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L’impasse syrienne

Par Philippe Prévost

dans une entrevue accordée au quotidien britannique The Telegraph, le président syrien Bashar al-Assad a mis en garde l’Occident contre une éventuelle intervention militaire dans son pays, soutenant qu’une telle intervention provoquerait un « tremblement de terre » dans la région et que la Syrie deviendrait « un autre Afghanistan ». Depuis mars, la répression des manifestants qui, dans la foulée du Printemps arabe, demandent le départ d’al-Assad et plus de liberté, a fait au moins 3000 morts.

Diplomatiquement, la Syrie se retrouve de plus en plus isolée. Les États-Unis, l’Union européenne, la Turquie voisine, la Ligue arabe, et maintenant la Russie et la Chine, ont tous dénoncé la violence avec laquelle Bashar al-Assad réprime les manifestations et tous ont demandé au président syrien de répondre aux aspirations du peuple syrien. Les États-Unis et l’Union européenne ont également imposé des sanctions économiques au régime syrien. Malgré tout cela, la seule chose que Bashar al-Assad doit craindre est son propre peuple, car une intervention de l’OTAN en Syrie dans le même genre que l’intervention en Libye est peu probable. Ici, les partisans de la notion de la « responsabilité de protéger » doivent tenir compte de la realpolitik de la région.

La composition ethnique et religieuse de la Syrie est, comme pour la plupart des pays de la région, à la fois complexe et diversifiée. Le pays est dirigé depuis plus de quarante ans par la famille al-Assad, issue de la secte alaouite, qui est une branche de l’Islam chiite. Étant chiites, ils reçoivent le soutien de l’Iran et cela leur permet d’avoir un contrôle sur le Hezbollah libanais. Les chiites sont cependant minoritaires en Syrie, il n’y a donc rien de surprenant à ce que la plupart des manifestants soient des sunnites. En plus de la division chiite/sunnite, il existe une division entre Arabes et Kurdes, les Kurdes se situant dans le nord du pays, près de la frontière turque. Voilà ce qui en est brièvement de la composition ethnique en Syrie.

La position géopolitique de la Syrie est un mélange tout aussi explosif, ce qui rend une intervention militaire de l’Occident très périlleuse. D’abord, tel que mentionné plus tôt, la Syrie est un des principaux alliés de l’Iran. Il est difficile de prédire la réaction iranienne en cas d’intervention militaire en Syrie, mais rien ne laisse supposer que les Iraniens demeureront neutres. La Turquie, quant à elle, ne souhaite pas l’instabilité en Syrie, où se trouve une minorité kurde qui pourrait exciter l’importante population kurde de Turquie. La Turquie a récemment conduit des opérations dans le Kurdistan irakien pour combattre les militants du Parti des travailleurs kurdes (PKK); ils ne laisseront donc sûrement pas les Kurdes syriens s’organiser et soutenir les Kurdes de Turquie. De plus, on doit tenir compte du facteur israélien. La nervosité de l’État hébreu face au Printemps arabe ne peut qu’envenimer les choses. Une intervention occidentale en Syrie pourrait être interprétée dans la rue arabe comme un soutien de plus à Israël, ce qui ne ferait qu’animer les passions et pourrait même embraser toute la région. Enfin, alors que le Colonel Kadhafi en Libye employait principalement des mercenaires, l’armée syrienne est beaucoup plus sérieuse, ayant entre autres l’expérience de trois guerres avec Israël, ce qui rendrait de surcroît une intervention militaire plus coûteuse, tant en argent qu’en vies humaines.

Ce sont là les raisons pour lesquelles nous nous trouvons aujourd’hui face à une impasse. Une intervention militaire étant à toutes fins pratiques exclue, les sanctions économiques ayant leurs limites et les réprimandes diplomatiques étant plutôt symboliques, Bashar al-Assad peut faire ce qu’il veut. Seuls la colère et le courage du peuple syrien peuvent maintenant dénouer l’impasse. Comme l’a noté le correspondant de la BBC à Beyrouth la semaine dernière, il semble y avoir un mouvement vers la résistance armée qui s’organise. Les embuscades récentes visant les soldats du régime appuient cette thèse.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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