il s’agit donc d’une rencontre artistique entre Gallota, Gainsbourg et le chanteur Bashung, qui revisite les chansons de Gainsbourg en prêtant sa voix dense et profonde au personnage (légume) créé.

La chorégraphie, qui semble avoir déçu certains s’attendant apparemment à une expérience sexuelle plus explosive, répond amplement au défi de travailler avec la musique et le texte. Enfin un spectacle de danse contemporaine où le contexte musical ne se limite pas seulement à de petits bruits mécaniques ou de gouttes d’eau. Les rythmes entraînants adoucissent la violence des mots et la danse leur répond avec fluidité et vigueur tout en évitant l’écueil de tomber dans la pure narration. Enfin un spectacle où justement les corps sont beaux et d’une humanité variée, plutôt que le sec matériau d’un désir des chorégraphes de faire nouveau à tout prix.

La succession des tableaux guide le spectateur dans cette forêt d’émotions contradictoires. La violence gestuelle est sublime, sublimée et l’on entre au plus profond de ce jeu amour-haine. Les trios superbes se fracassent et se refont comme une vague amoureuse qui ne sait arrêter sa folie. Les moments graves ou euphoriques collectivement portés alternent avec des rencontres à deux, trois ou quatre danseurs, laissant ainsi le temps au spectateur de digérer l’action et les mots.

Quoi penser alors de la mise en scène du meurtre ? Elle me paraît des plus émouvantes, des plus réussies. On y trouve la convulsion léthargique ressentie lorsqu’ Othello asphyxie Desdémone. C’est le particulier dans l’universel rythmé à notre souffle coupé. Toute cette histoire est celle d’un fou, mais la merveilleuse réalité que lui accorde la danse en fait une œuvre finie. Point besoin ici d’être explicite à l’extrême; comme les mots qui se tordent eux-mêmes, les mouvements amples mais précis occupent l’espace imaginaire des multiples émotions ; et ces mots qui nous restent en tête : « Oh ma Lou, oh ma Lou, oh ma Marilou. »




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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