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Pelléas et Mélisande, un classique modernisé

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Une mise en scène multicouche et immersive, gracieuseté de Christian Lapointe. © TNM

En ce début d’année 2016, le metteur en scène Christian Lapointe pose pour la première fois ses valises au Théâtre du Nouveau Monde pour y présenter le classique symboliste "Pelléas et Mélisande", écrit en 1893 par Maurice Maeterlinck.

Perdu après un chasse en forêt, le prince Golaud rencontre une femme énigmatique, pleurant à un fontaine, qui ne lui révèle que son nom : Mélisande. Fasciné par celle-ci, il la ramène au château et la marie. Quelques mois plus tard, lors d’une promenade dans les jardins, elle rencontre Pelléas, le demi-frère de Golaud, et ils tombent, malgré eux, amoureux.

L’histoire de l’amour interdit a toujours fasciné le théâtre, ses auteurs, acteurs et metteurs en scène. Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, Otello et Desdémone, Pelléas et Mélisande; on les connaît bien les couples maudits. Cette fois-ci, c’est Sophie Desmarais qui incarne Mélisande, alors que son amant, Pelléas, est joué par Éric Robidoux. Pour cette revampe contemporaine d’un classique du XIXème siècle, le metteur en scène Christian Lapointe et le vidéaste Lionel Arnould voulaient donner vie à un théâtre symboliste captivant et mystérieux. Dans un hybride entre spectacle rock, cinéma et théâtre, le couple de Pelléas et Mélisande prend vie sous un tout nouvel angle.

Tout d’abord, la scène est composée d’un décor minimaliste, voir absent. Des caméras, un peu partout, filment les visages des personnages, dans une perspective très intime et projettent le tout sur des écrans transparents situés devant. La superposition du corps et du visage crée une vision très cinématographique qui surprend. De par et d’autre de la scène, des miniatures du royaume d’Allemonde sont aussi filmées en direct et leur projection derrière les acteurs sert d’unique décor. Avec cette pièce, Christian Lapointe joue avec le focus des spectateurs. Parfois munis de micros, parfois non, les acteurs changent souvent de registre entre le théâtrale et le cinématographique, obligeant l’auditoire à réitérer sa présence régulièrement. Sous la direction de Nicolas Basque, la musique originale de la pièce, à mi-chemin entre le rock et le psychédélique, vient ajouter une couche de plus sur cet étagé multimédia. Au fil de la pièce, alors que les images et les idées se superposent, on découvre que ces caméras qui épient le couple sont en fait l’œil d’Yniold, fils de Golaud, qui sert d’espion au mari soupçonneux. Bref, c’est un œuvre multidimensionnelle que nous présente Christian Lapointe, une œuvre tout en accord avec la pièce originale qui était dite d’avant-garde déjà à l’époque de son écriture.

Symbolique avant tout, la pièce force le spectateur à chercher des réponses, sans nécessairement en trouver. Rythmée de métaphores, naviguant entre les époques et les temps, Pelléas et Mélisande intrigue et pousse à voir plus loin que les simples lignes de texte. Même si l’histoire a lieu au Moyen Âge, c’est le seul aspect de cette pièce qu’on peut attribuer au passé, tant même les costumes nous ramènent au présent.

Par dessus tout, on note un jeu d’acteur au quart de tour. Sophie Desmarais joue une Mélisande hypnotique et enivrante alors qu’Éric Robidoux y va d’un Pelléas passionné et protecteur. Le prince Golaud, joué par Marc Béland, est parfaitement représenté dans sa jalousie et sa rage.

Bref, le TNM commence 2016 de manière plus que convaincante avec une pièce à ne pas rater. Même si on en ressort avec la tête qui tourne et le cerveau un peu retourné, la pièce vaut le détour pour son côté saisissant et mystérieux.

 




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