Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Égypte 2.0

Au moment où j’écris ces lignes, une révolution est en marche. Si vous vous tenez au courant de l’actualité international dans les journaux, vous verrez que le Maghreb est en train d’écrire une page de son histoire. La révolution a été lancée par un jeune homme de 26 ans qui s’est immolé devant le parlement tunisien pour se révolter contre son gouvernement et des conditions du pays. Aujourd’hui, cette révolution du jasmin est en train de toucher tous les pays du Maghreb.

Mais, quel est le rapport entre une révolution profonde de ces pays et une chronique geek comme la mienne ? Pour être franc, tout est relié. La révolution se passe dans la rue, mais elle se fait également sur internet, sur les réseaux sociaux, et c’est grâce à eux qu’elle peut prendre une telle ampleur. Hier soir, alors que je surfais sur mes sites de geek, je suis tombé sur une nouvelle bien étrange. Un couple d’égyptien qui vient d’avoir une fille l’ont appelé Facebook. Peu commun comme prénom ? En espérant que le prochain ne s’appelle pas Twitter, sinon le portrait de famille va être joyeux. Twitter, Facebook, c’est l’heure du repas, à table. Puis malgré le symbole que va porter cet enfant aujourd’hui, dans une dizaine ou une vingtaine d’années elle sera victime des blagues plus que douteuses. Pourra-t-elle ouvrir un compte facebook ? Son surnom sera face (fesse) ? Si un jour elle à un chum geek, et qu’il fait une bêtise, sera-t-il privé de Facebook ?

Je vais arrêter les blagues venant de mon humour douteux et hasardeux pour en revenir au le sujet principal : les révolutions et le net. Pour la révolution de jasmin, tout s’est organisé via les réseaux sociaux. En peu de temps, des troupes de personnes pouvaient s’orienter à la seule lecture d’un statut Facebook, alors qu’il fut un temps où regrouper et fédérer une foule nécessitait un gros système de son, ou d’un bon portevoix.

Ainsi, les dirigeants l’ont très bien compris et ont répondu en conséquence. C’est pourquoi le 27 janvier dernier, en plus d’entré dans une nouvelle phase de son histoire, l’Égypte est également devenue le premier pays au monde à se couper volontairement d’Internet. On connaissait déjà le cas Chinois, où les recherches étaient « très » fortement orientées. Mais jamais un pays n’avait décidé de couper radicalement Internet. C’est ainsi qu’en moins de 24 heures, l’Égypte a perdu plus de 97 % de son trafic. Cette décision est lourde de conséquences puisqu’on vient de publier une étude montrant que cette coupure aura couté 90 millions de dollars. On comprend mieux l’enjeu internet. C’est tout d’abord un outil de démocratie, pour et au service du peuple. Un outil avec de tels pouvoirs a donc un véritable enjeu politique, et on peut comprendre que les gouvernements veuillent faire pression sur les opérateurs pour couper internet.

Révolution 2.0 ?

De mon point de vue de geek, et tentant de me démêler dans l’amas d’informations je serais tenté de dire que cette révolution a réussi à prendre une immense ampleur grâce à sa connectivité ainsi que la facilité dans les échanges d’informations. En un clic tout le monde était prévenu, et une fois que les Égyptiens étaient dans la rue, le web aidé une nouvelle fois grâce à la diffusion des vidéos, des messages d’espoir, des groupes communautaires comme « We are all Khaled Said » en hommage au jeune homme battu à mort par les policiers en juin dernier. Internet a su donner une conscience, un nouveau regard à ce peuple qui se sentait délaissé et désabusé par un dictateur au pouvoir depuis 30 ans.

Maintenant, c’est au tour des pays voisins de se révolter, et plus particulièrement la Libye, où le général Kadhafi, en poste depuis 1969 (plus de 40 ans!!), tente de contrôler cette révolte. Peut-être avez-vous suivi son discours de mardi, mais je trouve assez osé d’inciter l’armée à rentrer dans une guerre civile. Du point de vue d’un geek, il a également tenté de contrôler le flot d’information sortant et entrant. Chaque jour, on constate une baisse de régime dans le flux d’internet qui peut faire penser à un blocage partiel dans les informations du jour.

Des sites Internet tirent quand même bien leur épingle du jeu, puisque le site www.bambuser.com propose la diffusion des vidéos prises exclusivement avec un téléphone portable. Loin d’une qualité HD de YouTube ou Dailymotion, ce site est plus une mémoire pour les futures générations. Comme Voltaire, Robespierre et autres auteurs qui décrivaient l’ambiance de révolution, ils allaient chercher l’intérêt des gens. Les manifestants reconvertis pour la juste cause en cameraman de bonne fortune filment leur scène, comme un compte Facebook ou Twitter en mode image. Ce site va garder dans son ventre chaque vidéo pris par des manifestants, ou par de simples spectateurs venu regarder son pays, ou son voisin, écrire une nouvelle page dans son histoire.

Mots-clés : Gui-ik (11)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.