Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pour ou contre PIPA et SOPA?

Position Pour :

SOPA : une bonne affaire finalement

Le projet de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) est, au moment de publier cet article, présentement débattu au Sénat des États-Unis. Cette loi a comme objectif d’empêcher les gens de se procurer gratuitement des films, de la musique ou n’importe quelle information protégée par des droits d’auteur. Le projet de loi a été repoussé la semaine passée, mais il est toujours question de décider s’il sera appliqué ou non. Concrètement, le gouvernement américain est en train de décider s’il a la responsabilité de punir les contrevenants et de fermer tout site ayant du contenu distribué sans les droits d’auteur.

Généralement, les gens se divisent face à cette loi en deux camps.

Le premier camp est constitué de personnes qui défendent à tout prix les droits d’auteur. Celui-ci contient notamment le cartel des artistes d’Hollywood, qui prétend que les téléchargements illégaux privent les artistes de revenus substantiels, compromettant la survie même de l’art. Ce camp est aussi défendu par les défenseurs de la propriété privée, matérielle et intellectuelle, pensant être capable de soutenir éternellement leur point de vue indéfendable d’un point de vue rationnel.

Le deuxième camp est défendu par ceux qui considèrent que ce projet de loi est dangereux pour la survie même d’Internet. Leur principal argument est que de fermer des sites au complet parce que ses utilisateurs téléchargent des données de façon illégale finirait par détruire toute la plateforme existante d’Internet. Certains vont même jusqu’à dire que cette loi finirait par enlever la liberté d’expression. Les sites comme Google, Wikipédia, Facebook, dont la survie dépend effectivement de la libre circulation de données sur Internet, sont aussi des défenseurs de ce camp.

Je n’ai habituellement pas tendance à suivre des idées toutes faites d’avance. La manière la plus directe de comprendre notre monde avec exactitude n’est certainement pas de se fier sur les idées de personnes qui, de toute façon, ne font que défendre leurs propres intérêts. Il faut plutôt se baser sur des faits existants et ensuite faire des déductions établies sur ces mêmes faits. On vérifie que ces déductions forment un ensemble cohérent et si elles ne le sont pas, il y a deux possibilités : une erreur de logique ou un mauvais cadre de perception du monde extérieur. C’est la seule manière de corriger notre perception. Il se trouve aussi que c’est la seule manière d’avoir du pouvoir sur le monde extérieur, puisque notre perception influence fortement notre façon d’agir.

Commençons. Jeudi dernier, la plateforme Megaupload a été fermée et certains de ses dirigeants sont maintenant poursuivis au criminel. Ce site était utilisé par les utilisateurs voulant stocker leurs données sur Internet qui étaient trop volumineuses pour être envoyé par courriel. La loi n’était même pas encore votée. Il semble donc que la loi aura donc un pouvoir encore plus contraignant que ce qui permet de fermer ce site maintenant, sinon elle n’aurait aucune utilité. On peut donc s’attendre à ce qu’effectivement, tous les sites pouvant contenir la moindre information obtenue de manière illégale puissent être fermés à l’avenir si cette loi venait à être votée.

Il faut aussi se demander pourquoi c’est aussi essentiel pour le cartel d’Hollywood que les sites où les téléchargements enfreignant les droits d’auteurs sont possibles soient aussi sévèrement punis. Ces dernières années, les ventes de CD et de DVD ont été en chute constante. Le cartel d’Hollywood espère donc remonter ses ventes en contraignant les gens à devoir acheter la musique et les films.

Ironiquement, ça ne pourrait avoir aucun effet, voire même diminuer encore plus les ventes de ces artistes. Si ces produits sont téléchargés gratuitement sur Internet, c’est qu’ils n’ont aucune valeur artistique. Les films d’Hollywood qui sont sortis au 21e siècle ne sont que de la propagande visant à changer l’opinion publique selon les besoins du gouvernement américain. Que ce soit en faisant la promotion de la guerre ou la promotion d’un idéal de vie déconnecté de la réalité (le rêve américain), les films d’Hollywood ont pour but de manipuler par les images la mentalité des gens du monde entier. C’est un processus bien connu de tous les propagandistes.

C’est d’ailleurs pourquoi l’industrie cinématographique est grassement subventionnée par les contribuables américains par toutes sortes de crédits d’impôt et autres échappatoires fiscales. Cet argent sert notamment à payer les immenses quantités de marketing nécessaire à la vente de leur marchandise. Les producteurs des films d’Hollywood prétendent qu’ils méritent autant d’argent parce qu’ils sont talentueux. Ils ont tort : les films d’Hollywood qui sont profitables sans ces subventions sont extrêmement rares.

Ça se passe comme ça depuis bien avant qu’Internet existe; Internet ne fait que permettre de se procurer ces films à leur vraie valeur : zéro. Le même raisonnement s’applique pour l’industrie de la musique. En fait, c’est à peine si on peut considérer que ce qui vient de là-bas est de la musique.

