Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

L’OSM et la nuit blanche

Une immersion dans la musique classique pour abrutis

La plupart des gens apprécient la musique et sont réceptifs aux émotions qu’elle peut susciter chez l’homme. Ceci est vrai mais il serait erroné de pousser cette description d’appréciation de la musique beaucoup plus loin. Les masses en général mettent très peu d’efforts à choisir la musique qui les accompagnera le matin lorsqu’ils se rendent au travail ou à l’école. Cette apathie musicale n’est pas une nouvelle caractéristique des années dans lesquelles on vit mais plutôt un thème qui a toujours caractérisé les sociétés inclinées vers la musique.

Le département de relations publiques de l’Orchestre Symphonique de Montréal semble être en accord avec moi. Lors de l’édition 2011 de l’annuelle Nuit Blanche, une soirée faisant partie du Festival Montréal en Lumière, l’OSM a présenté un genre de cours d’immersion en musique classique destiné aux masses qui ont peu de contact avec ce type de musique. La soirée était animée par les trois hilarants animateurs de l’émission Les pieds dans la marge qui est diffusée sur les ondes de Radio-Canada. Ils ont présenté la soirée comme un genre d’introduction à la musique classique pour ceux qui sont habitués à écouter du Lady Gaga.

Le concert a débuté lorsque Nathan Brock, l’assistant conducteur de l’OSM, est sorti sur scène et a salué la foule de non initiés. Incroyablement, l’orchestre en entier était présent sur la scène temporaire du complexe Desjardins. Je m’attendais à ce que la présentation consiste d’une petite orchestre de chambre qui aurait un son manquant de puissance. Il va sans dire que j’étais très agréablement surpris lorsque j’ai vu l’orchestre en entier sur scène. Les musiciens étaient définitivement en mesure de fournir de la puissance lorsque nécessaire.

L’orchestre a débuté l’heure de musique par le Concerto pour deux Trompettes en Ré Majeur d’Antonio Vivaldi. Après quelques secondes d’interprétation, trois hommes habillé en « one piece » rouges sont arrivés sur scène à la course et ont commencé à réclamer le silence de façon peu diplomatique. « Arrêtez-moi ca! Est-ce que je peux avoir un peu de silence s’il vous plaît? » ils ont exclamé. C’étaient les trois animateurs de « Les pieds dans la marge ».

Les trois animateurs ont alors justifié leur rude interruption. D’après eux, une heure de musique classique sans encadrement serait trop boulversante pour un public qui a très peu de contact avec celle-ci. Lorsque Lady Gaga est une partie intégrale du répertoire de musical d’un individu, la «Piscine de la musique classique» de l’OSM peut être un environnement dangereux. « Écouter du Lady Gaga c’est comme se baigner dans trois pieds d’eau. Si on avance trop vite dans le creux, on peut se noyer! » a lancé Félix Tanguay. Les humoristes ont ensuite expliqué le rôle du conducteur d’orchestre dans la « piscine de la musique classique » et ont introduit les cinq niveaux de l’immersion auxquels on assisterait. Le niveau un a alors débuté avec la pièce de Vivaldi qui avait été précédemment violemment interrompue.

Le parterre du complexe Desjardins était rempli de spectateurs de façon comparable à ce qu’est la norme au Festival de Jazz de Montréal pendant les mois de juin et de juillet. On sentait la même magie du Festival de Jazz dans l’air qui est diffusée lorsque de la musique de haute qualité interprétée dans un lieu non formel. Sur chaque étage supérieur à la scène, les spectateurs longeaient les balcons pour avoir une bonne vue sur l’orchestre. Les marches étaient pleines d’un mélange d’initié et de nouveaux arrivants dans le monde du classique. Jugeant par les mouvements de tête et des mains de la foule en réponse à la musique, le concert satisfaisait autant les nouveaux arrivants que les grands connaisseurs. L’orchestre et l’OSM ont alors avancé dans les 2e et 3e niveaux d’immersion avec À l’aventure du compositeur Canadien Denis Gougeon et la Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy.

Lorsque ces pièces furent complétées, les trois humoristes ont repri leur place sur la scène. « Bienvenue au niveau d’immersion 4: Écouter une pièce de musique contemporaine! » ont-ils déclaré. La foule a eu droit à une mise en scène de l’émission fictive «Personne en parle» animée par l’animateur fictif Guy B. Lepage. En entrevue, Nathan Brock a dit que la pièce A short ride in a fast machine  de John Adams allait être interprétée. À ceci, Guy B. Lepage a répondu « Umm.. Pourquoi? » Brock a expliqué que la musique contemporaine est très compliquée et difficile à bien interpréter mais peut nous faire vivre d’intenses émotions. « La pièce d’Adams est comme accepter une balade dans une décapotable et ensuite fortement regretter sa décision ». Cette pièce était définitivement quelquechose de différent. Une percussion rappellant le timbre d’un métronome était présente tout au long de la pièce.

À la fin de la soirée, le moment était venu de déguster (ou pour certains de subir) le niveau 6 d’immersion: « Écouter une pièce qui dure 20 minutes ». La pièce choisie était le ballet l’Oiseau de feu d’Igor Stravinski. À l’aide de costumes farfelus, les animateurs ont introduit l’histoire du Prince Ivan sur laquelle la pièce a été basée. Après le concert, lors de mon retour à la maison en métro, j’ai entendu la sonnerie d’un homme assis à côté de moi dans l’autobus: Son téléphone jouait une mauvaise pièce de club comme on entendrait dans n’importe quel bar de Ste-Catherine. C’est dommage que tout le monde ne pouvait pas être à l’initiation de l’OSM !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.