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Se redonner des lettres de noblesse

Ma dernière fin de semaine a été des plus formatrices. Réfugié à Lotbinière, c’est sous les couches de neige et de froid, au milieu d’une forêt de pins et de bouleaux que j’ai pu prendre un peu de recul face au rythme effreiné de Polytechnique.

Me ressourcer, comme diraient certains. C’est au cours des discussions faites proche du poêle, une tasse de café chaud à la main, que m’est apparu le sincère et profond désir de contribuer à la société québécoise. Tenter de la sortir de l’immobilisme qui caractérise de nombreuses personnes, de la secouer et de lui insuffler une bonne dose de fierté.

Qui suis-je pour le faire ? Étant arrivé au Québec à onze ans, 2011 marquera la moitié de ma vie passée à Montréal. À cheval entre deux cultures, je me proclame non pas citoyen du monde comme disait Socrate, mais membre de la francophonie, fortement attaché au Québec.

À l’heure actuelle, le manque de projets de société est plus que frappant. Mobiliser 100 personnes pour manifester contre les puits de gaz de schiste s’avère un exploit, tandis que la Marche Bleue à Québec a fait sortir 200 000 participants. Déplorable.

Que voit-on dans les médias en ce moment ? Les diverses révolutions qui secouent le monde arabe (Tunisie, Égypte, prémisses en Iran, en Algérie et au Bahreïn) semblent bien loin de nous. Si l’on ajoute à cela la couverture presque sacro-sainte des Canadiens de Montréal quotidiennement, cela laisse peu de place aux réels problèmes de la société québécoise.

Système de santé sous perfusion, virage environnemental à ne pas manquer, éducation taxée à même titre que toute autre industrie, c’est l’avenir de la province qui est hypothéquée par manque de conscience sociale globale. C’est simple d’élire un parti politique dont le slogan témoigne de son manque de jugement et d’ouverture («l ’économie d’abord »… quelle blague !). Et pendant ce temps, 400 millions seront dépensés sur plusieurs années pour bâtir un nouvel amphithéâtre à Québec.

Je rêve d’une époque où les nations ne seront pas dirigées par des politiciens avocats, grandiloquents et carriéristes. René Lévesque était journaliste et correspondant de guerre ; quand verra-t-on un prochain premier ministre ingénieur ou intellectuel ? Lors de la démission du gouvernement tchèque l’année dernière, les intellectuels du pays ont pris les rênes en ayant comme premier ministre le directeur de la faculté d’économie de Prague. Pourquoi pas ici ?

Je pense que la position québécoise est rêvée pour mettre sur pied un véritable projet en orientant la société vers le développement durable. Non pas comme des écolos grano, mais comme une véritable manière de repenser la nation. Il est certain que cela entraînerait de lourds investissements, mais de cette manière, les générations futures se verront offrir la possibilité de contribuer aux générations leur succédant. Brader eau et terre québécoises devrait être impensable !

J’espère que notre société ne sera pas à l’image du sentiment artificiel de participation à l’actualité et à l’histoire via Facebook et Twitter… éphémère, volatile et superficielle.

Je ne veux pas m’apesentir sur les divers problèmes actuels et je vais tenter de garder en tête une vision optimiste, en tentant à mon échelle de faire la différence.

Peut-être que nous devrions être fiers de notre histoire et puiser de celle-ci une véritable force pour se propulser vers l’avant. À l’image de la riche histoire japonaise, véhiculée à travers différents médias et notamment les mangas, avec ses shoguns, ses empereurs et ses samuraïs, les coureurs de bois et les explorateurs représentent la véritable force enfouie en chacun de nous. Courage et liberté, des valeurs bien loin de celles véhiculées par l’argent du monde du hockey et par les paillettes du manque de vision globale des derniers temps.

Je terminerai mon petit éditorial en vous recommendant de lire la série de bande dessinées Magasin Général, véritable bijou de littérature graphique. Loisel et Tripp ont su capter à la merveille l’histoire d’un petit village recouvert de neige, où les femmes du village accueillent un beau jour d’hiver un étranger qui bouleversera le mode de vie des habitants. Intégration, ouverture d’esprit, poésie, romance et conflits entre les modes de pensées, tout se retrouve dans ces six bandes dessinées d’une qualité des plus sincères et touchantes.

À la prochaine fois !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.