Si le cartel d’Hollywood défend par un intense lobbying ce projet de loi, c’est qu’ils ne doivent pas se rendre compte de l’évidence que je viens de révéler. Je vais donc supposer que le projet de loi est finalement voté et appliqué de la manière la plus complète possible. Tous les téléchargements illégaux sont impossibles. Tous les sites, comme Google, Wikipédia et Facebook pouvant avoir le moindre contenu obtenu de manière illégale sont fermés. Ces gros sites sont assurés d’avoir au moins une parcelle d’information obtenue de manière illégale, sans aucun contrôle de la part de leurs gestionnaires. Serait-ce la fin du monde telle que nous le connaissons ?

Bien qu’habituellement ce sont les gens qui sont contre le projet de loi SOPA qui soutiennent ces arguments, j’aime voir le côté positif des choses. Si tous ces sites sont fermés, les seuls sites pouvant rester ouverts seront ceux où tous les gens auront cédé leurs droits d’auteur, ou qui sont morts depuis trop longtemps. Les gens ne pourront bientôt plus aller sur Internet que pour lire des auteurs comme Comte, Kropotkine, Marx et Engels, sans oublier Saint-Simon. C’est une bonne nouvelle pour le futur: l’accès à la propagande américaine sera restreint par le gouvernement lui-même. Ils pourront donc choisir par eux-mêmes ce qu’ils vont regarder sur internet et enfin commencer à penser par eux-mêmes.

On voit donc que ceux qui ont proposé le projet de loi SOPA ne feront que se tirer dans le pied, ou plutôt, dans la tête. Ce genre de loi ne fait que montrer comment le régime actuel de propriété privée est contradictoire. Il ne peut aboutir qu’à son autodestruction. Ce qui est une bonne chose.

On peut aussi se demander quelle est la base du raisonnement selon laquelle copier les données d’une personne est un crime. En principe, un crime, c’est censé être quelque chose qui entrave le bon fonctionnement de la société. Si je réussissais, en un claquement de doigts, à reproduire une maison telle quelle sur un autre terrain, ça ferait de moi un génie non ? Je serais capable de répondre aux besoins de plein de gens totalement gratuitement. Bien sûr, les constructeurs de maison et les fournisseurs de matériaux de construction seraient ruinés. Des millions d’employés seraient foutus à la porte. Ces mêmes gens me diraient que j’ai détruit leur emploi en permettant le copiage instantané de maisons. Pourtant, ce serait mieux ainsi. Le progrès technique, de toute façon, va déjà dans cette voie : on le voit dans l’industrie où des objets sont répétés des millions de fois à un coût très bas.

C’est précisément un des arguments des producteurs de disques et des équipes de marketing qui travaillent pour l’industrie cinématographique et l’industrie musicale. Eh bien, on n’arrête pas le progrès. Que la loi passe ou non, leur disparition est proche. Nous ne verserons pas une larme.

Position Contre :

Deux lois dangereuses mais faciles à contourner

Grâce aux protestations impossibles à ignorer de géants de l’internet comme Wikipedia et Mozilla et de l’aide de leurs milliers d’utilisateurs, les projets de loi SOPA et PIPA ont été temporairement abandonnés par les législateurs Américains. Les protestations ont eu l’effet désiré en l’espace de deux jours. C’est une réussite pour la population Américaine qui aurait souffert à cause de ces deux lois dangereuses et inefficaces. Leur entrée en vigueur aurait nuit à l’innovation et aurait brimé les libertés civiles du peuple américain.

Le mécanisme de prévention du piratage de SOPA et PIPA

Le but des deux lois était de donner aux compagnies qui créent de la propriété intellectuelle des outils pour combattre le vol des fruits de leur labeur. Concrètement, la nouvelle législation aurait donné le droit aux compagnies victimes de piratage de demander l’élimination de l’accès à l’url du site internet où se trouvait le produit piraté. Après une demande au département de la justice, le gouvernement aurait le droit d’obtenir une ordonnance légale permettant cette supression. Sous les nouvelles lois, tout ceci pourrait se faire sans même avoir notifié le propiétaire du site suspect. Il n’aurait pas droit à un procès juste où il pourrait se défendre devant les accusations.

Le blocus URL:

Facile à contourner

À première vue, ce système a un semblant d’efficacité mais en réalité, il neut peut pas fonctionner. Je soutiens ceci car il existe un moyen extrêmement facile de contourner l’utilisation d’un url comme méthode d’accès à un site: utiliser l’adresse numérique du site. Lorsqu’on tape un url, le DNS (domain name system) transforme la séquence de lettres qui est facilement mémorisable pour un humain vers le language numérique compatible avec les demandes au serveur. Le résultat final ressemble à ceci: « 209.85.128.0 ». Sous les nouvelles lois, ce mécanisme aurait été désactivé, mais le site serait restée fonctionnel; les sites illégaux seraient quand même accessibles par leur adresse numérique.

