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Guerre mondiale contre les femmes

Un jour, je surfais sur Internet. J’y ai découvert une nouvelle immonde : il y aurait un déficit démographique de 180 millions de femmes en Asie. Malgré l’importance de cette nouvelle, elle est restée inaperçue. Pourtant, les conséquences sont beaucoup plus importantes que le récent divorce de Kim Kardashian.

Pour comprendre l’apparition de ce déficit, il faut comprendre la culture de l’Asie vis-à-vis les garçons et les filles. Là-bas, les garçons ont une beaucoup plus grande valeur que les filles. Lorsqu’un couple se fait vieux pour travailler, les hommes sont vus comme étant d’une grande utilité car ils peuvent contribuer au revenu de leurs parents. Par contre, les femmes sont vues comme étant, au mieux, un gaspillage de ressources. Dans le pire des cas, elles sont des déficits, car la famille de la fille doit fournir une dot au futur époux. En dehors du point de vue strictement monétaire, les filles sont aussi vues comme un déshonneur pour les familles, contrairement aux garçons.

La politique de l’enfant unique en Chine a exacerbé le problème en forçant les familles à n’avoir qu’un seul enfant. Ainsi, les parents ont eu bien plus tendance à vouloir garder en vie un garçon plutôt que de garder une fille. Cependant, ce problème n’est pas limité à la Chine. Il apparaît aussi en Inde et en Thaïlande. On voit donc que ce problème n’est que plus ou moins lié aux politiques appliquées par les différents gouvernements en Asie.

Ce déficit démographique, apparu relativement récemment, est créé concrètement de plusieurs façons différentes. L’accès beaucoup plus facile aux échographies permet aujourd’hui de voir le sexe de l’enfant. Il est donc possible de choisir de n’avoir que des garçons en avortant tous les fœtus de sexe féminin. Ce n’est cependant pas le seul moyen de réduire le nombre de filles que les familles utilisent. Certaines jeunes filles sont abandonnées en jeune âge, condamnées à mourir. D’autres filles mourront lorsqu’elles tomberont malades, les parents choisissant de ne pas s’occuper d’elles de façon intentionnelle.

Bien que pour les familles, il résulte un profit net à avoir plus de garçons, cette sélection crée des problèmes sociaux importants. En Chine par exemple, il y a 120 hommes pour 100 femmes. Un tel déséquilibre a entraîné une hausse de la prostitution, de la violence envers les femmes en général et du trafic humain. Puisque ce déficit démographique continue à augmenter, il est évident que ces troubles sociaux continueront à se propager.

Nous avons un impératif moral à agir. On parle de 180 millions de filles tuées seulement parce qu’elles ont eu le malheur d’être de sexe féminin ! Toutes les guerres du 20ème siècle réunies n’ont pas fait autant de morts. On pourrait carrément parler d’une guerre mondiale contre les femmes.

Bien que ce problème touche surtout l’Asie, il faut réaliser que ces problèmes en Asie auront tôt ou tard des répercussions sur les régions occidentales. Il est difficile de prévoir ces répercussions. Par contre, il me semble peu probable, mondialisation oblige, qu’ils n’aient absolument aucun effet sur l’Occident. Un excès d’hommes aussi grand ne peut être caché par le monde bien longtemps.

Il existe plusieurs manières d’agir face à ce problème. Je tenterai d’en examiner quelques-unes.

On peut bien sûr choisir de ne rien faire et d’en accepter les conséquences, ce qui amplifiera le problème. Cela ne semble pas une solution acceptable. Nous savons déjà ce qui arrivera si rien n’est fait.

Certaines personnes, venant des milieux conservateurs en Occident, blâment ce déficit sur le droit à l’avortement dans ces pays. Ces gens ne réalisent cependant pas que l’avortement n’est qu’une manière que les parents utilisent pour ne pas avoir des filles : l’infanticide ou la négligence est aussi une solution prisée par ces parents. D’autant plus que cette solution brime la liberté des femmes à disposer de leur corps.

Un autre courant, qui a perdu de son influence depuis l’ère de la décolonisation du monde, serait de forcer ces pays à adopter des politiques qui vont décourager cette pratique par les familles. En résumé, ces gens prôneraient deux méthodes : une série de campagne d’éducation et la pression internationale. La campagne d’éducation consisterait à expliquer aux familles comment la pratique de sélectionner le sexe des enfants créera des gros problèmes de société. Cette méthode a déjà été employée depuis des décennies et a été loin d’être suffisante pour enrayer le problème. La pression internationale consisterait à élaborer une série de mesures qui pénaliserait sévèrement les pays ne faisant rien pour enrayer cette pratique : résolutions, voire embargos ou même la guerre. Il me semble cependant peu probable de penser qu’il soit possible de faire ce type de pression sur des «alliés économiques». D’autant plus que des pays Occidentaux tentant de modifier des pratiques sociales internes d’un pays sont très mal vus, voire considérés comme des ennemis ou comme des nouveaux colonisateurs par les habitants d’un tel pays.

Personnellement, je pense que c’est l’existence même du système monétaire, de la famille telle que nous la connaissons et de l’autodétermination des nations qui sont au cœur du problème. Les jeunes filles sont présentement éliminées pour des raisons principalement monétaires : elles sont vues comme des déficits. Cependant, éliminer le système monétaire ne réglerait pas les questions culturelles : soit que les garçons sont juste vus comme étant supérieurs aux filles. Il faut aussi réaliser que les enfants n’appartiennent pas aux parents. Les parents sont responsables de leurs enfants. C’est une responsabilité qui leur a été conférée par la société, et cette responsabilité devrait, selon moi, être retirée des parents lorsqu’ils prouvent leur incapacité à bien s’occuper de leurs enfants. La notion même de famille doit être détruite, étant donné l’imposant problème que la structure de la famille crée dans le monde. Bien sûr, aussi, les êtres humains sont avant tout des êtres humains. La nationalité n’est qu’une abstraction, pouvant aussi être retirée par l’être humain.

180 millions de femmes n’auront pas vécu en raison des pratiques décrites plus haut. On ne peut rester les bras croisés devant un tel problème. Si les solutions que je propose peuvent paraître radicales, c’est parce que le problème est aussi radical. Et si la solution que je propose vous paraît utopique : pensez-vous qu’une société stable où il y aurait une vaste majorité d’hommes est une utopie ? Pensez-y, l’enjeu est grand.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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