Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

L’exutoire

Par Khalifa-Assil Baouche

Avez-vous déjà été face à un révolutionnaire ? Ces personnes qui se font les défenseurs des causes les plus inattendues. Ces personnes qui se sentent concernées par le dernier membre d’une espèce en voie de disparition vivant dans une région particulièrement éloignée gangrenée par un braconnage sans merci. Exact ! Vous savez de qui je parle. Ceux qui, par exemple, s’offusquent de voir une personne marcher pour aller puiser de l’eau dans un puit (ce que son peuple fait pourtant depuis des milliers d’années). Ceux qui participent à toutes les marches d’appui aux peuples opprimés. Ceux qui, en fait, ne font rien de concret pour changer leur monde, mais qui voudraient que tous ceux autour d’eux changent parce que c’est mieux…

Vous voyez de qui je parle. Je parle de vous, je parle de moi, je parle de nous ! Notre société, la société occidentale, qui se fait la championne des injustices, la championne des droits de l’homme. Nous jugeons les comportements et traditions millénaires d’autrui selon nos critères « égalitaires »… ben oui ! Notre société agit malheureusement comme le référentiel absolu d’un monde en décadence. On s’auto-positionne comme le nombril du monde, comme si celui-ci devait se conformer à notre vision du monde, comme s’il avait besoin de nous en fait. Mais a-t-il réellement besoin de nous ? À mon humble avis, le monde est indépendant, c’est par contre nous qui en sommes dépendant. Nous dépendons des autres, notre culture dépend des autres cultures et a été façonnée en s’inspirant de celles-ci. C’est donc se mentir à soi-même que de s’auto-prophétiser. On ne reconnaît pas la réalité telle quelle est en ignorant notre qualité d’être dépendant de tout ce qui l’entoure. C’est cette ignorance qui nous permet de prononcer des jugements tels des sentences, comme si l’on détenait la science infuse. Et ce qui devrait ainsi être considéré comme une modeste opinion est érigée en vérité absolue. Les droits de l’homme deviennent les lois absolues régissant le monde… mais comment ce qui est subjectif, de par son origine humaine, peut aussi naïvement devenir absolu ? Je ne fais pas ici le procès des droits de l’homme (je ne m’imaginerais même jamais avoir l’arrogance d’en parler en mal). Mais cette noble tentative de cerner l’essence humaine est très souvent utilisée de manière égoïste.

Il est dit qu’un homme décida un jour de devenir président de son pays, afin d’opérer de multiples réformes visant à changer la mentalité des gens et à améliorer ainsi la qualité de vie de sa nation. Son expérience tourna malheureusement court : il ne put rien changer. Il se convainquit cependant de devenir maire de sa ville. Ainsi, il pourrait être plus proche des gens et répondrait aisément à leur besoin. Cette idée ne se réalisa pourtant pas, malgré la bonne volonté de l’homme. C’est ainsi qu’il pris une résolution géniale : avant de changer autrui, je devrais d’abord penser à me changer moi-même. C’est en effet par son comportement qu’une personne peut déteindre sur un groupe de gens. Ne dit-on pas qu’il faut prêcher par l’exemple ? Une nation est à l’image de ses citoyens. Ainsi, si chaque personne opère un changement en elle-même, se remet en question, analyse son mode de vie au lieu de celui d’autrui, la société s’en retrouvera littéralement changée. En fait, comme dit le rappeur Médine sur sa chanson Hotmail : « Si tout est critiquable, commence par l’auto-critique ».

Prenons l’exemple plus restreint de la société canadienne, à laquelle le Québec est obligatoirement (malheureusement…) rattaché. Nous jugeons les Afghans et leurs traditions culturelles, nous jugeons les Chinois et leur développement inévitable, nous jugeons les Américains et leur bombardements inlassables. Mais qui est-ce-qui nous juge ? Qui d’autres que nous-mêmes pourrait prononcer un meilleur jugement ? Pourquoi ne nous concentrons-nous pas sur nos propres problèmes plutôt que de nous positionner sur des débats qui ne nous concernent pas. Saviez-vous qu’en 2004, le Canadien moyen était le deuxième plus grand producteur de déchets au monde ? Encore en 2002, le Canada consommait 42 214 millions de mètres cubes d’eau par année… contre à 11 728 en Pologne. Pourtant, la population Polonaise est plus élevée que la population canadienne de 4 millions d’individus. Notre manière de vivre, comme si tout nous était acquis, est une des sources principales des changements climatiques dans le monde. On est écolo, mais on désire le dernier iPad, en oubliant toute la pollution engendrée par sa simple production (je ne vous parle pas ici de son utilisation, puisque lire un livre sur un iPad équivaudrait à lire 40 à 100 livres sur papier ). Nous persistons dans notre critique des autres cultures, des autres nations, nous continuons à les haranguer à suivre notre modèle (pas trop quand même…) afin de se « civiliser ». Exactement, notre société est « civilisée » : on case père et mère dans des pensions de vieillesse comme on stocke de la marchandise dans un entrepôt, et on a l’arrogance de se prétendre « civilisé ». Le constat est inévitable, notre société est égoïste. Nous sommes égoïstes.

Je vous inviterai finalement à regarder l’excellent numéro de feu George Carlin intitulé « Saving the planet » sur YouTube. Quoique je ne partage pas l’ensemble de ses idées, il dénonce de manière humouristique notre arrogance, notre égoïsme, notre égocentrisme.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.