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La psychologie martienne

Il y a de cela quelques mois, nous fûmes nombreux à nous émerveiller devant les sublimes images de synthèse du dernier film de Ridley Scott : The Martian, qui dépeignait ainsi une terre rougeoyante et pourtant point si inhospitalière que cela. Certaines critiques ont été faites à l’égard de ce film, notamment du point de vue visuel et scénaristique (lire pour cela le numéro 3, volume 49, sur Une planète près de chez vous). Toutefois, vous êtes-vous déjà demandé comment il faudrait s’y prendre pour aller sur Mars? Quel est l’impact d’un si long voyage sur les marsonautes?

La prochaine fois que tu te dis que ta vie est nulle, dis-toi qu’il y a pire que toi

Comme nombre d’entre vous le savent, à l’heure actuelle, on n’est pas top top pour le voyage interstellaire. Pas de moteur à fission ou à fusion froide, ni même de moteur supraluminique. On est donc encore bien loin de voir le Faucon Millenium se manifester autrement qu’en images de synthèse.Pour autant, cela n’empêche pas l’espèce humaine de viser vers « l’infini et au-delà » et d’imaginer la prochaine étape de la conquête spatiale qu’est le voyage vers Mars.

     Pourquoi alors viens-tu nous parler de voyage stellaire dans un Polyscope qui est consacré à la santé mentale et au bien-être? Excellente question à laquelle je vais m’empresser de vous répondre.

     Voyez-vous, comme on n’a pas la propulsion pour aller vite vite sur Mars, on va y aller, mais molo molo. Dès lors, pour réaliser ce voyage, il va falloir compter sur un équipage d’une dizaine de personnes qui vont devoir cohabiter entre 640 jours et 910 jours ensemble dans un espace pas plus grand que le deuxième étage du pavillon principal. Ces personnes seront issues de nationalités différentes, de cultures différentes, mais elles auront aussi un vécu et donc un comportement différent. À cela, rajoutez qu’ils vont avoir un délai de communication de plusieurs heures causé par les dizaines voire les centaines de millions de kilomètres les séparant de chez eux dans un environnement hostile où la moindre erreur peut vous coûter la vie malgré la meilleure préparation du monde.

     Imaginez-vous maintenant membre de cet équipage. Soudain, une appendicite se déclare. Il faut vous opérer sans quoi vous allez mourir. Oui, mais il s’avère que vous vous êtes disputés avec le médecin de bord hier soir et que ce dernier vous a dit : « J’aurais préféré que tu sois mort ». Lui feriez-vous confiance pour vous opérer? Pas trop le choix, non? Bon, j’avoue que c’est un scénario rocambolesque, mais croyez-moi : même sans cela, vivre avec la ou les mêmes personnes pendant très longtemps, c’est très dur : j’ai déjà vécu plus d’un an et demi pour mes études avec mon frère jumeau 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et croyez-moi cela ne se passe pas sans tension.

Mais alors, ça veut dire que la mission risquerait d’échouer à cause de l’équipage?

Mars 500

     Eh bien, pas si sûr. Comme vous l’aurez deviné, la santé mentale des marsonautes doit être étudiée de près afin de définir le profil psychologique de ces astronautes du nouveau millénaire. À ce titre, l’expérience Mars 500 menée par une équipe internationale à l’Institut des problèmes médicaux biologiques (IMBP) de Moscou a mis en avant quelques réponses à ce long périple.

     Cette expérience avait pour but de simuler un voyage aller-retour ainsi qu’une exploration d’un mois sur le sol martien. Les astronautes ont donc pu expérimenter l’ensemble des problèmes qu’un équipage censé aller sur Mars pourrait rencontrer. Ainsi, le 4 novembre dernier, les six volontaires, dont trois Russes, un Français, un Italo-Colombien et un Chinois (pas de femmes pour le moment?) ont enfin pu sortir de la réplique du vaisseau martien après 520 jours ensemble.

      Les observations préliminaires ont rapporté qu’il y a eu des tensions entre les membres de l’équipage dues à la répartition des tâches ou des sentiments de jalousie dus à la quantité de messages que certains membres pouvaient recevoir à comparer à d’autres. Mis à part cela, aucun des membres n’est « mort » (si un membre craquait, il pouvait sortir de l’habitacle, mais était annoncé comme mort aux autres membres de l’équipage).

Plan du vaisseau martien MARS-500 © Mars 500 Program

Impact de l’étude

     Cette étude a aussi fourni des données psychologiques et mentales applicables aux terriens. Souvenez-vous de votre maman qui vous disait tout le temps que pour se sentir bien, il fallait bien dormir et bien manger?

     Eh bien, elle n’avait pas si tort. L’étude a mis en avant l’importance du sommeil sur la santé mentale des astronautes, car on s’entend, dans l’espace, il n’y a pas de cycle solaire c’est pourquoi, un peu comme dans les sous-marins, il faut simuler un cycle solaire par le biais d’éclairage artificiel. Être conscient de son cycle chronobiologique est alors essentiel : on connait tous un mec ou une fille qu’il ne faut pas réveiller ou à qui on ne peut pas parler tant qu’il n’a pas pris son café.

     Quant à la nourriture, il faut savoir que comme dans l’espace la gravité est plus faible, nous perdons beaucoup plus rapidement de la masse musculaire et osseuse ce qui mène à l’atrophie des muscles. Il devient alors essentiel de manger équilibré et surtout de faire du sport. Ce dernier a un aspect très positif sur le mental, car il permet notamment de libérer des hormones similaires à celles secrétées lors de l’amour ou lors de plaisirs du quotidien.

     Ainsi, pour être sûr de ne pas déprimer, il faut bien manger (un petit Mars © de temps à autre, ça ne fait pas de mal), bien dormir et faire du sport.

     Vous l’aurez donc compris, aller sur Mars demande assurément une prouesse technologique, mais surtout des nerfs d’acier de la part de l’équipage. Et pour cela, il faut que chacun y mette du sien en faisant attention à sa chronobiologie ou à son alimentation. Mais il faut aussi et surtout se montrer ouvert, tolérant et condescendant avec les autres sans quoi vous risquez de vous faire MARSer dessus. C’est uniquement en respectant ces petits conseils que vous-même et les marsonautes arriveriez à bon port, sain et sauf.

NDLR : l’ensemble de l’équipe polyscopienne se dédouane totalement de l’ensemble des blagues pourries faites dans cet article.

À des années-lumière du bien-être. Photo © Mars 500 Program

Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.