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Ne faites pas de morveux

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Vers 8h20, j’étais à mon balcon à siroter un café accoudé à la rambarde. Le ciel était clair, j’étais bien. Le bleu du soleil canadien laissait augurer d’une journée aussi belle qu’ensoleillée. Une légère brise soulevait un pan de mon peignoir en fils de banane tressés, souvenir d’un de mes voyages aux Antilles, ou mon déhanché de légende avait révolutionné a jamais la pratique du zouk.

L’escapade éphémère du textile exotique laissait entrevoir subtilement le galbe de ma cuisse gauche encore engourdie de sommeil, et dont les muscles formaient une onde puissante et esthétique.

Dans la rue, quelques étages plus bas, les braillements d’un enfant attirèrent mon attention. C’était le fils de mon voisin, un petit nazi braillard et colérique aussi laid que bruyant, qui, depuis que sa conne de mère avait accouchée, faisait de mes dimanches matins un enfer peuplé de cris et de bandes annonces du Disney Channel. L’enfant criait, hurlait, se débattait, il ne voulait pas aller à l’école et criait plus fort encore, et moi je priais pour qu’il hurle encore plus fort et se pète quelques cordes vocales. Je l’imaginais aphone souffrant le martyr, n’ayant pour seul signal de douleur que son regard bovin hérité de son père rempli de larmes muettes et d’incompréhension.

Ma prière fut exaucée. D’un coup d’un seul, le bambin immonde était sur silencieux. Il vomit ses céréales et s’évanouit. Sa mère affolée le prit dans ses bras flasques et vulgaires pour le ramener à la maison.

Pas d’école aujourd’hui ! Il avait gagné une bataille, mais certainement pas la guerre ! Quand je les entendis rentrer et que je compris que sa mère l’avait recouché dans le silence paisible du matin canadien, je suis rentrée dans ma chambre pour infliger au gamin colérique les affres maléfiques de la privation de sommeil. J’ai défait mon peignoir, j’ai frappé ma poitrine telle une guenon en quête de frisson et j’ai saisi mon compagnon par la tignasse, puis je lui ai fait l’amour telle une prisonnière assoiffée de revanche érotique. Nous avons hurlé et hurlé plus encore, un mélange de hurlements à mi-chemin entre King Kong et Céline Dion. Attirés par le vacarme, des passants m’encourageaient en applaudissant, sur la rambarde du balcon, les pigeons faisaient la Holà.

Puis on sonna à la porte. C’était la voisine qui nous dit :«Vous pourriez faire moins de bruit, mon enfant est malade, il aimerait dormir». Je lui hurlai en réponse :«JAMAIS !!!! CHACUN SON TOUR!», puis je claquai la porte et retournai à ma besogne. Mon complice de vice m’attendait l’œil en feu; comme possédé par le plaisir, il griffait les murs de la chambre et me parlait en latin à l’envers.

N’ayez aucune pitié. Ils n’en n’auront pas. D’ailleurs saviez-vous qu’aujourd’hui, lundi 23 janvier 2011, Walter Frederick Morrison, s’il n’était pas mort, aurait 92 ans.

Alors qui c’est ce gars ? Eh bien c’est un salopard ! C’est à cause de lui que tous les enfants du monde viennent nous emmerder sur la plage !

C’est l’inventeur du frisbee.

Oui, parfaitement, le frisbee a été inventé pour rendre la vie impossible aux vacanciers amateurs de sable fin et de mer bleue ! Quand deux gamins viennent sur la plage avec un frisbee, ça veut dire que c’est fini, terminé la détente absolue !

Jusqu’ici on devait juste faire attention au cri de la mouette qui se rapprochait, garder l’œil ouvert en cas de délestage intempestif de fiente nauséabonde et purulente. Mais au moins à cette époque on avait le son de la mouette ! Tandis que l’invention, que dis-je l’invention, l’arme de destruction massive de Walter Frederick Morrison, elle est silencieuse. À tout moment et sans bruit, vous pouvez vous prendre un frisbee dans le coin de la gueule.

Et c’est quoi un frisbee dans la tronche, hein ? Eh ben c’est l’arcade sourcilière ouverte, le sable qui s’engouffre dans la plaie, une septicémie FOUDROYANTE qui vous donne la fièvre et vous empêche de vous relever et de crier au monde votre souffrance. Résultat, le lendemain, on vous retrouve mort sur le banc de sable, échoué, avec un bernard l’hermite dans l’oeil droit et un crabe qui essaye de vous voler le gauche.

C’est ça l’invention du frisbee, c’est des milliers de morts retrouvés chaque année sur toutes les plages du monde pour le bonheur de gamins idiots qui sont bouffés par l’ennui pendant que leur feignasse de mère se fait griller la peau d’orange et que leur débile de père essaye de rentrer le ventre en jasant avec la petite marchande de glace sexy. Non de dieu je hais les familles en vacances à la plage ! Il faut les éliminer ! Cotisons nous payons leur des croisière Costa! «Quand vous avez goûté à une croisière Costa, c’est difficile de revenir à la vie de tous les jours ».

Voilà, tout ca pour dire qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de Walter Frederick Morrison, le salaud qui a inventé le frisbee, le jouet préféré des gamins.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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