Ce moyen de prévention du piratage est idiot et ne serait jamais efficace. C’est comme si, pour contrer la vente de drogue, le gouvernement mettait toute la drogue au monde dans un entrepôt plein de salles auxquelles on aurait enlevé les plaquettes identifiantes. Les salles illicites minoritaires seraient côte à côte avec les salles acceptables majoritaires. Au début, l’entrepôt serait difficile à naviguer pour les consommateurs. Par contre, après un certain temps, un visiteur futé découvrirait une salle d’intérêt. Après quelques jours, tout le monde connaîtrait le numéro de la salle intéressante.

Imaginez le scénario suivant: Un site pirate dans un pays étranger sert comme répertoire des adresses de tous les autres sites pirates. Les internautes n’auraient qu’à se souvenir de l’adresse du site central pour accéder à tous les autres. La distribution de cette adresse numérique centrale se ferait aisément sur internet par courriel ou par les réseaux sociaux. Arrêter la propagation de l’adresse illicite serait impossible à prévenir.

C’est une chose de créer un blocus contre une compagnie étrangère mais une toute autre chose de le faire contre un citoyen Américain. Prévenir la distribution “bouche à oreille” de cette adresse serait impossible.

Étude de cas virtuelle: Un abus de SOPA

Il y a aussi des raisons économiques pour lesquelles SOPA et PIPA seraient dommageables à la société américaine. Imaginons qu’un entrepreneur vient de démarrer une entreprise qui offre un réseau social alternatif à celui d’un géant de l’internet. Son entreprise a bien démarré et son nombre d’utilisateurs croît de façon exponentielle. Le géant pré-établi remarque ceci et réalise que si la croissance exponentielle de son adversaire continue à cette vitesse, le startup informatique l’aura bientôt dépassé.

Le géant des réseaux sociaux a peur de perdre sa clientèle alors il passe sans pitié à un acte qui détruirait le site adversaire: dans le plus grand secret, il engage une tierce partie pour qu’elle bombarde le site aspirant de liens vers des sites illicites qui contiennent du matériel piraté. Les compagnies propirétaires de ces produits remarqueraient ceci et entreprendraient un recours qui aurait comme résultat la fermeture du site internet.

Dans ce cas, SOPA et PIPA auraient eu un effet mortel sur le «startup» en question. Le «startup» fictif n’avait pas la technologie ou les moyens pour se défendre contre l’attaque de son ennemi invisible.

Ceci est évidemment un cas extrême. Dans un cas moins intense, un nouveau site pourrait avoir un petit groupe d’utilisateurs problématiques. La nouvelle compagnie n’aurait pas les moyens de repérer ces activités illégales et se ferait poursuivre par un conglomérat médiatique sans pitié qui détruirait le «startup».

La possibilité de ce genre de scénario pourrait dissuader de nombreux nouveaux projets potentiellement très bénéfiques à la société. SOPA et PIPA pourraient ammener des «startups» à craindre ce genre de mort soudaine. Pour se faire un nom, un nouveau service internet doit avoir un nom. Ce danger de débaptisation guètterait tous les sites qui affichent du contenu créé par les internautes.

Ces sites ont une nature différente de celles des sites de piratage. Ils ne devraient pas êtres affectés par une loi qui a de la difficultué à discerner l’innovation de l’activité criminelle. Voilà une deuxième raison de l’inaptitude de SOPA et PIPA.

Affront aux libertés civiles Américaines

Sopa et PIPA seraient un affront aux libertés civiles américaines. Le pouvoir donné aux compagnies par PIPA et SOPA d’enlever un site internet sans la présence d’un procès me fait penser à la loi secrète qui a été passée à Toronto lors du sommet du G8. À Toronto, des pouvoirs en dehors des limites raisonnables ont été donnés aux différents services policiers qui étaient sur place. Par la suite, il a été prouvé que les forces policières en ont abusé. Les Nations Unies ont dénoncé le non respect des droits de l’homme qui est survenu à Toronto. Le journal Britannique the Guardian a publié un article où il affirmait que Toronto avait été transformé en un genre d’état policier où les droits de l’homme ont cessé d’être respectés. Des personnes suspectes pouvaient êtres mises en état d’arrestation sans justification ou procès équitable.

SOPA et PIPA proposaient la création du même type d’état policier sur internet. Les lois proposaient de donner un pouvoir illégitime à certains groupes et de restreindre l’accès à des sites internet sans procès. PIPA et SOPA auraient été deux lois imprécises qui distinguaient mal les pirates du public général et qui n’auraient pas donné un juste procès aux accusés. Avec SOPA et PIPA, l’efficacité aurait été troquée contre la facilité, et la justice, contre une nouvelle rapidité de riposte irrationelle.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+