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Le chemin des passes-dangereuses : une fusion des genres réussie

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  • Critique de théâtre

     Le 15 janvier dernier, la tournée québécoise de  Le chemin des passes dangereuses, présentée par les productions  Des Pieds et Des Mains, s’arrêtait à la maison de la culture Frontenac, à Montréal. La petite équipe nous présente un spectacle atypique, mélange de théâtre et de gigue contemporaine.

    Le chemin des passes dangereuses, du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard, nous raconte l’histoire de trois frères, Carl, Ambroise et Victor. Réunie à l’occasion du mariage de Carl, le cadet, la fratrie se retrouve bloquée au milieu des bois, suite à un accident de voiture. Isolés, à deux pas du lieu de décès de leur père, les trois frères discutent de leurs vies et de leurs souvenirs. Le sort semble s’être ligué contre eux pour les contraindre aux aveux et aux confidences.

    Le chemin des passes dangereuses est un texte extrêmement fort. L’auteur revisite des thèmes récurrents dans son œuvre : le clivage entre la ville et la région, l’homophobie, les secrets et les non-dits dans les familles, les traumatismes de l’enfance, etc. Les personnages sont esquissés rapidement et sont à la limite du stéréotype : Carl, le gars pas compliqué qui travaille dans un Costco de Québec, Ambroise, le citadin cynique et désabusé et Victor, le pêcheur amoureux de la nature. Toutefois, les trois sont bien conscients d’êtres stéréotypés, et n’hésitent pas à se servir de cette nature caricaturale, autant pour s’attaquer que pour se justifier. À travers leurs différences, c’est toute une société qui semble s’exprimer, dans la multitude de ses aspirations et de ses préjugés.

    Venons-en à la production. En un mot, elle est excellente. Les trois acteurs Dominique St-Laurent (Carl), Arnaud Gloutnez (Ambroise) et Félix Monette-Dubeau (Victor) sont époustouflants, autant dans leur jeu que dans la danse. Le mélange gigue-théâtre est un pari réussit. La danse ne prend pas toute la place, bien au contraire. On la retrouve en crescendo, d’abord subtile puis un peu plus assumée. Elle marie parfois si bien le texte qu’on en oublie la particularité du spectacle. En somme, le spectateur n’a pas l’impression d’assister à un spectacle de danse, mais à une pièce de théâtre à la mise en scène audacieuse. La chorégraphie souligne efficacement les émotions du texte, elle permet aux acteurs de s’exprimer plus efficacement alors qu’on aurait pu craindre qu’elle les distraie. En ce sens, Menka Nagrani, qui signe la mise en scène et la chorégraphie, réussit un tour de force.

    Verdict? Si vous en avez l’occasion, allez voir la troupe, qui continue sa tournée québécoise. La pièce ne s’adresse pas qu’aux amateurs de danse, et les fans de théâtre seront comblés par ce spectacle, qui combine une des grandes œuvres dramaturgiques québécoises, une interprétation solide et une mise en scène inspirée.

    Mots-clés : Théâtre (83)



    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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