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Moi aussi je veux jouer à la belle-mère

Ça va mal au PQ. Bon d’accord, ce n’est pas un scoop. D’ailleurs, si vous êtes comme moi, vous devez être un tantinet fatigués d’en entendre parler. Pourtant, tel un ouvrier enthousiaste, je vais me permettre d’enfoncer le clou davantage et de vous présenter ma propre théorie de belle-mère sur les raisons de la débandade du PQ. Ne reculant devant rien, je vais chausser mes lunettes à la Bernard Landry et me tailler une moustache digne de celle de Jacques Parizeau afin de vous éclairer à mon tour par une critique bien sentie.

Chronologie d’une chute aux enfers

Vous avez cru que je ferais une belle revue des tuiles qui sont tombées sur le PQ depuis le printemps passé? Que nenni! Je vous ai berné d’un sous-titre mensonger! Je me contenterai de dire ceci : en un an, le PQ a passé de 37% à 21% d’intentions de vote (ce sont les chiffres de Vincent Marissal, de La Presse). Qualifier ce recul d’important serait un euphémisme, surtout qu’il s’est fait chez un parti d’opposition, donc peu disposé à faire des bourdes majeures, dans un moment où l’insatisfaction à l’égard du gouvernement Charest atteint des records.

À qui la faute?

C’est ici que le plaisir commence: le débat est lancé et ne semble pas vouloir s’éteindre. Qu’est-ce qui a entraîné cette chute libre? « On ne parle plus assez de souveraineté! » s’écrient en cœur des belles-mères et quelques illustres inconnus, « On en parle trop! » répondent les chroniqueurs, sondages sur le déclin du «oui» à l’appui. Les opportunistes frustrés réclament la tête de Marois à grands cris parce qu’elle « ne passe pas » selon eux, mais se rebiffent quand s’approche Duceppe, menaçant leurs ambitions… Ma réponse de belle-mère à la sauce PQ : aucune de ces réponses. Ce qui est évident, c’est qu’il est improbable que parler davantage de souveraineté va améliorer la situation. Landry a beau affirmer haut et fort que la mollesse de Marois en la matière et l’idée de la « gouvernance souverainiste » sont à la base des problèmes du PQ, force est d’avouer que l’année passée, on ne parlait pas plus de souveraineté… et que le PQ allait bien mieux. En fait, plusieurs électeurs étaient prêts à voter PQ pour se débarrasser de Charest sans trop s’inquiéter de l’option souverainiste. Le PQ a perdu ses appuis parce que les électeurs ont arrêté de considérer ce parti comme l’alternative évidente au gouvernement libéral. Ce que les péquistes ont oublié cet été, c’est l’art de se taire. Et oui, de se taire! Car voyez vous, on a beau parler autant qu’on veut contre la langue de bois et la ligne de partie, reste que parfois, un peu d’entente et un message clair, ça fait du bien.

Entendons-nous, je ne dis pas que tout les députés démissionnaires du PQ avaient complètement tord. La loi qui a commencé tout ça (on a peine à s’en rappeler) était certes douteuse et je suis le premier à penser que le PQ n’aurait jamais du pousser cette ridicule proposition de protection de l’entente Québec-Québecor. C’était à la fois populiste et assez peu démocratique. Il s’agissait même peut-être d’une raison valable à une démission. Mais plus de six mois plus tard, alors qu’on regarde l’état actuel du PQ, il semble que certaines personnes se soient un peu trop énervées. Le cocus péquiste aurait pu se remettre des premières démissions s’il s’était retroussé les manches et avait discuté en privé des problèmes de leadership de Mme Marois. Au lieu de ça, les démissions et les lettres ouvertes se sont multipliées avec une certaine puérilité. Résultat : la chef qui avait reçu plus de 90% d’appui de la part de ses membres avait soudain l’air d’une incompétente détestée de tous… La situation s’est calmée mais cette folie de l’automne a sans doute couté au PQ toutes ses chances d’être réélu.

Je le répète donc, les députés péquistes auraient dû se taire. Dans le fond, ce qu’il faut pour se faire élire est assez simple: c’est une opposition musclée et une grogne contre le parti en place. Avec l’automne de girouette de Jean Charest et son tournage autour du pot à propos de la commission d’enquête, la situation était parfaite pour le PQ. Malheureusement pour la chef, à chaque fois qu’on croyait que ça allait se calmer, ça reprenait de plus belle. Des démissions parce qu’on ne parle pas assez de souveraineté, des démissions parce qu’on parle trop de souveraineté et même, plus récemment, une parce qu’on est « chummy chummy » avec Legault et qu’on veut quitter le navire avant qu’il ne soit trop tard.

C’est bizarre à dire, mais je crois que le PQ aurait dû suivre l’exemple de… Jean Charest. Certes, ti-Jean est passé maître dans l’art de ne rien dire et de laisser passer, c’est un virtuose de l’esquive et un expert en matière de détournement de l’attention publique. On constate aussi que ses ministres et députés sont soporifiques à souhait et dépourvus d’initiative personnelle. D’ailleurs, Patrick Lagacé les qualifiait cette semaine de plantes vertes. Pourtant, d’après le sondage Crop-La Presse de cette semaine, les libéraux sont à 29% d’intention de vote, à égalité avec CAQ qui se dégonfle, en comptant les marges d’erreurs. J’ai dû me pincer à de multiples reprises. Les libéraux réélus? J’érigerais de ce pas une statue en forme d’insecte à la gloire de Charest qui fait preuve du même genre de résistance que la coquerelle. Je ne demande pas au PQ d’être aussi effacé et à ses députés d’êtres soporifiques, d’ailleurs, en tant qu’opposition, cela leur serait nuisible. Je leur donnerais cependant le conseil suivant : essayez de tirer vers l’autre équipe, juste pour voir…




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