Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La vérité qui dérange : Money for nothing…

Par Sébastien Vilfayeau

Vous aurez tous reconnu le fameux titre de Dire Straits Money for nothing. L’actualité de la semaine n’est pas musicale, mais financière. On va parler d’argent. Attachez bien vos ceintures, repositionnez votre appui-tête, ajustez votre siège car le démarrage va être brutal. Je vois clignoter dans vos yeux ébahis deux symboles « $ » comme notre ami Picsou. Votre esprit a déjà pris l’avion pour se rendre à la cité où tout est possible et où l’argent coule à flots : Las Vegas. Non, imaginez un autre monde tout aussi paradisiaque où le salaire de chaque individu est affiché au-dessus de sa tête. Eh bien juste pour vous, cette semaine je vous y emmène.

Le sujet de cette semaine est bien plus sérieux, puisqu’il s’agit d’une enquête parue récemment sur le salaire des cadres de Montréal, i.e. le directeur de la SAAQ, de la RAMQ, de la STM, etc. Par exemple, Philippe X, directeur général de la Société de Transport de Montréal, (STM pour les intimes), a gagné 313 188 $ cette année. Pendant que certains font leurs fonds de poche pour se payer un café le vendredi matin afin de lire dans les meilleures conditions leur journal préféré, le Polyscope. D’autres ont vu leur salaire bondir de 23 % en un an comme le directeur des finances à la STM. Son stylo a dû déraper au moment de faire son propre chèque. Le parkinson commence tôt. À titre de comparaison, le maire de Montréal gagne deux fois moins et un ingénieur québécois trois fois moins. Scandale ? Les détracteurs répondront oui, tandis que les concernés rétorqueront non, en disant qu’il gagnait deux fois plus dans le privé. J’ai soif donc je bois, traduction plus que subjective de cogito ergo sum de Descartes, est un argument tout aussi valable, mais beaucoup moins acceptable. L’enquête montre que les faits les plus inacceptables sont les bonus de Noël. Par exemple, Robert X (je vous rassure, Philippe et Robert ne sont pas frères), directeur général de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), a touché à Noël un bonus de 25 402 $ en 2010, en plus de son salaire de 185 076 $. Il est loin le temps où le seul boni de Noël se résumait à un stylo et un t-shirt à l’effigie de l’entreprise, voire à un colis avec une bouteille de vin. Vin qui ressemble plus au vinaigre acide du dépanneur du coin qu’à mon vin rouge favori, un bon Saint-Emilion, et souvent accompagné d’un vulgaire pâté de foie de volaille qu’on essaye de vous faire passer pour un foie gras.

J’ai toujours pensé que le journalisme n’était qu’une question de point de vue. Te places-tu à gauche ou à droite du problème ? Être objectif n’est pas chose aisée quand l’homme est endoctriné ou lorsqu’il est lui-même piégé par ses intuitions.

Si maintenant, je vous dis que l’auteur de cette enquête est Richard Bergeron, cela change tout. Non ? Mais si, Richard Bergeron, le chef du parti politique municipal Projet Montréal. Toujours pas ? Richard Bergeron est arrivé troisième aux élections à la mairie de Montréal en 2005 et 2009. Enfin, vous voyez où je veux en venir ? Cette enquête est de la pure démagogie. Dénoncer le salaire d’élus ou de certains représentants de l’ordre public lorsque l’on se trouve dans l’opposition est une ruse politique aussi vieille qu’Aristote. Son enquête est sûrement très objective et elle soulève sans doute un abus réel. Par contre, Robert X a sans doute raison en affirmant que dans le secteur public, il gagnait deux fois plus. Encore, faudrait-il qu’il précise dans quel domaine, à quel poste et dans quelle région.

L’essentiel est donc de créer son propre point de vue, d’avoir un esprit critique. En parlant de réflexion, il me vient une question que je me pose tous les matins en me levant mais à laquelle je ne trouve pas de réponse : pourquoi vouloir être ingénieur ? L’argent qui coule à flots ? Les vacances au soleil dans des beaux hôtels ? Les grosses voitures ? Les séjours répétés à Las Vegas pour suivre des congrès scientifiques et dépenser quelques dollars aux machines à sous ? C’est une question simple à laquelle je n’ai pas encore trouvé de réponse ou bien je ne veux pas en trouver, car cela ferait ressortir en moi ce côté avare que je m’efforce de fustiger. Par contre, je pense que Robert X, qui ne doit pas connaître l’avarice, voulait être directeur de la STM, le jour où il a reçu pour son dixième anniversaire une superbe locomotive à vapeur. Voyons, les contes de fées, ça n’existe pas. Candide est un livre, pas une réalité.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.