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Guerre du Net

Par Eric Deguire, Quartier Libre

Alors que les Canadiens consomment de plus en plus de bande passante sur Internet, notamment à cause de la lecture en transit de fichiers vidéo (streaming), les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) récoltent les profits de cette utilisation soutenue avec la bénédiction du CRTC.

La récente décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’interdire l’offre de forfaits de téléchargements Internet illimités au Canada a été cassée par le gouvernement Harper.

«Nous sommes très inquiets à propos de la décision du CRTC concernant la facturation à l’usage et de son impact sur les consommateurs», a affirmé le premier ministre Stephen Harper.

Le CRTC a le mandat de réglementer la radiodiffusion et les télécommunications au Canada, ce qui inclut les activités sur Internet. Derek DeCloet, éditeur de la section «Report on Business» au quotidien The Globe and Mail, ne remet pas en question l’utilité du CRTC. Il soutient toutefois que l’organisme souffrirait d’un problème de popularité aux yeux du public.

« Les Canadiens perçoivent le CRTC comme un organisme plus intéressé aux profits de Bell et des autres grands fournisseurs qu’aux intérêts des consommateurs », dit Derek DeCloet.

Les grands FAI comme Bell, Rogers et Vidéotron, en concordance avec le CRTC, soutiennent que permettre aux consommateurs canadiens de télécharger de façon illimitée congestionnerait le réseau du pays. «Néanmoins, ils n’ont pas encore prouvé qu’il y a une véritable menace de ralentissement du service », ajoute Derek DeCloet.

Claude Martin, professeur au Département de communication de l’Université de Montréal, émet un bémol.

« La Toile n’est pas un système de diffusion très économique pour les fournisseurs d’accès. Chaque utilisateur qui s’ajoute consomme de la bande passante, contrairement au câble, où le nombre d’utilisateurs n’affecte pas la qualité du service », explique le spécialiste.

Pour le professeur, si un nombre croissant de Canadiens consomment de la vidéo sur Internet, ces derniers devront s’apprêter à payer pour ce divertissement. Selon ses dires, Internet nécessite des ressources dispendieuses comme la fibre optique et il est normal de payer plus cher pour obtenir un service plus rapide.

M. Martin ajoute que le manque de compétition et l’étendue géographique du Canada contribuent aussi à rendre Internet plus coûteux au pays.

Réseau surchargé?

L’autre problème, c’est que si la consommation permise stagne, les besoins ne font qu’augmenter avec l’usage de plus en plus répandu de la lecture en transit de fichiers vidéo. À titre d’exemple, un ménage ayant un quota de 30 gigaoctets de transferts de données par mois peut regarder 77 émissions de 53 minutes de haute qualité sur TOU. TV. Cela exclut tout autre type de téléchargements et visionnements. Avec plusieurs personnes et ordinateurs sur un même forfait, la limite de téléchargements peut facilement être dépassée.

Des petits fournisseurs indépendants comme TekSavvy et ColbaNet représentent actuellement pour les FAI majeurs la seule compétition, mais ces concurrents de moindre importance n’auront jamais une emprise à l’échelle nationale. Derek DeCloet explique que, si de plus en plus de Canadiens consomment de la vidéo sur Internet, une plus saine compétition dans cette industrie devra venir de grandes compagnies américaines comme DIRECTV qui pourraient offrir de meilleurs prix aux consommateurs.

Même si cette fois la pression populaire a fait fléchir le gouvernement Harper, les internautes canadiens doivent rester sur leurs gardes. Selon Derek DeCloet, le public n’est pas témoin de tous les échanges entre le gouvernement et le CRTC.

« Tout se fait sous le règne du secret et rien n’est révélé au public», conclut le journaliste spécialisé.




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