Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Au plus profond de la campagne américaine

Surréaliste, voilà le premier mot qui me viens à l’esprit lorsque je pense aux primaires américaines qui ont lieu en ce moment. On a beau savoir que l’Amérique profonde est une planète complètement différente, l’étendue de l’ineptie du débat réussit toujours à nous surprendre. Rick Santorum, l’actuel second dans la course, défend avec force les valeurs conservatrices chrétiennes et obtient un succès inquiétant…

Question de morale

À la base de son discours se trouve les positions les plus classiques de la droite morale : opposition à l’avortement, au mariage gay, aux relations sexuelles en dehors des liens du mariage, à la contraception et j’en passe. Voilà qui dérange un peu partout, y compris au sein du parti républicain. J’ai toujours trouvé assez étrange cette alliance entre la droite morale et la droite libertarienne : merveilleux discours que celui du « L’état n’a pas à toucher à mon argent, je suis libre de faire ce que je veux. Par contre, il est le devoir de l’état de décider avec qui ou non je peux coucher ». L’opposition à la contraception est, vous en conviendrez, une proposition assez absurde… Il faut avoir le cerveau particulièrement dérangé pour s’imaginer que l’abstinence est une solution plus efficace pour contrer les ITS et les grossesses non désirées que la contraception. Comme le disait un compatriote des plus pertinents (qui me pardonnera l’oubli de son identité… enfin j’imagine), faire la promotion de l’abstinence la plus pure, c’est l’équivalent de proposer de fermer les centres de ski plutôt que d’imposer le port du casque lorsque l’on veut réduire les commotions cérébrales chez les skieurs. Je ne sais pas vous, mais ça ne me passera pas l’envie de faire du ski (je n’aime pas le ski, mais vous êtes assez grands pour suivre la métaphore).

Le débat sur la contraception a fait rage dans les dernières semaines. Un amendement sensé exclure les contraceptifs de l’assurance garantie par le « Obama Care » afin que des entreprises catholiques ne subventionnent pas des pratiques qu’ils réprouvent a été refusé par le sénat. Le très coloré animateur conservateur Rush Limbaugh a répondu à une militante venue défendre la contraception payée par les employeurs avec un rare misogynisme. Son propos se résumait ainsi: si elle veut être payée pour avoir des relations sexuelles, alors c’est une prostituée. Cela se passe de commentaire, mais ça illustre efficacement le niveau du débat. Limbaugh a d’ailleurs montré toute l’étendue de ses connaissances scientifiques en ajoutant que si la militante veut qu’on paye pour la contraception, c’est quelle a trop de rapports sexuels pour pouvoir payer elle-même. Voilà qui est pertinent : comme tous et chacun le sait, il faut prendre plus souvent la pilule quand on baise comme un lapin… Quoi? C’est faux? Eh merde, autant pour moi. Ce n’est pas que je veuille m’éterniser sur la contraception, les autres positions de la droite morale sont toutes aussi ridicules et sont autant d’atteintes au bon sens et à la liberté : il serait finalement temps que les couples gays puissent vivre leur amour en paix et que les jeunes filles faisant le choix de l’avortement ne soient plus persécutées. L’idée de l’opposition à la contraception m’a avant tout frappé par son archaïsme. Qu’on doive encore se défendre de l’obscurantisme soit, mais que l’on revienne sur cette question là… Sur ce sujet, je vous invite à chercher sur Youtube la chanson «Every sperm is sacred», du groupe anglais Monthy Pythons, qui revient avec humour sur l’obsession catholique de la contraception : «Every sperm is sacred, every sperm is great, when a sperm is wasted, God gets quite irrate!»

Santorum va plus loin

Si ses opinions sur la morale ne suffisent pas à discréditer Santorum, n’ayez pas peur, il a su s’enfoncer un peu plus loin sur le chemin de la stupidité crasse en réagissant aux propos d’Obama sur l’accessibilité aux études supérieures. Alors que le président affirme que tout les américains devraient pouvoir envoyer leurs enfants à l’université, Santorum le traite de snob qui ne comprend pas la véritable Amérique. Il pousse le bouchon encore plus loin en affirmant que les diplômés universitaires sont un danger pour le pays. En effet, il répète à qui veut l’entendre que les universités américaines sont un lieu de propagande où les jeunes chrétiens de bonnes familles se font convertir aux mensonges libéraux. Il cite d’ailleurs une étude des plus douteuses selon laquelle 62% des jeunes possédant la foi à leur entrée à l’université vont beaucoup moins à l’église à leur sortie… Ciel! Cela ne pourrait pas avoir un lien avec le fait qu’une fois débarrassé de leur famille conservatrice, ils font enfin ce qu’ils veulent, ou encore qu’un contact prolongé avec des gens différents de soi suffisent à convaincre de la vacuité des rhétoriques xénophobes ou haineuses, ou, pourquoi pas, qu’ils apprennent que la spiritualité peut se vivre autrement que dans des codes et des communautés fermées. En ces temps où l’industrie manufacturière américaine doit combattre la concurrence mondiale et où les sciences et les technologies prennent toujours plus de place en économie, ce désaveu de l’éducation universitaire est pour le moins effrayante…

S’il y a un athée dans la salle

Quelques voix s’élèvent cependant pour s’opposer à cette dérive complète du débat politique. En fait, certaines statistiques montreraient que les américains athées sont de plus en plus nombreux. Il serait temps que ceux-ci se lèvent et exigent un débat politique plus pertinent, où l’économie et les questions sociales ont plus d’importance que la fréquence des visites du président à l’église où que de l’opinion de son ancien pasteur…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

Être ou ne pas être… Charlie

16 janvier 2015

De tous les éditoriaux que j’ai eu à écrire, je crois que celui-ci est le plus difficile. J’ai procrastiné jusqu’à la dernière minute, les autres membres en sont thémoins. J’aurais pu parler de la rentré, du beach party, ou bien me plaindre des déménagements successifs que l’école nous oblige à subir. Vous comprendrez que le sujet de Charlie Hebdo me mets mal à l’aise Je ne parlerai pas longtemps de Charlie Hebdo, je n’ai pas...

Here comes the Sun! (chanson populaire… ou populiste)

7 octobre 2011

Je crois qu’il est temps que je face mon coming out. J’ai gardé ça secret trop longtemps… Je l’avoue donc aujourd’hui : je suis masochiste! (insérez ici un cri d’indignation, préférablement celui d’une vieille femme à l’accent sudiste) Ne vous méprenez pas; je ne suis pas adepte de cuir clouté ni de cravache vigoureusement maniée. Mon masochisme est plus subtil mais il est néanmoins tout aussi malsain… Ainsi, quand les débats politiques québécois commencent...

Édit-toto

9 octobre 2007

Faut pas investir dans l’éducation, il faut plutôt investir dans la santé, parce que la population vieillit, et qu’on a besoin d’hôpitaux pour s’occuper de nos aînés. Faut pas investir dans l’éducation, il faut plutôt investir dans les infrastructures routières, désuètes, qui semblent maintenant tellement mal en point qu’elles risquent de s’effondrer. Par contre, il faut avoir de l’argent pour pouvoir investir. Tout ça coûte cher, et le lourd système de gestion de l’état...