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Le trait d’union ukrainien

Frontière : limite imaginaire séparant deux territoires, cette dernière est souvent symbolisée par des douaniers et un important service militaire empêchant une émigration incontrôlée des peuples et des biens. Mais quand la frontière est culturelle voire politique il est plus complexe de la tracer et de l’imaginer. Depuis la chute de l’URSS à la fin des années 80, le monde bipolaire entre Russes et Américains a laissé sa place à un monde multipolaire faisant naitre de nouvelles puissances (Japon, UE, Brésil, Inde, Chine…). Toute la puissance de ces pôles repose sur les zones d’influence qu’ils sont capables de créer autour de leurs territoires. Et quand par hasard les remous géopolitiques placent deux pôles face à face, cela entraîne une zone de tension et parfois de conflits (armés). L’un des pôles les plus complexes tant par sa fédération de différentes nations que par son histoire est l’Union Européenne. Elle est limitrophe de trois autres grands pôles : la Russie, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Du côté russe, une nouvelle zone tampon vient de se créer : l’Ukraine. Longtemps l’Europe a été confinée à la frontière allemande, puis s’est étendue à l’est avec la Pologne puis les pays baltes (avec l’aide des américains et de l’OTAN).L’Ukraine, après avoir été pro-russe depuis son indépendance (en août 1991), s’est émancipée du contrôle moscovite en 2004, après une période de troubles (la révolution orange), avec l’avènement au pouvoir du pro-européen Viktor Iouchtchenko.

Ces positions très affirmées envers l’un des camps puis envers l’autre ont bouleversé les rapports de force de la région, jusqu’à entraîner des tensions telles que la Russie menaça de couper l’approvisionnement du gaz à l’Europe occidentale via l’Ukraine fin 2009. L’élection présidentielle qui a eu lieu en janvier dernier et amena le pro-russe Viktor Ianoukovitch à revenir au pouvoir. Cela a ramené -contrairement à ce que l’on pouvait penser- une certaine stabilité dans la région. D’un côté, il a retiré la demande d’adhésion à l’OTAN en juin dernier en faisant voter une loi au parlement de politique non-alignement alors que de l’autre côté, il maintenait la volonté de négocier des accords de libre échange avec l’UE et à termes d’y faire rentrer son pays. Par cette volonté, il opte pour que son pays devienne un pont entre l’Union (Européenne) et la Fédération (Russe). Il est vrai que pour diverses raisons (politiques, historiques, militaires…) les deux grands géants ne veulent pas devenir une seule et même entité. Mais pour garder une place au bal des grandes puissances face aux sources émergeantes grandissantes (Brésil, Chine, Inde), les deux géants auraient tout intérêt à coopérer. Du coté est, La Russie a les ressources naturelles (matières premières, pétrole, gaz, minerais) et un immense territoire à moderniser et équiper. Du côté ouest, l’Europe a les technologies et les entreprises nécessaires pour répondre à la demande et aux besoins de matières premières à prix raisonnables. Tout accord amènerait alors la création de nouveaux emplois en Europe occidentale, une modernisation du géant russe et au final l’assurance d’un apaisement des tensions au moins chez les pays occidentaux limitrophes de la Russie. L’orientation qu’a prise l’Ukraine ces deniers mois n’est pas seulement le statut d’un pays neutre et impartial entre l’est et l’ouest mais l’aspiration à court terme de devenir un trait d’union entre l’Europe et la Russie, souhaitons le !




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