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Que les banques goûtent à leur propre médecine !

Enfin, un peu d’aide afin de rendre la position pro-hausse cohérente

Lorsque j’étais au secondaire, de 2003 à 2008, il m’arrivait de lire la Presse. À la fin, dans la section des opinions et des lettres, où diverses personnes s’exprimaient régulièrement sur pourquoi le Québec a des problèmes et sur les solutions qu’on doit amener à ces problèmes. L’idée suivante était généralement exposée par l’Institut économique de Montréal et le Conseil du Patronat : en général, tout prix fixé par le gouvernement ne pouvait que causer des problèmes.

Par exemple, lorsque le gouvernement vend l’électricité à bas prix aux particuliers, en pensant à cette idée, on pourrait penser que puisque l’électricité n’est pas chère, il y a peu de conséquences au fait de la gaspiller. Dans les pays où l’électricité est plus chère, les gens sont plus enclins à améliorer l’efficacité de leur consommation énergétique. Il serait donc avantageux pour tout le monde de faire payer le ‘’juste’’ coût des ressources utilisées. Pour ceux qui proposent cette idée, la manière d’effectuer cela est de laisser le Marché équilibrer l’offre et la demande en laissant le prix flotter librement. C’est ce qu’on appelle le libre-marché.

On y parlait aussi de la question des frais de scolarité. Le point de vue le plus souvent donné était qu’ils devaient être augmentés : en refilant aux étudiants le ‘’vrai’’ coût de leurs études, ils les prendraient moins à la légère et il y aurait donc moins de gaspillage de la ‘’ressource’’. Le même raisonnement a été appliqué à l’éducation.

En soi, je suis contre la base même de l’argument que l’utilisation des ressources est la plus optimale lorsque le Marché est laissé à lui-même, mais il me sera impossible de l’expliquer pourquoi en une demie page. En fait, je voulais surtout parler d’une idée que j’ai eue.

Les partisans pro-hausse présentent presque à l’unanimité la théorie du libre-marché pour justifier l’augmentation des frais de scolarité. Pour une fois, j’ai décidé de les aider à solidifier leur position, qui est sinon tellement remplie d’incohérences qu’on n’a même pas besoin d’avoir nous-mêmes une position claire pour voir l’absurdité de la position pro-hausse.

Dans le financement de l’éducation, il y a plusieurs acteurs. D’abord il y a le gouvernement, qui finance en majeure partie le système d’éducation supérieure. Les étudiants, autre acteur majeur, financent en partie les universités et profitent de leurs services. Indirectement, le reste de la population profite du système d’éducation. Normalement, lorsqu’on analyse la situation, on s’arrête là.

Seulement, on a oublié un acteur essentiel : les banques. Celles-ci sont essentielles pour le système de prêts et bourses, puisque ce n’est pas le gouvernement qui fournit l’argent aux étudiants pendant leurs études. Le gouvernement ne fait que payer les intérêts pendant la durée des études des étudiants, leur assurant que l’étudiant ne paie pas d’intérêts pendant ses études. Aussi, si l’étudiant finit par faire faillite et que la personne ayant un prêt étudiant ne peut plus payer la dette, le gouvernement rembourse totalement les banques.

On voit donc que l’argument selon lequel le libre-marché est la meilleure façon de faire est utilisé de façon asymétrique par les différents acteurs. Les banques, par l’entremise de leurs représentants, affirment que la hausse des frais de scolarité va rendre le système plus efficace. Afin d’aider les partisans pro-hausse à se faire une position cohérente, je leur propose de laisser se négocier sur le marché les prêts des étudiants, afin d’avoir un système bancaire plus efficace. C’est après tout, une conséquence logique de leur position.

Si les banques ne veulent plus collaborer, il ne restera plus qu’à demander aux étudiants de payer la hausse des frais de scolarité après leurs études, avec une retenue à la source, analogue à l’impôt, mais qui ne s’appliquerait qu’aux étudiants. C’est une idée qui a été proposé par un sénateur conservateur au fédéral, Claude Carignan. Comme quoi l’opposition au plan du gouvernement n’est vu que comme du gros bon sens, à gauche et à droite. Bien que l’idée ne règle pas profondément les problèmes de société, au moins, l’application de cette idée ne créerait pas une catastrophe aussi sévère que le plan du gouvernement d’augmenter les frais de scolarité à l’entrée de l’université.

La vraie question qu’on doit se poser est la suivante: les banques sont-elles prêtes à goûter à leur propre médecine ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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