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Le Consul – Opéra de Menotti par l’Atelier Lyrique

Les représentations d’opéra que vous connaissez vous ont sûrement accoutumés à de belles mises en scène en costumes d’époque et à la recréation d’une période historique révolue. Quelle surprise alors d’être transporté dans un univers des cités totalitaires à la mode 1984 !

Le Consul est crée en 1950 par le compositeur américain d’origine italienne Gian Carlo Menotti. L’ambiance du Consul vous est probablement familière si vous avez lu 1984 d’Orwell ou vu le film Soylent Green. Un régime totalitaire contrôlant les moindres faits et gestes des citoyens et la lutte désespérée de certains pour ébranler, voilà grosso modo la trame narrative. Mais chez Menotti, qui a aussi écrit le livret, l’attention se porte essentiellement sur le personnage féminin de Magda, épouse du résistant John Sorel. Son mari, amoureux de la liberté comme elle l’appelle, fuit vers la frontière du pays voisin pour échapper à la persécution de la police. Magda doit donc se rendre dans le consulat de ce pays voisin supposé pacifique et non totalitaire, pour obtenir un visa pour rejoindre son mari, réfugié politique. La salle d’attente devient alors l’espace nodal du rapport des personnages à l’administration aberrante de l’État.

Si nous étions déjà surpris en découvrant le thème de l’opéra, le premier acte peut encore ajouter à notre scepticisme. La violence des policiers sur scène surprend et semble tout à fait inadaptée à la scène musicale. La mise en scène dérape légèrement vers le cliché des films américains. Or, le plaisir de l’évasion dans l’opéra est justement d’être amené dans un univers autre, dans une réalité non pas forcément passée mais tout du moins nous éloignant des constats de violence qui sont légion en ce moment dans les nouvelles télévisées ou les films de nos voisins du Sud. Le défi de Menotti est bien-sûr très intéressant et tout aussi novateur qu’Orwell, mais de faire prendre vie à cet opéra dans le contexte actuel des révolutions n’est finalement peut-être pas si approprié. Cette position peut facilement être critiquée. En effet, pourquoi vouloir cacher le violent comme si cela n’existait pas. Et y aura-t-il vraiment un jour un contexte approprié et serein dans lequel voir sur scène un policier jeter par terre une femme ne nous fera plus sourciller tant cela nous paraitra éloigné de notre réalité? Nous sommes pourtant privilégiés par notre société québécoise des plus pacifiques.

La mise en scène aurait donc pu éviter de recréer au Monument National cette banalisation de la violence si caractéristique de la société américaine. Toutefois, pour ce qui est de la mise en scène «fonctionnelle», le résultat est splendide. La structure qui contient à la fois le logis des Sorel et à la fois la salle d’attente du consulat est une réussite technique surprenante et audacieuse, qui permet aux acteurs d’occuper de façon nouvelle l’espace scénique.

Le rôle de Magda Sorel, très chargé en émotions, était à mon sens bien mené. Sa prestation s’accompagnait de celle de divers personnages qui agrémentaient le spectacle remarquablement, à commencer par la mère de Magda, interprétée par une artiste invitée. La secrétaire, désespérante jusqu’à en rire dans sa rigueur administrative ainsi que le magicien agissent comme une soupape à l’ambiance oppressante de l’opéra.




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