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Le génie sort de la bouteille

Par Cédrik Turcotte

Plus rien n’est gratuit par les temps qui courent : le prix de l’essence qui monte toujours et encore, celui des aliments de base qui ne cesse de grimper en flèche, Hydro-Québec qui « ajuste » le prix de l’électricité chaque année et, à mon grand dam, une pénurie de houblons a causé une augmentation du prix de la bière au cours de la dernière année. Hé oui ! On s’en prend même aux choses les plus essentielles; n’y a-t-il aucune justice en ce bas monde ?

Par contre, une seule chose demeure toujours gratuite dans notre beau grand pays : l’eau. En effet, nous avons la chance d’avoir à notre disposition des infrastructures nous permettant d’avoir accès à de l’eau potable presque n’importe où et en tout temps; un luxe auquel plus du quart des habitants de la planète n’ont pas droit . Alors, pourquoi payer plus de 1,50$ pour une bouteille d’eau, lorsque nous n’avons qu’à nous rendre à la fontaine la plus proche ? C’est pourtant ce que fait plus de 29% de la population québécoise, malgré que le coût d’une bouteille d’eau au Québec est de 5000 à 10 000 fois plus cher que son équivalent volumique produit par nos infrastructures déjà en place.

De plus, l’enjeu n’est pas seulement économique, car l’eau embouteillée n’est pas plus « propre » que l’eau de robinet. D’ailleurs, il se trouve que cette dernière est soumise à des contrôles de qualité plus réguliers que celle offerte par l’industrie. C’est-à-dire qu’elle n’est pas soumise à une réglementation aussi stricte que celle disponible sur le réseau d’aqueduc. Ainsi, elle est considérée comme un produit alimentaire par la Loi sur les aliments et drogues du Canada, ce qui laisse à l’industrie toute la latitude pour veiller elle-même à sa propre politique de contrôle de qualité. En revanche, lorsqu’on sait qu’une ville comme Ottawa effectue l’analyse de l’eau de son réseau 125 000 fois par année, il est difficile de croire qu’une compagnie puisse espérer faire mieux. De quoi dérouter les principaux arguments de vente des compagnies, elles qui se targuent d’offrir un produit de meilleure qualité. Elle n’est pas plus « pure » non plus. Par exemple, l’eau de marque Aquafina est puisée à même le réseau d’aqueduc montréalais ! Seule modification apportée : l’eau est traitée pour lui donner un certain profil de goût avant d’être mise sur le marché. Par conséquent, nous pouvons être sans crainte en ce qui a trait à la qualité de l’eau du robinet, malgré ce que les compagnies veulent bien nous faire croire.

Le dernier aspect est l’impact environnemental de cette industrie. On peut citer le transport et la fabrication comme les principaux acteurs des conséquences néfastes de ce secteur d’activités. Par exemple, la production d’eau embouteillée, aux États-Unis seulement, nécessite 17 millions de barils de pétrole par année, soit autant que la consommation annuelle de pétrole d’un pays comme la Lettonie ! Par ailleurs, si on analyse le cycle de vie d’une bouteille d’eau, ses coûts énergétiques équivalent à remplir de pétrole le quart de celle-ci. Aussi, la production d’une bouteille nécessite deux fois plus d’eau que ce qu’elle contient. Malgré cela, ces bouteilles sont souvent jetées au lieu d’être recyclées. D’ailleurs, selon un rapport du Container Recycling Institute, en 2005 aux États-Unis, ce sont 144 milliards de contenants qui ont été gaspillés.

Finalement, PolySphère s’associe à la campagne Soyez Eau Courant!, lancée à l’UdM par le comité UniVERTcité. L’initiative vise, entre autres, à sensibiliser la population polytechnicienne aux impacts et à éventuellement retirer celle-ci du campus. Je vous invite donc à réduire, voire arrêter, votre consommation d’eau embouteillée. Enfin, avec tout l’argent économisé, peut-être pourrez-vous prendre quelques bières de plus au PUB chaque semaine!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.